Cette semaine, l’Actu des Luttes vous embarque à la chasse aux parrainages. En effet, sans soutiens d’élu·es, pas de candidature à l’élection présidentielle. Depuis 1974, la barrière est fixée à 500 signatures. Une récolte qui tourne au parcours du combattant pour les candidat·es hors-partis. Pourquoi ça coince sur le terrain ? Pour comprendre, on a suivi de mairie en mairie, des partisans d’Anasse Kazib, cheminot et candidat de Révolution Permanente à l’élection présidentielle.

Ce samedi matin de décembre, on a rendez vous a Choisy-le-Roi, commune du Val-de-Marne proche de Paris. On y retrouve Joshua et Eddy, respectivement militants et sympathisants du courant politique d’extrême gauche, Révolution Permanente. Les deux camarades se rendent près de Montereau, en Seine-et-Marne, pour tenter de rencontrer les maires de neuf petites communes du secteur. L’objectif est simple : engranger des promesses de parrainages pour la campagne présidentielle du candidat a l’élection présidentielle Anasse Kazib, délégué syndical de Sud Rail.

Joshua et Eddy ont sillonné neuf communes en l’espace d’une journée afin de tenter d’obtenir de nouvelles promesses de parrainages. Crédit : Nabil Izdar pour Radio Parleur.

Selon le décompte du conseil constitutionnel daté du 8 février, le cheminot en a déjà engrangé 84. Lors de notre reportage réalisé fin décembre, Révolution Permanente revendiquait 121 « promesses » de soutien. Pour tous·tes les candidat·es, la règle est la même : un minimum de 500 parrainages doit parvenir au Conseil constitutionnel avant le vendredi 4 mars 2022 à 18 heures. Un seul manque et c’est l’élimination.


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Pendant le week-end, la recherche de parrainages s’apparente avant tout à une recherche des maires eux-mêmes. Dans les mairies qui en disposent, les permanences ferment à midi. Il faut donc se rendre au domicile de chaque édile pour réussir à nouer un premier contact … sans être assuré de leur présence. Des obstacles de genre font de la course aux parrainages un travail de fourmi, proche d’une chasse au trésor. Bien que les maires constituent la majorité du collège de parrainages (36 000 maires sur les 42 000 élu·es habilités), nombreux sont ceux qui n’accordent aucune signature.

Du côté des maires, pressions en tous sens

Sur le terrain, les élu·es n’ont pas non plus la partie facile. Tous les parrainages sont publiés au Journal Officiel. Conséquence : les élu·es subissent la pression des candidat·es, des appareils politiques, mais aussi celle d’administré·es prêt·es à critiquer leur choix. Certains maires suivent la ligne de leur parti. D’autres tentent d’organiser des consultations citoyennes, ou proposent un vote au conseil municipal. Enfin, beaucoup d’édiles se réfugient derrière la promesse faite à leurs électeurs d’exercer un mandat « apolitique » pour ne soutenir aucun·e candidat·e.

500 parrainnages anasse kazib
« Lettre au maire ». Face au domicile d’un maire, Joshua rédige une lettre qu’il déposera dans la boite aux lettres, avec une invitation à parrainer Anasse Kazib, le candidat qu’ils représentent avec Eddy. Credit : Nabil Izdar pour Radio Parleur.

Ce système des 500 signatures peut apparaitre comme un frein démocratique pour qui ne dispose pas d’un appareil politique bien établi. « 500 signatures, on met un barrage. Il faut les trouver les 500 signatures. Quand c’est des gros, iels sont connu·es. Quand il y a un petit, on le torpille tout de suite », estime Alain Demelun, maire de La Brosse-Montceaux.

Le symptôme d’un système à réformer ?

Alors le système pose question. Il est d’ailleurs critiqué par plusieurs candidat·es comme d’Eric Zemmour à Jean Luc Mélenchon en passant par Marine Le Pen. Tous et toutes dénoncent un mode de fonctionnement qui pose un « énorme problème éthique et démocratique ».  Alors ce système de filtrage empêche-t-il de voir émerger de petit·es candidat·es ? Les « petites candidatures » omettent que les règles du suffrage universel direct doivent permettre d’élire un·e président·e capable d’une envergure internationale ?

Lorsqu’on pose la question à Marie-Claire Ponthoreau, professeur de droit constitutionnel à l’université de Bordeaux, elle constate que  » toutes les formations politiques, toutes les opinions souhaitent participer à cette élection. Tout le monde à compris que celui qui gouverne, c’est véritablement le Président de la République ». Pour la chercheuse , cette focalisation, tous les 5 ans, sur l’échéance présidentielle pose en réalité la question de l’efficacité démocratique « de notre système institutionnel au sens large » et de la nécessité de le réformer.

Un épisode de l’Actu des Luttes présenté et coordonné par Martin Bodrero, reportage et photographies réalisées par Nabil Izdar. Identité sonore Actu des Luttes : Etienne Gratianette (musique/création) et Elin Casse, Antoine Atthalin, Romane Salahun (voix).

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