Depuis le 17 novembre, Radio Parleur est sur le pont pour couvrir le mouvement des Gilets Jaunes. Disparate et passionnant, massif et spontané, la rédaction l’a attrapé par différents côtés. Retrouvez tous nos reportages, nos émissions, les conférences et les débats que nous avons pu diffuser sur le mouvement toujours actif.

Novembre – qui sont les Gilets Jaunes ?

Dès avant l’Acte I et la première manifestation parisienne, les appels à mobilisation se multiplient. Ce mouvement anti-taxes fait déjà opérations escargot sur les routes, blocages et réunions sur des parkings en gilets fluo. Intrigué, Guillaume Hubert décide de rencontrer deux administrateurs d’un événement sur Facebook pour bloquer la nationale 12 à Saint-Brieuc. C’est le tout premier sujet publié sur le mouvement.

Les Gilets jaunes 22 en réunion publique, avant un « escargot improvisé » sur le parking d’un grand magasin d’équipements sportifs, zone d’activité de Trégueux (22), le 11 novembre 2018.

La première manif parisienne : « marre de payer pour les riches »


Gilets Jaunes, colère noire est le premier reportage tourné le 17 novembre à Paris. Yvan Vronsky et Clara Menais tendent le micro à celles et ceux qui sortent dans la rue pour la première fois pour la plupart des personnes qu’il et elle rencontrent. Un mot clé ce jour-là : les taxes. Côte à côte, des gens qui insultent la police, d’autres qui hurlent aux CRS : « la police avec nous !« . Des barricades, en plein Paris, montées par des gens qui se revendiquent déjà du peuple.

Gilets Jaunes
Gilets Jaunes le samedi 17 novembre à Paris. Crédit photo : Ivan Vronsky.

À Saint-Brieuc, c’est avec fraîcheur que les cyclistes écolos de la « vélorution » voient ce mouvement anti-taxe diesel, qu’ils et elles peinent à comprendre.

Sur les ronds-points, les discussions vont bon train. La vie chère, les fins de mois de plus en plus difficiles et ces taxes écolos qui font déborder le vase. Pas franchement contre l’écologie, les Gilets Jaunes expriment surtout une injustice fondamentale dans la répartition du coût des mesures environnementales.

« Ce sont toujours les mêmes qui payent. » 

Une manifestante Gilet Jaune sur un Rond-Point le 17 novembre 2018.

Décembre – l’insurrection qui vient

Dès le 24 novembre et l’Acte II du mouvement, la tension monte sur les barricades parisiennes. Le 1er décembre, Christophe Castaner, ministre de l’Intérieur, et les journalistes peu habitués à employer ce terme sur les antennes de France 2, de BFMTV où encore de France Inter emploient le mot d' »insurrection ».

Barricade dans les rues de Paris le 1er décembre 2018. Crédit Photo : Ivan Vronsky pour Radio Parleur.

Entre les Actes I et IV, les arrestations sont deviennent massives. Le samedi 8 décembre, le ministère de l’Intérieur annonce 2000 interpellations et 1700 gardes à vue. Les commissariats sont pleins à craquer, et l’immense majorité des gardés à vue seront relâchés sans être poursuivis. Le 8 décembre, une image marque les esprits, les blindés déployés dans Paris et les nuages de gaz lacrymogène qui saturent l’air comme jamais.

Gilets Jaunes
Nuage de lacrymogènes à proximité de la Tour Eiffel à Paris le samedi 8 décembre 2018. photographie : Sylvain Lefeuvre pour Radio Parleur

Janvier – la répression judiciaire pour les Gilets Jaunes

Yanna est une jeune femme comme beaucoup d’autres, qui a manifesté pour la première fois. Interpellée pour avoir renvoyé un palet lacrymogène dans un canon à eau. Au tribunal, toujours la même réthorique déjà écumée lors des comparutions immédiates qui suivent désormais chaque acte de manifestation. « Vous aviez le droit de manifester, mis vous saviez que ça serait violent. Alors n’aurait-il pas mieux valu rester chez vous ? »

Manifestation du 12 janvier à Paris. Crédit Photo : collectif La Meute.

