Alors que les Hautes-Alpes regorgent d’infrastructures touristiques inutilisées pendant la période de confinement, aucune mise à l’abri préventive n’a été décidée pour les 120 personnes précaires du département. Malgré tout, les associations s’organisent et ripostent.

Depuis le début de l’épidémie de coronavirus, les migrant·es ne viennent plus, après avoir traversé le col de Montgenèvre à pied de nuit, toquer à la porte du Refuge solidaire de Briançon (Hautes-Alpes). De chaque côté de la frontière, les populations sont confinées, coronavirus oblige. Les maraudes, qui venaient en aide aux exilé·es dans la montagne, sont suspendues. Depuis le début du confinement, le Refuge, qui fourmillait de bénévoles venu·es donner un coup de main, est désormais fermé au public et quasiment autogéré par les 14 migrants accueillis.

« On fait en sorte qu’il y ait le moins de bénévoles possible qui passent, explique Pauline, coordinatrice du Refuge. On a peur de leur transmettre le virus. Si quelqu’un l’attrape, on peut être sûr que tout le refuge sera infecté. » Les exilé·es ont compris les enjeux sanitaires, mais, dans un lieu de vie collectif, le respect des mesures barrières et de la distanciation sociale est difficile.

Limiter le risque de contamination grâce à l’hébergement préventif

Si le problème se pose à Briançon, où 14 personnes sont accueillies dans le Refuge solidaire et 15 autres dans le squat Chez Marcel, à Gap (Hautes-Alpes), la situation est plus grave encore. Là-bas, une soixantaine de personnes vivent au squat du Cesaï dans des conditions de promiscuité et d’hygiène « déplorables » selon les associations. « Toutes les fontaines de la ville de Gap sont fermées, constate Carla Melki, qui gère la crise sanitaire du coronavirus dans les Hautes-Alpes pour Médecins du monde. Une mesure dont souffrent les migrants : « C’est impossible pour les personnes précaires de se doucher, ou même de se laver les mains. » Après des demandes insistantes, des douches ont été ouvertes trois fois par semaine « pour un minimum de dignité ». Les conditions d’habitat précaires sont loin de permettre les mesures de protection qu’impose l’urgence sanitaire.

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L’équipe de Médecins du monde effectue une veille sanitaire au squat du Cesaï à Gap, où vivent une soixantaine de personnes, dont 23 mineurs isolés. Photo: Carla Melki pour Médecins du monde.

« On pourrait limiter le risque contamination de ces publics précaires en leur offrant un hébergement préventif, regrette Carla Melki. Dans les Hautes-Alpes, on parle de 120 personnes à héberger. Dans un département où il y a d’énormes infrastructures touristiques qui ne sont plus utilisées, la possibilité de mettre à l’abri paraît plutôt facile. »

« Ce qu’on déplore toujours c’est la prévention »

À l’absence de possibilité de confinement correct pour les personnes démunies, s’ajoute un accès aux soins rendu plus difficile par la fermeture des Permanences d’accès aux soins (Pass). Elles permettaient aux personnes sans couverture maladie de bénéficier d’une offre de santé. Leur personnel soignant a été redéployé dans les services hospitaliers surchargés. « On fait face à une crise sanitaire. On comprend que les hôpitaux concentrent leurs forces sur les urgences et les tensions qui risquent d’arriver dans les prochains jours », estime Carla Melki.

Pour pallier ce manque, Médecins du monde, financé par l’Agence régionale de santé (ARS), a mis en place une unité mobile Santé précarité. Elle prend en charge les publics fragiles, notamment les migrants, dans le cadre de l’épidémie de coronavirus. « On va vers les personnes dans les lieux d’accueil, comme le Refuge solidaire, Chez Marcel ou le Cesaï à Gap », détaille Carla Melki. Là, l’équipe effectue un travail de prévention et d’information autour de la Covid-19, ainsi qu’une veille sanitaire. « Dans les Hautes-Alpes, le dispositif mis en place me semble adapté, conclut-elle. Ce qu’on déplore toujours, c’est la prévention. Il vaut mieux prévenir que guérir. C’est là-dessus qu’on aimerait voir un pas en avant de la préfecture. »

Tribunal administratif, Conseil d’État, les associations montent au créneau

Ce 23 mars, Médecins du monde, Tous migrants et Réseau hospitalité ont déposé une requête en référé-liberté au tribunal administratif de Marseille (Bouches-du-Rhône). Elle attaque la non mise à l’abri de 23 mineurs isolés du squat Cesaï par la préfète des Hautes-Alpes. Devant le Conseil d’État, ce 1er avril, Tous migrants, Réseau hospitalité, Chemins pluriels et Utopia 56 en ont déposé une autre. Celle-ci exige la mise à l’abri des personnes en grande précarité et le test du coronavirus systématique pour migrants et bénévoles. Des mesures de régularisation rapides et de maintien des droits sont aussi demandées pour les personnes sans papiers et les demandeur·euses d’asile.

Dans une lettre aux préfets datée de ce 27 mars, le gouvernement va dans le sens des associations. Il y est précisé : « Dans le contexte de la crise sanitaire actuelle, l’hébergement des personnes à la rue, quel que soit leur statut, est la première priorité. » Elle enjoint les préfets à « trouver des solutions supplémentaires d’hébergements adéquates afin d’héberger les personnes à la rue et de desserrer les centres d’hébergements où l’application de ces mesures est rendue compliquée. »

Reportage de Marguerite de Lasa. Photo de Une : Marguerite de Lasa pour Radio Parleur.

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