A la veille de la Marche pour Adama, Radio Parleur a rencontré Youcef Brakni pour revenir sur un #26MaiPimenté où le Comité Vérité et Justice pour Adama a marché en tête de la « Marée Populaire » . Une volonté affichée de « braquer » le cortège en y étant, mais sans se mêler au reste des manifestant.es. A quelques heures du rassemblement à Beaumont-sur-Oise, Youcef Brakni nous explique quels seront les temps forts du Comité ce samedi 21 juillet.

Tour à tour militant engagé sur la question du racisme, de l’anti-impérialisme ou sur la défense des quartiers populaires, figure du Comité Vérité et Justice pour Adama et militant dans les quartiers populaires de longue date, Youcef Brakni a le cuir épais. Navigant entre des organisations comme celle de solidarité pour la Palestine ou des Indigènes de la République, il nous confie n’avoir jamais été affilié à un parti politique et ne pas croire en ceux-ci : « J’ai commencé quand j’étais ado en m’investissant dans la vie quotidienne de mon quartier. Depuis le lycée, j’ai commencé à lutter dans différents mouvements sociaux comme le CPE ou la loi Fillon. J’ai toujours été militant sur ces questions et j’ai toujours essayé de mettre en avant le quartier. » « Il faut savoir que j’y étais dès les premiers jours et c’est une expérience inédite dans le processus de la lutte. On expérimente. » Youcef Brakni n’a pas attendu la création du collectif Vérité et Justice pour Adama pour s’engager, ce qui ne l’a pas empêché d’apprendre beaucoup, avec cette mobilisation.

La peur d’une récupération politique par la gauche institutionnelle

Il a également le sourire de celui à qui on ne la fait pas, lorsqu’on discute avec lui des mouvements sociaux en cours. Oui, il existe bien des contacts entre les mouvements des quartiers populaires et des représentant.es d’autres mouvements politiques actifs dans la période : la présence du Comité aux côtés des ONET, des cheminots à la Gare du Nord à Paris, ou à l’université de Tolbiac le prouvent. Mais il n’est pas question pour le Comité Vérité et Justice pour Adama de signer un blanc-seing à celles et ceux qui ont longtemps considéré.es les « noirs et les arabes comme la touche exotique » des manifestations. Youcef Brakni convoque à ce propos l’expérience des « anciens », déçus et parfois récupérés par la gauche institutionnelle qui lui font préférer un militantisme autonome, jouant du rapport de force pour imposer ses revendications tout en maintenant un dialogue d’égal.e à égal.e avec celles et ceux qui accepteront de les soutenir.

« On n’était pas en tête du cortège, on était le cortège de tête »

La stratégie déroulée par les membres du Comité passait par une démonstration de force en formant le cortège de tête. Non-prévue par les organisateur.trices, leur présence s’est décidée dans les jours précédants la manifestation dans un appel à un « 26 mai pimenté » diffusé sur Facebook. C’était également une façon de marquer leur territoire, puisque les revendications portées – fin des crimes policiers et des gendarmes, de la gestion coloniale des quartiers, lutte contre la négrophobie et l’islamophobie, et pour la justice sociale – différaient radicalement de celles du reste du cortège. C’était aussi une manière d’avoir « la gauche traditionnelle derrière, et l’Etat répressif face à nous » comme l’explique Youcef Brakni. Ayant rassemblé plusieurs milliers de personnes, dont une bonne partie ne se déplace traditionnellement pas dans les cortèges unitaires, le Comité se satisfait d’une mobilisation qui monte en puissance, avant le rassemblement prévu le 21 juillet prochain à Beaumont-sur-Oise pour commémorer les deux ans de la mort d’Adama Traoré.

« Il n’y a pas d’amour, il n’y a que des preuves d’amour »

La marche Adama de ce 21 juillet s’annonce en effet comme un moment charnière pour le Comité. Après avoir écumé les piquets de grèves et assemblées générales, rencontré les responsables et les militant.es de dizaines de collectifs au printemps, dont la plupart ont affiché un soutien sans faille à leur cause, combien seront présent.es à Beaumont-sur-Oise, là où habite la famille Traoré ? Le 28 avril dernier, lors du précédent rassemblement, très peu s’étaient déplacés, ce que n’a pas manqué de noter Youcef Brakni. « On a voulu faire une sorte de bilan par rapport à l’année dernière et on s’est dit que ce n’était pas normal qu’aucune organisation de gauche ne soit avec nous. Donc on a travaillé avec eux, on a passé des appels et ça a marché. Pour le 21 Juillet, tous ceux qui se réclament de la vraie gauche ont appelé. Notre objectif est que la centralité politique se fasse dans une ville de banlieue. »

Ce sera aussi l’occasion de faire un point sur les procédures judiciaires en cours : si un cinquième membre de la famille Traoré a été condamné en mai à de la prison ferme pour violences (ce qu’il conteste), les militant.es attendent toujours la mise en examen des gendarmes responsables selon elles et eux de la mort d’Adama. Enfin, un documentaire retraçant l’histoire de cette mobilisation sera projeté sur le terrain multisports de Boyenval, lieu historique de la contestation. L’objectif : faire vivre de l’intérieur, jour après jour, la construction d’un mouvement singulier qui a su associer mobilisation locale, de terrain, artistes, médias et intellectuel.les. Un évènement unique prévient Youcef Brakni.

Interview réalisée par Selyne Ferrero et Antoine Laurent Atthalin.

 

 

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