Entre 1971 et 1981, une lutte pour faire face à l’extension d’un camp militaire a secoué le quotidien des paysan·nes  sur le plateau du Larzac, dans l’Aveyron. Dans ce deuxième épisode, Christiane Burguière, Élisabeth Baillon, Solveig et Anne Marie Letort reviennent sur le contexte politique des années 1970.

Dans le précédent épisode de cette série Larzac, des femmes face à l’armée, Christiane Burguière, Elisabeth Baillon, Solveig et Anne-Marie Letort racontent leur souvenirs de la lutte du Larzac, dans les années 1970. Cette fois-ci, elles se penchent davantage sur le contexte de l’époque. Solveig Letort explique : « On est après 68, c’est tous les mouvements féministes, occitanistes, antinucléaires… Ça va devenir une espèce de creuset national, où vont se confronter plein d’idées différentes. Une alchimie de toutes ces oppositions et de toutes ces luttes de l’époque. »

Solveig et Anne Marie Letort, sur le plateau du Larzac, en août 2020. Crédit : Malika Barbot pour Radio Parleur.

On est aussi au moment où le MLF, mouvement de Libération des femmes est en expansion, mais davantage à Paris. Sur le Larzac, milieu rural et paysan, la situation est bien différente, les contextes et les urgences ne sont pas les mêmes : « La place des femmes, c’était secondaire. On étaient tous dans le même bateau », lâche Christiane Burguière. De son côté, Élisabeth Baillon précise : « Dans les années 70, tout est basé sur la complémentarité. Lanza del Vasto disait « La femme, c’est le cœur et l’homme, c’est le cerveau ». Je caricature mais… Chacun dans son rôle. Quand il fallait faire faire un discours à une femme, c’était du sentiment, c’était la voix de la mère qui s’élevait. Les hommes eux portaient la direction de l’entreprise. Il ne fallait pas se diviser l’énergie, on la mettait à la lutte contre le camp militaire. »

« Relier féminisme et femmes du Larzac, ça m’intéressait beaucoup »

Vers la fin de la lutte, la revue Sorcières contacte Élisabeth Baillon. Le numéro 20, La nature assassinée, est en préparation dans lequel un dossier est dédié aux femmes du Larzac. « C’est un texte à plusieurs voix où les femmes racontent leurs positions », annonce-t-elle. À l’intérieur, des témoignages divers : des positions traditionnelles, d’autres plus féministes, des récits de mères de famille, de paysannes : « Relier féminisme et femmes du Larzac, ça, ça m’intéressait beaucoup », poursuit Élisabeth Baillon.

Larzac, août 2020 : la route qui traverse le nord du plateau. Crédit : Malika Barbot pour Radio Parleur.

Une tâche qui n’est pas si facile puisque lors de grands rassemblements sur le plateau, des féministes se sont jointes à la lutte, sans toujours intégrer les ressentis des femmes habitant sur place. « On a eu des problèmes avec les féministes qui étaient toutes déçues de ne pas trouver des femmes toujours en tête des manifestation et prenant la parole… Enfin des égéries, plus en leaders. Les femmes du Larzac ne se sont pas du tout senties comprises par les féministes. » Au début de la lutte : même situation avec la venue de maoïstes, qui avaient des attentes différentes. « Ils trouvaient que les paysans n’avaient pas une prise de conscience formidable, poursuit Élisabeth Baillon. Ils voulaient que ça pète ! Enfin au début. Après, les paysans ne se sont pas du tout laissés manipuler, ils étaient très pragmatiques. »

Lors des grands rassemblements, des milliers de personnes se rassemblaient ici. Crédit : Malika Barbot pour Radio Parleur.

« On ne leur donnait pas le micro »

D’après Solveig et Anne-Marie Letort, les femmes étaient bien présentes dans les actions, seulement moins voyantes : « Il y a toujours les bonhommes devant pour prendre la parole. Les femmes n’osaient pas. Enfin, c’est surtout qu’on ne leur donnait pas le micro. On est dans le milieu rural. Elles ne s’autorisaient pas à prendre la parole. » Christiane Burguière se souvient de réunions où il était difficile de donner son avis. Quand elle était plus jeune, on ne lui a jamais appris à s’exprimer devant une assemblée : « Dans ma famille, les enfants, surtout les filles, on avait rien à dire parce qu’on parlait beaucoup de la ferme. Donc nous les filles, il fallait se taire. Il fallait écouter. Écouter, c’était ça l’éducation. Après, on est dans le silence et puis un beau jour ça éclate. Et tant mieux, c’est une bonne chose ! »

Larzac, des femmes face à l’armée, une série écrite et réalisée par Malika Barbot. Photo de Une : Malika Barbot pour Radio Parleur

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Extraits sonores :

  • « Paysans du Larzac », allocution de Mme Guiraud, à la Blaquière. CD Larzac 1973, Apal (Association pour l’aménagement du Larzac)
  • Musiques sous licence creativecomons.org : Changes by Meydän ; MrKey LMK ; Days Past, by In Closing

 

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