Élodie Font est journaliste, documentariste et scénariste.  En 2017, elle réalise un podcast intitulé Coming in. Un terme clin d’œil au “coming out”, qui décrit le moment d’annoncer son homosexualité, pour signifier le fait de se le dire à soi-même. En 2021, le podcast est adapté en bande dessinée éponyme avec l’illustratrice Carole Maurel. Alors, comment raconter le fait de s’accepter en tant que femme lesbienne ?

Attention, cet entretien aborde le suicide de manière directe . 

L’entretien se fait à distance. Élodie Font est en congé maternité et nous raconte son récit sur fond de gazouillements de jeune enfant. “C’est ma lutte à moi ça » explique-t-elle. « C’est une envie qui ne m’a pas quittée ». Une envie qui a mis du temps à se réaliser. Pour cela, il lui a fallu dépasser dans un premier temps l’absence de représentation, tout comme pour se dire homosexuelle. Son processus d’acceptation de son homosexualité s’étend dans son récit, de 2003, l’année de sa terminale, à 2011, quand elle fait le « deuil » de son hétérosexualité.


Sur le même thème : Podcasts lesbiens, mémoire sonore et archives vivantes – Penser les luttes


Dans la bande dessinée, il est illustré par un combat de boxe entre deux représentations de l’autrice. Une rouge et une bleue, qui se lancent des coups et des mots. « J’étais vraiment épuisée. Ça a pris des années… c’est comme si vous étiez en train de vous engueuler toute la journée. C’est une angoisse qui monte, très forte. » Dans la bande dessinée, une double page débordante de couleurs très vives marque le moment où, après six mois à penser au mot suicide, elle clame: « Je suis homo« .

Elodie Font Coming in
Une de la couverture de « Coming in » d’Elodie Font et de Carole Maurel.

Raconter son acceptation: un récit sonore et graphique

Pour pouvoir le clamer, elle a d’abord dû le dire. À soi, puis aux autres. À plusieurs reprises dans ses récits, elle évoque l’importance, le besoin de dire et de partager, d’abord le fait de sortir avec une fille, puis le fait d’être lesbienne. « Ça m’a fait beaucoup de bien, ça m’a fait prendre conscience que j’étais pas toute seule. C’est une grande force, de se rendre compte qu’on est pas mal », nous partage-t-elle. Le podcast, puis la BD sont alors comme une prolongation de ce processus, qui fait du bien également aux lecteurices : à la sortir de Coming in, Élodie Font a reçu des centaines de courriers la remerciant pour son histoire, et le fait de mettre en mots ce qui est aussi une partie de la leur.

Un entretien de Lou Bonnefoy pour Radio Parleur. Identité sonore : Etienne Gratianette (musique/création) Photo de Une : Astrid di Crollalanza.

Répondre

Please enter your comment!
Please enter your name here