« C’est un ouf de soulagement ». Après plus d’un an à la recherche d’un repreneur, la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Strasbourg a validé le plan de reprise des 281 salariés de l’aciérie Ascoval par le groupe franco-belge Altifort. Une décision qui fait suite à un long bras de fer, jalonné d’une grève des salariés et des promesses non tenues de l’État.

« Un aboutissement ». Voilà comment Nacim Bardi, délégué syndical CGT de l’aciérie de Saint-Saulve (Nord), définit la décision du tribunal, rendue mercredi 19 décembre. Un soulagement pour les salariés qui vivaient dans la crainte de perdre leur emploi depuis février 2018, date de l’annonce de la liquidation judiciaire du groupe Asco Industries, propriétaire d’Ascoval.

Ce salut est pour lui le résultat de « trois ingrédients » : une unité syndicale, une unité politique et une unité des salariés. La reprise par le groupe franco-belge Altifort deviendra effective en février 2019, avec une offre de 152 millions d’euros, dont 47 millions d’euros de fonds publics « sous forme de prêt ». Ce sauvetage s’est pourtant effectué dans la douleur : fin octobre, des pneus brûlaient devant le portail du site industriel, lors du blocage initié par les salariés en colère.

Vallourec mine la reprise

Quelques mois auparavant, début novembre 2018, Nacim Bardi nous témoignait du sentiment de désillusion qui régnait chez les salariés d’Ascoval. En cause ? L’attitude de Vallourec, fabricant de tubes en acier implanté dans plus de vingt pays, actionnaire à hauteur de 40% et fondateur de l’usine en 1975. En février 2018, le sidérurgiste s’était engagé à trouver un repreneur. Altifort, groupe franco-belge se présente alors comme candidat le plus sérieux, avec une offre qui prévoyait le maintien du niveau de commandes par Vallourec pendant un an et demi.

Un projet « non viable » rétorque Vallourec, le 22 octobre, qui refuse de soutenir ce plan. Nacim Bardi y voit une stratégie pour « faire tomber toutes les unités de production en France ». La colère des salariés est immense et se traduit par le blocage de l’usine pendant deux semaines. Vallourec s’était en effet engagé, au même titre que l’État, à préserver les emplois.

Un conflit d’intérêts qui condamne l’usine ?

La rancœur des travailleurs se nourrit également d’un abandon du gouvernement qui semble regarder le train de la casse sociale passé, sans agir. « Sans volonté réelle de l’État, les usines peuvent fermer », indique Nacim Bardi. Toutefois, sous l’égide de la secrétaire d’État auprès du ministre de l’Economie et des finances, Agnès Panier-Runacher, l’État fait appel à un nouveau cabinet d’études (Roland Berger), salutaire selon le syndicaliste. Le projet d’Altifort est cette fois jugé « solide », selon les mots de Bruno Le Maire. Les négociations reprennent jusqu’au plan de reprise final déposé par Altifort. Avec des investissements revus à la hausse ajoutés à l’apport financier de l’Etat, également actionnaire, le repreneur se passe du soutien de Vallourec.

Défendre un acier de qualité

« Ils avaient besoin de nous. On ne fait pas d’acier bas-de-gamme« , défend Nacim Bardi. La lutte menée par les salariés aura permis de défendre « un métier à part », mais également de faire une belle publicité à l’usine, qui remplit son carnet de commandes. Loin d’être un « canard boiteux de l’industrie », le salarié y voit un fleuron français de la filière de l’acier, approvisionnant les secteurs ferroviaire, énergétique et automobile, qu’il fallait défendre.  Une lutte menée avec le soutien des élus locaux, de Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, à Fabien Roussel, député communiste du Nord. En attendant de remercier leurs soutiens, les salariés pourront continuer à exercer leur travail : « c’est comme une passion », conclut le syndicaliste.

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