En 2007, Nicolas Sarkozy martèle un slogan devenu célèbre : « travailler plus pour gagner plus ». Deux ans plus tard, le statut d’auto-entrepreneur entre en vigueur. Depuis, les travailleurs et travailleuses du clic s’organisent et attaquent les plateformes massivement pour obtenir des contrats de travail. Est-ce la faute à ce statut trop précaire ? Éléments de réponse avec la sociologue Sarah Abdelnour.

À la fin des années 2000, l’impératif d’autonomie des individus inspiré du modèle américain du self made man accompagne le tournant d’un libéralisme exacerbé. En France, cela engendre la création du statut d’auto-entrepreneur en 2009, aujourd’hui appelé micro-entreprise. En dix ans, livreurs, et autres chauffeurs forment peu à peu la principale cohorte de ce nouveau statut professionnel. 

24 Fevrier - Rassemblement livreurs et VTC auto-entrepreneurs pour une "loi Uber"
24 février 2021 – Rassemblement de livreurs et chauffeurs VTC auto-entrepreneurs, mobilisés pour une « loi Uber » qui encadre davantage l’économie des plateformes. Crédit photo : Nabil Izdar.

Une « loi Uber » pour encadrer le travail des livreurs auto-entrepreneurs

Depuis le 24 février, la commission européenne débat d’une loi dite « loi Uber ». Le texte doit encadrer les professions liées à l’économie des plateformes. En effet, Uber, Deliveroo et autres Frichti sont très friandes de livreurs pédalant sous le régime des auto-entrepreneurs. Pourtant, la lune de miel entre les plateformes et ce statut semble consommée. De plus en plus de livreurs à vélo et de chauffeurs de VTC voient leur statut requalifié en contrats de travail par la justice. 


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Sarah Abdelnour est sociologue du travail et spécialiste du capitalisme de plateforme. Pendant trois ans, elle à enquêté sur la genèse politique de ce régime. Son livre, Moi, petite entreprise : de l’utopie à la réalité, publié en 2015, revient à la fois sur le contexte de la mise en œuvre l’utilisation qu’en font les auto-entrepreneurs eux-même.

Elle souligne de nombreuses contradictions dans l’argumentaire des plateformes, qu’elles fassent dans la food tech ou la logistique du dernier kilomètre. L’un d’entre eux, le plus martelé : les auto-entrepreneurs obtiennent ainsi une liberté dans le travail. Une liberté qui rime plus souvent avec précarité qu’émancipation, et que les livreurs ou chauffeurs VTC doublent souvent d’un petit boulot salarié.

Un entretien de Nabil Izdar. Photo de Une : Photo : Nabil Izdar.

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