Dans la restauration, à l’inverse de l’hôtellerie, les grèves sont rares. Même si le secteur est connu pour rester à l’écart des mouvements sociaux, c’est bien une histoire de débrayage que l’on vous raconte cette semaine dans l’Actu des Luttes. Le 3 février 2022, les salarié·es du restaurant Wepler à Paris se mobilisaient. Le dernier épisode d’un long combat avec le propriétaire de l’enseigne. En octobre 2021, l’entreprise a été condamnée par la Cour de cassation. Son tort : elle a « oublié » pendant des années une partie de la rémunération qu’elle devait à ses employé·es …

« Aujourd’hui, on a des difficultés avec l’employeur. C’est pour ça que ce mouvement de grève a commencé », révèle Souleymane Saw, délégué syndical CGT du groupe et employé depuis 25 ans. Depuis le 13 octobre 2021, le groupe Gérard Joulie, propriétaire du Wepler et de treize autres restaurants à Paris, a été condamné par la Cour de cassation à reverser à l’ensemble des employés de salle trois ans d’arriérés de salaire, suite a un vice de forme dans le calcul de la rémunération des employé·es. 

Élaboration d’une Assemblée générale avant le début de la grève du 12 février a proximité de l’hôtel restaurant Au Bœuf Couronné. Crédit: Nabil Izdar pour Radio Parleur

En effet, au Wepler comme dans l’ensemble des établissements du groupe, les employé·es de salle sont payé·es « aux 15%« . Cela signifie qu’iels perçoivent un salaire mensuel correspondant au « pourcentage service », c’est-à-dire aux 15% du chiffre d’affaires hors taxes, que la direction facture directement aux clients. Un vice de forme dans ce calcul leur fait perdre l’équivalent de 2,25% de rémunération par mois.

La direction du Wepler aux abois

Mais comme nous le révèle Souleymane Saw, « l’employeur ne veut pas respecter le droit. Il essaye de faire signer des avenants aux salarié·es ». Et ce, alors que la Cour de cassation a reconnu le mauvais calcul du pourcentage, et estimé le montant total des remboursements dus à 3,4 millions d’euros. En effet, la pratique qui dure depuis vingt ans. Souleyman Saw poursuit : « le calcul est faussé. Et cela aura un impact global pour les salarié·es : sur l’intéressement, sur la participation, pour les retraites ou quand les salarié·es sont malades. »


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« La totalité des employé·es subit des pressions pendant la période d’évaluation », nous confie Chloé Pechovic, maître d’hôtel du Wepler, actuellement mise a pied pour vol de pourboire. « Pendant ces entretiens d’évaluation, l’employeur intimide le personnel concernant l’histoire des contrats aux 15% […]. On leur demande de faire des attestations contre moi par rapport à l’histoire des pourboires ». D’après les nombreux témoignages que nous avons recueilli auprès des salarié·es présent·es aux portes du Wepler,  l’accusation de vol à l’encontre de Chloé est une manigance. «Vu que j’ai une activité syndicale, ils m’accusent de dire aux employé·es de ne pas signer le nouvel avenant » afirme-t-elle. C‘est suite à sa convocation préalable à un licenciement que ses collègues salarié·es ont précipité ce mouvement de grève. 

Face aux intimidations, propager la grève

L’un des axes majeurs de leur stratégie consiste à propager la grève à l’ensemble du groupe. Le week-end des 12 et 13 février marque d’ailleurs un tournant pour les grévistes. Les équipes de l’hôtel restaurant « Au Bœuf Couronné » (XIXe arrondissement) et de l’Auberge Dab (XVIe arrondissement) ont a leur tour décidé de paralyser leurs établissement, à la veille de la Saint-Valentin. Alors que la grève du Wepler avait débuté le 3 février avec trois individus, le groupe Gérard Joulie se retrouve aujourd’hui avec environ 80 grévistes prêt·es à entraver les desseins de la direction. Une massification qui s’additionne à un soutien de plus en plus marqué d’une partie de la clientèle du Wepler.

Les grévistes a proximité de la porte d’entrée de l’hotel restaurant boeuf couronné. Crédit: Nabil Izdar pour Radio Parleur

Malgré l’ouverture de négociations avec la direction du groupe, l’objectif des grévistes reste inchangé. Iel veulent toucher la part des arriérés de salaire qui reviennent à l’ensemble des salarié·es de salle du groupe Joulie. D’après nos informations, environ 250 personnes seraient concernées. Contacté par Radio Parleur, le groupe Gérard Joulie n’a, lui, pas souhaité répondre à nos multiples sollicitations.

Un reportage de Nabil Izdar pour l’Actu des Luttes. Photographie de une : Nabil Izdar.  Identité sonore Actu des Luttes : Etienne Gratianette (musique/création) et Elin Casse, Antoine Atthalin, Romane Salahun (voix). Photo de Une : Coline Rivet pour Radio Parleur.

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