Le 13 juin 2020 Maurice Rajsfus nous quittait, à 92 ans. Ce samedi 4 juillet, une journée d’hommage était consacrée à ce précurseur de l’étude des violences policières. L’occasion d’un retour sur le parcours de ce rescapé de la rafle du Vel d’Hiv, journaliste et militant révolutionnaire. Une vie entière consacrée à documenter l’action de la police. Un combat d’une brulante actualité.

Samedi 4 juillet, quelques centaines de personnes se sont rassemblées au centre culturel et militant autogéré La Parole Errante, à Montreuil, pour rendre un dernier hommage à Maurice Rajsfus et ses combats. Projections, fanfare et tables rondes étaient au programme en présence de sa famille, de ses ami·es et camarades. Une journée pour évoquer Maurice et parler de ses combats. C’est une manière de « rappeler tout le travail qu’il a pu réaliser », explique Marc Plocki, le fils de Maurice Rajsfus, « que ce soit sur la question anticoloniale, de l’antifascisme, des violences policières… »

Le programme, en retard mais dans le (relatif) respect des gestes barrières, commence par une prestation de la Fanfare Invisible, puis enchaîne sur des projections de dessins de presse et de caricatures contre les violences policières. Place, ensuite, à la diffusion d’extraits de films sur Maurice Rajsfus, notamment Dans la mêlée, du réseau No Pasaran. Enfin, deux tables rondes s’organisent, pour penser le passé et le futur. La première abordait la vie de Maurice Rajsfus et son travail d’historien de la répression, avec Ludvine Bantigny, Nicole Abravenel et Daniel Kupferstein. La seconde, en présence de Vanessa Codaccioni, Raphael Kempf, Ramata Dieng, David Dufresne et Youcef Brakni du collectif La Vérité Pour Adama, posait la question de comment continuer la dénonciation des violences policières.

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Une table de presse était également disposée dans la salle avec plusieurs références de livres de Maurice Rajsfus en vente. Nicolas Norrito des éditions Libertalia, un des éditeurs de Rajsfus explique qu’ils ont récupéré des dizaines d’ouvrages chez lui après sa mort. Il assure que « les bénéfices iront à des collectifs de lutte ».

Le 13 juin, place de la République à Paris, à l'appel du comité Adama. Photographie Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur
Le 13 juin, jour du décès de Maurice Rajsfus, une manifestation contre les violences policières était organisée à Paris, place de la République à Paris, à l’appel du comité Adama. Photographie Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur

Rescapé de la rafle du Vel d’Hiv, il s’engage contre les violences policières

A 14 ans, le 16 juillet 1942, Maurice et sa famille sont embarqués par la police française sur dénonciation d’un policier voisin de palier. C’est la rafle dite « du Vel d’Hiv ». Les parents de Maurice sont des travailleurs sans papiers, juifs polonais. Ils habitent à Aubervilliers. Ils ne reviendront pas du camp d’Auschwitz. Avant le départ pour le camp, sa sœur et lui, par miracle, pourront s’échapper du Vélodrome. S’ensuit pour lui une vie de recherches et de combats, d’abord militante et partisane, puis à travers l’écriture. Maurice Rajsfus écrit plus de 60 livres, et répertorie sur plusieurs milliers de fiches papier les violences policières, depuis les années 60 jusqu’à aujourd’hui.

Dans son œuvre et ses actions, il combat le colonialisme, les violences policières, l’autoritarisme, le fascisme et le racisme « et plus largement toute forme de répression et de système de domination » raconte Frédéric Goldbronn, auteur d’un film sur l’histoire de Maurice Rajsfus, L’an prochain la révolution.

Au cœur de ses « obsessions » de travail, se trouve la police française, notamment celle qui a officié sous le régime de Vichy entre 1940 et 1944. Il analyse et explore l’ignominie de la collaboration des forces de l’ordre dans des ouvrages comme « Drancy, un camp de concentration ordinaire » ou « Les Silences de la Police ».

Mouvement de policiers, le 21 septembre 2019 à Paris. Toute sa vie Maurice Rajsfus aura travaillé à documenter les violences commises par des policiers. Photographie : Sylvain Lefeuvre pour Radio Parleur

Des combats plus que jamais d’actualité

Maurice Rajsfus a également écrit de nombreux ouvrages sur la situation israélo-palestinienne, sur Mai 68, ou encore sur la guerre d’Algérie et la répression des mouvements sociaux. Il a participé à de nombreux mouvements et projets comme à la revue REFLEXes ou encore le mouvement Ras l’Front.

En 1994, après la mort d’une balle dans la tête de Makomé M’Bowolé, victime d’un inspecteur de police un an auparavant, Maurice Rajsfus fonde l’Observatoire des Libertés Publiques, où se trouvait publié un bulletin régulier « Que fait la police ? » recensant les actions policières et l’évolution politique.

Maurice Rajsfus a rassemblé plusieurs milliers de coupures de presse sur 50 ans, composant une immense base de données sur les exactions policières en France. Pour David Dufresne, journaliste, écrivain et documentariste, Maurice « c’était un éclaireur » qui a inspiré le désormais célèbre « Allo Place Beauvau », recoupant et diffusant les vidéos et témoignages de violences policières depuis les manifestations des Gilets Jaunes. Selon Nicolas Norrito des éditions Libertalia, « le flambeau est passé, il n’y a pas le moindre doute la dessus ».

Pour aller plus loin :  Le documentaire « A nos corps défendants »

Un reportage réalisé par Martin Lelièvre. Photographie de Une : droits réservés avec l’autorisation de Marc Plocki.

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