Le travail, son organisation et ses nouvelles modalités n’ont pas été au cœur des débats de la campagne électorale, loin s’en faut. Pourtant, les révolutions permanentes des moyens de production sont au centre des luttes. Dans Le travail du futur, Juan Sebastian Carbonell casse certains des mythes récurrents. La robotique ne va pas nous remplacer au travail, mais redistribuer et faire muter la répartition des tâches.

Le travail est l’un des nombreux points occultés de la campagne présidentielle qui s’achève. Pourtant, il sacralise tous les fantasmes. Sous couvert d’avancées technologiques, le genre humain pourrait bientôt être remplacé par des machines bien plus performantes. Ces fables, annonciatrices d’une prétendue fin du travail, accompagnent la prolifération d’un capitalisme globalisé à l’heure de l’avènement du numérique.

La robotique a-t-elle tué le travail ?

Pour l’auteur, le travail n’a pas disparu. Au contraire, l’interconnexion des systèmes à l’échelle internationale a produit un déplacement de la production et des activités. La désindustrialisation semble avoir causé une crise au sein du travail. Pourtant le travail reste majoritairement stable malgré l’émergence de nouveaux travailleurs du numérique et de la logistique précaires.

Si les ouvriers indiens d’aujourd’hui sont les ouvriers du Nord d’hier, cette migration a été construite pour se débarrasser des conflits sociaux tout en réduisant le coût des marchandises. Pourtant, les luttes des ouvriers du Sud ainsi que celles émanant des nouveaux travailleurs de plateformes du Nord marquent les signes annonciateurs d’un retour de bâton.

Pour Juan Sebastian Carbonell, les discours sur la « crise du travail » sont biaisés. Il devient d’ailleurs essentiel de revoir nos grilles de compréhension historiques pour prendre la mesure des changements perceptibles. Continuer à parler du plein emploi des années 70,  sans actualiser cette notion « masculino-centrée«  revient par exemple à poursuivre la disqualification des femmes au sein du travail.

Le revenu universel, une fausse bonne idée ?

C’est d’ailleurs grâce à cette lecture actualisée que Juan Sebastian Carbonell s’oppose au principe d’un revenu universel. Il rappelle ainsi que l’idée est une émanation idéologique construite par les libéraux pour scinder le collectif et l’appartenance sociale. Le sociologue ne croit pas non plus à l’abolition du travail, qui reviendrait à effacer la source de subsistance et de sens d’une partie de la société.

Pour Carbonell en effet, c’est par le rôle pivot du travail que peut advenir une émancipation collective. « Quand les travailleurs décident entre eux ce qu’ils vont produire et comment ils vont le produire, le travail acquiert une dimension politique. Ce n’est plus de l’exploitation. et il devient, par sa dimension politique, un outil d’émancipation. »

Un entretien de Nabil Izdar. Photo de Une : Nabil Izdar. Identité sonore : Etienne Gratianette. 

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