Victime de violences policières en 2013 dans son quartier des Marnaudes (Rosny-sous-bois), Makan Kebe raconte son histoire, le combat de sa famille face à la justice et son enfance dans un livre intitulé « Arrête-toi !», qu’il a co-écrit avec Amanda Jacquel. Ensemble, ils abordent la réappropriation des récits et l’importance des images.


La volonté de raconter son histoire dans un livre, Makan Kebe l’a depuis des années. Il rencontre Amanda Jacquel à l’occasion de son procès, en 2020. Elle est journaliste, et couvre l’événement. Ensemble, ils écrivent « Arrête-toi !», sorti le 26 mars dernier aux éditions Premiers Matins de Novembre. Dans ces pages, ils reviennent sur les violences que la famille Kebe a subi en 2013, jusqu’au dernier procès l’an dernier en passant par les jeunes années de Makan.

Un récit sur la durée

Le récit s’étend sur plusieurs décennies, de l’enfance de Makan aux séjours qui le motiveront plus tard à devenir animateur socio-culturel. Il raconte aussi ses premiers contrôles de police, dont celui qui dérape en 2013 et ses conséquences lourdes pour sa famille jusqu’à aujourd’hui. Ce jour-là, avec son frère Mohamed, ils sont brutalement interpellés par la brigade anti-criminalité du 93. Les policiers croient tenir les responsables d’un rodéo urbain, mais font erreur sur la personne. Quand ils s’en rendent compte, Mohamed Kebe a déjà reçu un tir de flashball à l’oreille, et son frère est plaqué au sol.

Au-delà de son histoire personnelle, Makan Kebe porte un regard dur sur l’action des pouvoirs publics en banlieue parisienne. Beaucoup de discours promettaient du changement dans les quartiers populaires, mais il n’en est rien. « Les discours s’enchainent, mais la réalité reste la même », explique t-il. « On aurait pu remarquer un changement entre les années 1990 et l’année 2020, sauf que finalement non, ça reste la même. »

Une réappropriation de la parole

L’envie d’écrire vient à Makan suite à la couverture médiatique de son affaire. « Quand l’incident est survenu, plusieurs médias ont repris l’histoire et ont fait des articles. Je ne dis pas que les articles étaient mauvais ou quoi que ce soit mais c’était pas nos mots, c’était pas notre réalité. » Un constant que partage Amanda : « Souvent, quand il y a des personnes qui décèdent dans le cadre d’interventions de la police ou de gendarmes, les journalistes ont tendance à plutôt relayer la parole des autorités. C’est aussi important en tant que journaliste de pouvoir rééquilibrer les choses », rappelle t-elle. « Il y a un rapport de force à imposer au monde médiatique au lendemain des violences policières, pour les familles, les proches et les victimes. »


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Ce qui a sauvé Makan et son frère de la prison, ce sont les vidéos prises par les voisins qui sont venues infirmer les discours des policiers. Néanmoins, le droit de filmer la police est remis en question avec l’article 24 de la loi sécurité globale. « Ce qui fait peur avec cette loi, c’est qu’on va priver des citoyens d’avoir leur défense », confie Makan. « Au travers du livre, on vient montrer à quel point ces vidéos dites « amateures » sont importantes et à quel point elles peuvent venir servir la justice », complète Amanda.

Un entretien de Elin Casse. Photo de Une : Collectif Œil.

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