Dimanche 8 décembre, elles et ils étaient plus d’un millier à demander, un an après, justice et dignité pour les lycéen.nes agenouillé.es par la police à Mantes-la-Jolie. Une mobilisation contre l’oubli alors que l’affaire a été classée sans suite par la justice.

“Zyed, Bouna, Théo et Adama, les jeunes du Mantois : on n’oublie pas, on pardonne pas”. Le slogan, lancé avec force dans la sono du camion, résonne en boucle le long du boulevard Magenta à Paris. Ce dimanche 8 décembre, elles et ils sont plus d’un millier à marcher de Barbès à la place de la République.

Il y a un an : 151 jeunes mis à genoux, « une classe qui se tient sage »

Retour en arrière, le 6 décembre 2018, la contestation lycéenne et étudiante contre la réforme du bac et la loi ORE qui instaure le système Parcoursup de sélection à l’entrée de l’université bat son plein. Dans toute la France, plus de 200 lycées et une dizaine d’universités sont bloquées. À Mantes-la-Jolie dans le département des Yvelines, le début de la semaine a été tendu : devant les lycées Jean Rostand et Saint-Exupéry, tous deux bloqués, des affrontements se déroulent entre policier.es et manifestant.es .

Ce jeudi 6 décembre, devant l’établissement scolaire Jean Rostand, un groupe de lycéen.nes est rassemblé devant l’établissement. Quelques poubelles et deux voitures brûlées… L’ambiance se tend alors que certain.es jeunes sortent déjeuner. Les forces de l’ordre chargent, LBD 40 et lanceurs de grenades lacrymogène à la main. Les lycéen.nes se retrouvent acculé.es dans l’arrière cour d’un bâtiment associatif. 

L’image va faire le tour des réseaux sociaux : 151 jeunes, âgé.es de 12 à 21 ans, à genoux, tête baissée, mains sur la tête, tenu.es en respect par les tonfas des forces de l’ordre. La vidéo est filmée par un policier, pour laquelle la situation paraît plutôt satisfaisante : “voilà une classe qui se tient sage”, lâche-t-il.

Place de la République, des prises de parole et un moment de silence, agenouillé.es à la « Marche des mamans »  le 8 décembre 2019 à Paris. Photographie : Lola Loubet | APJ | Hans Lucas

Des gardes-à-vue abusives

Alors ce 8 décembre, un peu plus d’an après les événements, plusieurs lycéens et lycéennes victimes de cette interpellation abusive sont présent.es dans le cortège qui descend le boulevard Magenta. “Il n’y a pas que la vidéo ! Il y a aussi l’avant et l’après” tempête Yessa Belkhodja, porte-parole du Collectif de défense des jeunes du Mantois, créé au lendemain des interpellations. Car après plus de trois heures à genoux pour certain.es, après les coups, les insultes racistes, sexistes, les lycéen.nes sont réparti.es dans plusieurs commissariats. “J’ai passé 26 heures en garde-à-vue”, confie Yasser, 17 ans à l’époque, “on m’a dit des choses mais je ne préfère pas les répéter”.

Presque tou.tes rentrent chez elles et eux dès le lendemain avec un rappel à la loi mais Rachida, la mère de Yasser, “ne reconnaît plus [son] môme”. L’événement a traumatisé les jeunes, certain.es affirment ne plus être sorti.es pendant plusieurs semaines. La veille de la manifestation, Rachida avait mis en garde son fils sur le danger que peut représenter la police. “En manifestation il est beaucoup plus exposé à la mort”, précise-t-elle, “en banlieue, ces réalités-là nous viennent tout de suite en tête.”

 
À la « Marche des mamans », le 8 décembre 2019 à Paris. Photographie : Lola Loubet | APJ | Hans Lucas

S’agenouiller pour “demander justice”

Rassemblé.es en bloc derrière une banderole “Pour l’amour de nos enfants, marche des mamans pour la justice et la dignité”, les jeunes et leurs familles ont marché durant 3 heures. Il et elles étaient épaulé.es par plusieurs familles de victimes de violences policières comme les mères de Selom et Matisse, deux adolescents percutés par un train en fuyant la police, le 15 décembre 2017. A leurs côtés, divers soutiens comme le NPA, seul parti politique dont le drapeau flottait ce jour-là. Dans le cortège, on croise aussi la Brigade « anti-négrophobie » ou encore le rappeur Kery James.

Sur le boulevard, tou.tes se sont agenouillé.es dans le silence, durant plusieurs minutes.  Une posture “devenue un signe de résistance face aux violences policières” . Plusieurs familles ont porté plainte pour violences policières, emboîtant le pas au syndicat lycéen UNL, mais l‘enquête préliminaire de la police des polices a été classée sans suite.

Derrière la banderole, des mères et des jeunes victimes à la « Marche des mamans »  le 6 décembre 2019 à Paris . Photographie : Lola Loubet | APJ | Hans Lucas

L’UNL et le collectif ont décidé de déposer une nouvelle plainte avec constitution de parties civiles, pour obtenir l’ouverture d’une instruction : “ça va arriver dans l’année ou début 2020”, explique Rachida, la mère de Yasser. Mais les familles n’attendent pas grand chose de la justice qui, selon elles, “a fait ses preuves en matière de déni des victimes…”

Un reportage de Zoé Pinet et Louise Bugier, photographies de Lola Loubet pour APJ/Hans Lucas

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