Le 15 décembre 2017, à Fives, Sélom, 20 ans et Matisse, 18 ans meurent percutés par un train. L’enquête, rapidement menée, conclut à un simple accident. Mais très vite, des doutes émergent. Le drame marque profondément le quartier populaire de Lille. Il intervient dans un contexte de tensions croissantes entre deux dynamiques contradictoires, entre gentrification, politique sécuritaire et économie populaire.

Des années après la mort de Sélom et Matisse, l’ancien quartier ouvrier de Fives peine encore à s’extirper des tensions liées au trafic de drogue. Longtemps resté à l’abandon, ravagé par la désindustrialisation, Fives rejoint l’histoire de nombreux faubourgs ouvriers. A la fin du XIXe siècle, c’est l’économie qui façonne son architecture et le quotidien de ses habitant·es.

La création d’une gare éphémère pour Lille, puis l’installation de grandes usines textiles facilitent un développement économique très fort. « Il y a eu jusqu’à 5000 ouvriers dans l’usine Fives Cail-Babcock. On est sur une ville dans la ville qui est aujourd’hui en train d’être réhabilitée en logements » raconte Antonio Delfini, sociologue natif du quartier et membre de l’Atelier Populaire d’Urbanisme de Fives.

Sélom et Matisse
L’histoire de Fives est celle d’un quartier en voie de gentrification après des années d’abandon. Crédit : Yann Levy pour Radio Parleur.

Car à partir des années 1970, le quartier est ravagé par la crise industrielle qui frappe la région. Les usines ferment les unes après les autres. Celles de Peugeot et de Fives-Cail cessent toute activité dans les années 1990. Les commerces de proximité ferment à leur tour et le quartier est peu à peu laissé à l’abandon.

Vers une « règlementation de l’occupation du quartier » ?

Ville conflictuelle, luttes pour le logement et transformations des quartiers populaires : Fives fait aujourd’hui partie de ces zones en voie de gentrification. Depuis 2007, un nombre croissant d’habitant·es, classes moyennes et étudiant·es confondu·es, fuit la hausse des loyers dans le centre de Lille et s’installe au milieu de familles très précaires. « Sur le quartier on voit des catégories socio-professionnelles qui explosent et d’autres qui baissent complètement. »


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Ce mélange des populations n’est pas sans heurts entre nouveaux arrivants et premier·es habitant·es. « Il y a une économie populaire qui marque le territoire : du deal de shit, des réparations de voitures, des coups de main, du soin aux personnes âgées... Ça donne lieu à des événements qui sont parfois un peu durs, parce qu’il y a désormais une volonté de réglementer l’occupation du quartier », soupire Antonio Delfini. « Certains jeunes se demandent s’il y a une volonté de rendre le quartier plus séduisant pour la nouvelle population », analyse la journaliste Nadia Daki.

Incivilités, accidents, une pétition lancée par des habitant·es anonymes, contre les rodéos et pour « une présence policière plus importante et plus régulière à Lille-Fives » recueille 4720 signatures. La police est de plus en plus présente. Mais les difficultés sociales et économiques pour les populations les plus précaires persistent. Et les pouvoirs publics n’apportent pas de réelles réponses. « On a de plus en plus un traitement sécuritaire des problèmes sociaux, ce qui aboutit à des drames. » résume Antonio Delfini.

Radio Parleur vous propose de découvrir l’évolution du quartier de Fives à travers une ballade urbaine menée par Antonio Delfini, sociologue natif du quartier et membre de l’Atelier Populaire d’Urbanisme de Fives.

Retrouvez tous les épisodes de cette série ici :

Une enquête menée par Yann Levy (Bastamag), Tristan Goldbronn et Sophie Peroy-Gay. Réalisation par Etienne Gratiannette. Photo de Une : Yann Levy pour Bastamag.

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