« À nos corps défendants » est le premier documentaire de Ian B, militant aguerri contre les violences d’État. Son film donne la parole aux victimes des “forces de l’ordre” dans les quartiers populaires. Ces hommes et ces femmes humilié·es, mutilé·es et mis·es à mort dans l’indifférence générale. Il est diffusé ce samedi soir, 4 avril, en direct sur Youtube.

Ali, Alexis, Amine, Wassil, Zohra, Aziz, Farid ou Ramata habitent à Villiers-sur-Marne (94), Argenteuil (95), Pantin (93), Clermont-Ferrand (63) ou Paris (75). Tous et toutes sont les victimes invisibles de la violence d’État qui s’abat depuis des décennies sur les quartiers populaires. Ian B, membre fondateur du collectif Désarmons-les, a choisi de leur donner la parole dans son premier documentaire baptisé  « À nos corps défendants ».

« Il n’y a pas de raison de donner la parole aux policiers »

Comme son nom l’indique, il y est question des corps. De leur domination, de leur mutilation et de leur contrôle par l’État. « Les personnes qui vivent dans ces quartiers ne sont pas traitées comme des êtres humains à part entière mais comme de simples corps, des corps indésirables et surtout des corps étrangers. Il y a tout une approche raciste qui amène les policiers à les traiter comme des pièces de viande », confie le jeune homme.

Alors que beaucoup de documentaristes choisissent une posture neutre et détachée, Ian B a clairement fait le choix d’un documentaire engagé, dans lequel il prend souvent la parole en filmant les forces de l’ordre. Sans convoquer des sociologues, des historien·nes voire même des policier·es pour apporter une parole contradictoire. « Le racisme et la violence policière ne sont pas une opinion que l’on défend mais un fait que l’on condamne, affirme Ian B. Et, il n’y a pas de raison de donner la parole aux policiers qu’on entend déjà bien assez dans tous les médias. »

« La police, milice du capital »

Autoproduit, ce documentaire est diffusé par le réseau militant du collectif Désarmons-les, ainsi que par le bouche-à-oreille. Ian B a effectué une tournée dans toute la France à la rencontre des spectateur·trices. « La question de l’abolition de la police arrive très rapidement dans les débats. Notamment dans les villages, où les gens apportaient ce sujet avec parfois un peu de la maladresse en disant : “On a de l’empathie avec les gens qui parlent dans votre film mais après qu’est-ce qu’on fait ?” », raconte-t-il.

Peut-on réformer la doctrine du maintien de l’ordre en France pour éviter ce cercle vicieux de la violence ? « C’est un débat que j’élude, avoue Ian B. Notre approche n’a jamais été réformiste, mais révolutionnaire. Je suis pour l’abolition de l’État et de la police. Nous refusons de participer à tout débat visant à humaniser la police car elle ne peut pas l’être. La police est la milice du capital et protégera toujours l’ordre établi. »

Un entretien réalisé par Laury-Anne Cholez.

« À nos corps défendants », sorti en janvier 2020, est diffusé ce samedi 4 avril à 20h15, en direct sur Youtube, avec un débat en ligne.

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