Dans les années 70, des paysan·nes ont lutté contre l’extension d’un camp militaire, sur le plateau du Larzac. Cinquante ans plus tard, des femmes du territoire reviennent sur leur vécu, les actions qu’elles ont menées, leur place de femme.

Cinquante ans se sont passé depuis le début de la lutte du Larzac, en Aveyron. De 1971 à 1981, des paysan·nes, bientôt rejoint·es par des militant·es de toute la France, se sont opposé·es à l’extension d’un camp militaire. Le gouvernement, dont Michel Debré est le Premier ministre, souhaitait étendre le camp de 3000 hectares à 17000 hectares. Du jour au lendemain, après une annonce à la télévision nationale en 1971, les paysan·nes se retrouvent menacé·es d’expulsion.

Larzac, des femmes face à l'armée
Plateau du Larzac, août 2020. Crédit : Malika Barbot

En mars 1972, après la venue de Lanza Del Vasto (disciple chrétien de Gandhi, fondateur de la communauté de l’Arche), ils décident de signer un serment. Ils promettent que jamais ils ne céderont leurs terres à l’armée, même contre de l’argent. C’est le serment des 103. Ils et elles tiennent dix ans à se réunir, à organiser des manifestations, des grands rassemblements sur le plateau, monter à pied jusqu’à Paris, occuper des terrains. Les actions sont nombreuses, et petit à petit le Larzac devient un symbole.

Des figures emblématiques, majoritairement des hommes, ont émergé de ces dix ans de luttes. Mais les femmes n’étaient pour autant pas absentes de la lutte. Seulement moins visibles, moins mises en avant, reléguées aux tâches invisibles : l’accueil, la communication, l’organisation. Dans ce premier épisode « Vivre la lutte », elles racontent comment elles se sont investies pour faire face à l’armée.

Des actions menées par les femmes

Les femmes ont aussi tenu à mener des actions entre elles au cours de la lutte. Les hommes, symboliquement, renvoyaient leurs livrets militaires. Qu’avaient les femmes pour marquer leur opposition ? Le 21 février 1975, après concertation, elles se regroupent deux par deux, direction les différentes mairies des villages du Larzac. Au moment de l’enquête parcellaire, l’idée d’aller détruire les papiers officiels dans les mairies émerge.


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« Il y avait deux commissaires aux plans. Ils me connaissaient puisque nous avions une maison prestigieuse. Ils ont été empressés auprès de moi, explique Elisabeth Baillon, militante historique. Tout à coup, à midi tapante, je leur ai dit : Je ne suis pas venue pour les consulter, j’ai envie de les déchirer ! Je me suis précipitée, ils se sont précipités sur moi. »

Larzac, des femmes face à l'armée
Elisabeth Baillon, dans son atelier de broderie à Millau. Crédit : Malika Barbot

Trois ans plus tard, en mai 1978, les femmes se rassemblent à nouveau et décident de bloquer les camions militaires, aux abords de la ferme de Potensac, au nord du plateau. L’élément déclencheur : des convois incessants, à l’heure où passent leurs enfants. Christiane Burguière, née en 1946 et habitante du plateau depuis 1965 raconte : « On se donnait la main, on était une quinzaine de femmes. Ils sont arrivés comme des fous, on a du lâcher nos mains pour s’écarter. Sinon, ils nous rentraient dedans. Ils ne sous respectaient pas ». Elle se souvient aussi de la peur au ventre avant les actions, et du soulagement de l’après : « Comme on était de plus en plus nombreuses, c’était une sacrée force ! », ajoute-t-elle.

Larzac, des femmes face à l'armée
Christiane Burguiere, dans sa maison, au nord du Larzac. Crédit : Malika Barbot

Sur le Larzac, lutter avec humour

Solveig Letort et sa mère, Anne-Marie, se sont assises à une table de pique nique, à Nant, petit village touristique du plateau. C’est la première fois, qu’ensemble, elles se racontent la lutte, leurs expériences. Ce sont des souvenirs enfantins pour Solveig, âgée de huit ans à l’époque : « ce qui m’a marqué, c’est les grands rassemblements avec tous ces adultes. Il fait chaud, on a soif. Je me souviens qu’on me mets dans des buis, pour me rafraîchir. C’était nimbé d’humanité. »

Anne-Marie, elle, est souvent affectée à la communication, chargée de faire des affiches et des banderoles. Elle évoque les touches d’humour présentes dans cette lutte : « Ce n’était pas habituel dans les luttes. C’est toujours ou bien le poing levé ou les slogans. Là il y avait cette pointe d’invention d’imagination, d’humour. L’ennemi n’est pas prêt à capter l’amour. » Solveig poursuit : « les coulisses sont très importantes pour comprendre comment ils ont pu tenir dix ans. »

Larzac, des femmes face à l'armée
Plateau du Larzac, août 2020. Crédit : Malika Barbot

Larzac, des femmes face à l’armée, une série écrite et réalisée par Malika Barbot. Photo de Une : Malika Barbot pour Radio Parleur

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Sources extraits sonores :

  • La chanson du Larzac, CD « Larzac 1973 », Apal (Association pour l’aménagement du Larzac)
  • Extraits de la trilogie documentaire « Paysannes », de Gérard Guérin. Les Mutins de Pangée, 2020, première diffusion 1979
  • Musiques sous licence creativecomons.org : Days Past, by In Closing ; Wild Birth by Under The Gaïac ; Changes by Meydän

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