Dans la rue, les cortèges se structurent en manifestation « classique »


Cortèges, camions sono, service d’ordre et parcours déclarés, les Gilets Jaunes tentent la manifestation « classique ». Jusqu’ici tous les Actes à Paris avaient dérouté les forces de police. En grappes, les Gilets Jaunes avaient pris l’habitude d’aller où bon leur semblait.

Gilets Jaunes
Manifestation déclarée des Gilets jaunes, samedi 12 janvier 2019

Passées les fêtes, le mouvement se cherche des évolutions. À Bourges, Priscilla Ludosky rassemble les Gilets Jaunes attachés à l’organisation horizontale du mouvement. Elle veut parler du fond, des revendications, du concret. Sur les ronds-points, pour certains équipés désormais d’une cabane ou d’une Assemblée populaire, tout le monde sait qu’il s’agit d’une course de fond.

Sur le même sujet : Les Gilets Jaunes prêt-es pour une course de fond contre Macron

Depuis le début du mouvement, le pouvoir d’achat, le RIC pour referendum d’initiative citoyenne (popularisé par Etienne Chouard), et la justice fiscale fait partie des trois principales demandes. Des changements institutionnels, économiques et fiscaux réclamés en même temps dans un même mouvement populaire, c’est à la fois rarissime et très nouveau dans le mouvement social français contemporain. Emmanuel Macron répond par le Grand Débat National, qui sera un fiasco.

Les mobilisations des Gilets Jaunes cristallisent les enjeux locaux. À Marseille notamment, une colère du mal-logement enflamme les cortèges, après l’effondrement d’immeubles rue d’Aubagne.

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Février- les Assemblées des Assemblées

À Commercy, il se passe quelque chose. À l’appel des Gilets Jaunes de cette commune de la Meuse, 75 délégations font le déplacement pour un exercice de démocratie directe très réussi.

Extrait d’une des vidéo d’appels des Gilets Jaunes de Commercy dans la Meuse.

Le principe des Assemblées des Assemblées favorise la discussion et le consensus. Les idées sont travaillées en groupes thématiques. Tout le monde se rassemble dans un second temps en assemblée plénière ou les travaux des groupes sont présentés, discutés, votés, puis intégrés ou non à une plateforme commune. Le texte redescend ensuite dans les ronds-points et autres assemblées locales pour être rediscutés.

Passionnée par cette expérience politique hors du commun, la rédaction de Radio Parleur s’installe à la deuxième Assemblée des Assemblées à Saint-Nazaire. Avril est bien entamé, et des militant-es chevronné-es de tous horizons y côtoient des novices.

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Mars – syndicats et partis et mouvements politiques à la remorque

Dans les cortèges, les syndiqué-es sont nombreux-euses. Pour les centrales syndicales, c’est une autre affaire. Ce mouvement les dépasse, elles ne savent qu’en faire. Dès le 5 février, des Gilets Jaunes répondent à l’appel à la grève générale de la CGT. Le 19 mars, le secrétaire général de la CGT n’envisageait toujours pas une convergence franche.

« On apprend à se connaître. »

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT après quatre mois de mouvement des Gilets Jaunes.

Côté mouvement écologiste, la convergence est aussi compliquée. Le 8 décembre, la Marche pour le climat à Paris n’avait pas franchement croisé les grappes de Gilets Jaunes. Malgré le mot d’ordre « fin du monde fin du mois même combat », la convergence reste beaucoup au niveau du discours. Le 16 mars, c’est à nouveau les Gilets Jaunes qui sont invités à rejoindre la Marche du siècle. Les militants écolos font parfois le trajet inverse, mais le ton de la démarche est posé : c’est aux Gilets Jaunes de faire le déplacement.

