La Revue Dessinée, c’est 288 pages de BD qui paraît tous les trois mois. Dans les bulles, des récits d’enquêtes, de l’investigation, des reportages. Une forme encore peu utilisée par les journalistes, et pourtant ultra-puissante pour rendre la complexité des sujets. Rédactrice en cheffe de La Revue Dessinée, Amélie Mougey déploie pour Radio Parleur la méthode éditoriale qui permet de faire travailler ensemble artistes et journalistes.

 

Amélie Mougey, rédactrice en cheffe de La Revue Dessinée. Crédit Photo : Manon Le Charpentier

Représenter les lanceurs d’alerte

« À chaque fois, on a un binôme, un journaliste et un auteur qui travaillent ensemble pour restituer une enquête en dessin. » Comme dans tout travail de journaliste, la place du témoin est centrale. De ce point de vue, la BD change un peu la donne. Travailler avec un lanceur ou une lanceuse d’alerte, c’est compter avec la représentation que l’on va donner de cette personne qui s’expose publiquement. « La BD permet la subtilité. De rendre aussi, à travers le regard d’un artiste, la personnalité de quelqu’un, » explique Amélie Mougey. Un processus de plusieurs mois, qui permet de ralentir le rythme du journaliste, « mais aussi de revoir les témoins, de nouer un lien. » Un luxe dont les journalistes ne disposent pas souvent.

« On ne soupçonne jamais un dessin d’être neutre »

Qu’est-ce qui distingue un lanceur d’alerte d’un témoin dans une enquête ? L’exposition publique, bien sûr. Une entrée dans l’arène qui révèle l’histoire personnelle des lanceurs d’alerte avec le scandale qu’ils et elles dénoncent. Celle d’Irène Frachon a été racontée dans un film qui retrace son implication personnelle dans le combat contre le Médiator, « La fille de Brest ». Une bonne enquête raconte aussi l’histoire de celui ou celle qui enquête, et du pourquoi il ou elle enquête, souvent à ses risques et périls. « On ne soupçonne jamais un dessin d’être neutre, » souligne Amélie Mougey, « c’est donc un outil fabuleux pour transmettre des combats, comme celui pour la reconnaissance de la toxicité des algues vertes, par exemple. »

Cet entretien a été enregistré au salon Des livres et l’alerte, le 16 novembre 2018 à Paris.

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