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Dans l’affaire Steve, l’IGPN devient une cible des militants

Ce samedi, des hommages à Steve Maia Caniço battent le pavé dans toute la France. Des hommages dans la colère contre le ministre de l’Intérieur, contre la police et l’IGPN. À la veille de cette journée d’hommages, ils et elles étaient quelques dizaines à se rassembler au plus près de la police des polices à Paris pour dénoncer l’impunité policière.

Steve Maia Caniço, l’affaire qui embarrasse l’IGPN

À l’angle des rues de Reuilly et Antoine-Julien Hénard dans le 12ème arrondissement de Paris, ils et elles sont près d’une centaine à scander “Castaner Démission” et “justice pour Steve”. Des militant・e・s d’Attac, des quartiers populaires et des Gilets Jaunes. “On est pas là pour pointer du doigt les policiers. On est là pour pointer les ordres qui leur sont donnés d’ignorer les violences policières.” Hadama Traoré, co-fondateur du parti La Révolution est en Marche, rappelle l’affaire Théo Luhaka, les violences pendant le mouvement des Gilets Jaunes, les affirmations de Brigitte Julien, patronne de l’Inspection générale de la police nationale. “Elle s’est permis d’affirmer qu’il n’y avait pas de violences policières pendant le mouvement des Gilets Jaunes.

“L’IGPN est censée contrôler l’application du code de déontologie dans la police. Elle ne le fait pas, et ce n’est pas normal.” Pour Hadama Traoré comme pour les autres participant・e・s, la police des polices dédouane quasi systématiquement ses collègues en cas de violence policière. Le rapport de l’IGPN paru mardi dernier, le jour de la découverte du corps de Steve Maia Caniço, rompt lui aussi le lien de causalité avec l’intervention des forces de police. Aucune violence policière, aucune responsabilité dans l’affaire Steve Maia Caniço, donc, d’après l’IGPN. Pourtant, au terme des cinq semaines d’enquête, les zones d’ombre ne permettent pas d’être aussi catégorique.

La police intervient avant l’arrivée des CRS

Sans attendre l’arrivée des CRS, la vingtaine d’agents de la police nationale intervient vers 4h du matin, quai Président Wilson. Le commissaire Grégoire Chassaing s’acharne à vouloir couper le soundsystem, en l’absence de riverains qui auraient pu s’offenser d’un quelconque tapage nocturne dans cette zone industrielle de Nantes. Quelques projectiles atteignent les agents. Ils répliquent. Dix grenades de désencerclement, douze tirs de LBD, trente-trois grenades lacrymogènes et l’utilisation d’un taser. Dans le rapport de l’IGPN, on peut lire que le directeur départemental adjoint de la sécurité publique, à l’autre bout de la liaison radio, demande rapidement à ses troupes de cesser les tirs de grenade lacrymogène. Puis les CRS arrivent, vers 4h45, ce qui calme la situation sur le quai. Il est trop tard, au moins quatorze personnes sont déjà tombées à l’eau.

D’oublis en omissions, un rapport plein de trous

Le rapport de l’IGPN manque de précision sur plusieurs points. Combien de personnes exactement sont passées par dessus le bord du quai ? Y a-t-il eu, oui ou non, un mouvement de foule avant l’intervention des policiers ? Pourquoi un tel acharnement à faire cesser la fête ? Deux lacunes majeures sont étonnantes dans le document censé répondre à ces questions. D’abord, la police des polices a éludé un certain nombre de témoins, dont Romain G., présent ce soir-là. Il dénonce avec vigueur l’usage des lacrymogènes, qui a semé la panique et brouillé le peu de visibilité sur le quai.

Autre oubli, celui du responsable de l’unité de CRS. D’après Médiapart, qui publie des extraits de l’analyse faite par le commandant des forces de maintien de l’ordre, il n’a lui même pas donné l’ordre d’utiliser les cartouches de lacrymogène, “pour éviter les mouvements de panique“. Les témoignages des personnes tombées à l’eau et des agents de la Protection Civile parus ces derniers jours dans la presse éventent encore un peu plus le brouillard autour de la responsabilité des forces de police. D’après eux, la panique créée par les armes policière était totale, expliquant à elle seule les chutes dans la Loire.

“Cessez d’être les gardiens des riches, et redevenez les gardiens de la paix pour le peuple !”

La petite troupe de manifestants ne peut guère s’approcher des locaux des boeuf-carotte ce vendredi, “parce que les gens travaillent et qu’il ne faut pas les déranger“, explique la préfecture. “Une manif, c’est justement fait pour déranger, mais bon,” soupire Hadama Traoré. Les manifestants ne pourront donc pas adresser leur reproche principal à l’IGPN dans l’affaire Steve : son manque d’impartialité dans les enquêtes. “La police ne devrait pas être contrôlée par elle-même, mais par des magistrats indépendants.

Pour Hadama Traoré, c’est très simple : “on veut la démission de Christophe Castaner et Brigitte Julien. Ceux qui donnent les ordres, et font en sorte qu’il y ait un sentiment d’impunité policière.” “Je suis frappé par leur bêtise, leur brutalité et leur maladresse politique,” s’indigne un manifestant en Gilet Jaune. Alors que le Ministre de l’Intérieur admet du bout des lèvres un “questionnement sur l’utilisation des lacrymogènes” dans l’affaire Steve Maia Caniço, pour les participant・e・s au rassemblement, il n’est plus temps de s’interroger, mais de sortir ce cette stratégie du déni sur les violences policières.

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