Gilets Jaunes

Les blessé-es Gilets Jaunes prennent la parole

Les « gueules cassées » commencent à se voir. Depuis le mois de décembre, plusieurs comptes, dont celui du journaliste David Dufresne, Le Mur Jaune et Désarmons-les recensent inlassablement les mutilation graves. Des yeux crevés, des mains et des pieds arrachés, un sentiment de peur de la manifestation s’installe. Radio Parleur a rencontré Ian B, militant contre les violences policières. Incollable sur les armes de la police, il s’engage aussi dans l’Assemblée des blessé-es.

Les différents recensements comptabilisent 24 personnes éborgnées, 5 mains arrachées, et plus de 700 blessé-es plus où moins graves. Peu à peu, les blessé-es se rassemblent, se parlent, se soutiennent. Ils et elles forment un collectif, « Les mutilés pour l’exemple ».

À lire : Acte XII, les Gilets Jaunes défilent avec leurs « gueules cassées »

Celles et ceux qui soignent dans les cortèges, ce sont d’abord les street-médics. Ces femmes et hommes en blanc sont souvent pris-es pour cible par les forces de police, et font face à des blessures que le neuro-chirurgien François Thinès qualifie de blessures de guerre.

Street Médic Gilets Jaunes
Des street medics interviennent auprès d’un manifestant blessé lors de la manifestation du 1er mai à Paris. Photographie Sylvain Lefeuvre pour Radio Parleur.

Avril et mai – nouveau point de bascule du mouvement

Terminés les 1er mai familiaux. Depuis la contestation contre le Loi Travail, les fouilles systématiques, le gaz lacrymogène qui sature l’atmosphère, les nasses policières. Le cortège de tête est important ce jour-là. Les charges policières disperseront la manifestation sans lui laisser le temps de manifester. Ce jour-là aussi, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner relaie une fausse information sur l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière.

Gilets Jaunes
Lorsque l’imaginaire du cortège de tête s’invite sur les murs. Photo prise par un militant à Paris.

Le cortège de tête est sous les projecteurs. Particulièrement en nombre ce 1er mai, Tristan Goldbronn, les a suivi. Un reportage rare et édifiant sur la diversité des tactiques en manifestation.

 

Juin, l’accalmie du mouvement des Gilets Jaunes

Les actes parisiens rassemblent de moins en moins. La répression, et les blessures qui en découlent, sont sans précédent dans un mouvement social en France. Sur les ronds-points, les cabanes sont souvent rasées sur ordre des préfectures. Instructive, la carte réalisée par Le Vent se Lève en avril recense ces destructions.

Pour autant, les Gilets Jaunes ont beaucoup construit et investit des lieux de vie. Les Maisons du Peuple en sont un bel exemple. Le 14 juillet, les Gilets Jaunes se rappellent au bon souvenir du chef de l’État. Ils perturbent le défilé militaire en le sifflant copieusement. Une manifestation s’improvise sur les Champs-Élysées « pour la Révolution ».

Sur le même sujet : Les Gilets Jaunes de Marmande reprennent « la Pastille »

Au festival International de Journalisme de Couthures-sur-Garonne, les Gilets Jaunes étaient les invités par des journalistes pour échanger sur leurs rapports (houleux) avec les médias. Radio Parleur, installée au coeur du festival avec Radio Campus France, a créé une radio éphémère pendant deux jours. Il nous a semblé normal d’ouvrir l’antenne avec les Gilets Jaunes de Marmande, sur l’avenir de leur mouvement.

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Et maintenant ?

Des manifestations et rassemblements ont toujours lieu chaque samedis, plus ou moins suivis. Le dernier affichait le soutien des Gilets Jaunes aux protestataires hongkongais. Quant à la rentrée, elle s’annonce chargée. Le mouvement des Gilets Jaunes a pris quelques vacances, mais de nouveaux appels à manifester sont lancés sur les réseaux sociaux. L’assurance chômage, la refonte des finances publiques ou encore la réforme des retraites sont au programme.

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