Biocoop est-il un supermarché éthique et responsable ? Le 8 octobre dernier se déroulait la dixième journée de grève devant un supermarché Biocoop du 11ème arrondissement de Paris. Le but : soutenir deux salarié·es menacé·es de licenciement et dénoncer le monde pas si vert du management dans cette enseigne. 


Jeudi 8 octobre, une quinzaine de salarié·es des magasins Biocoop – Le Retour à la Terre sont réuni·es devant leur enseigne dans le onzième arrondissement de Paris. Dans cette franchise de Biocoop c’est le 10ème jour de grève, qui a débuté le 9 juillet. Ils et elles dénoncent leurs conditions de travail et la volonté de leur gérante d’ouvrir les établissements le dimanche. La possibilité de poser deux jours de repos consécutifs est au cœur de leurs revendications. Mais surtout, ces travailleur·ses réclament plus de respect de la part de leur employeur.

Répression contre les grévistes ?

Ce jour-là, deux noms de collègues sont sur les lèvres de toustes les grévistes : Laetitia et Sébastien. Les deux employé·es viennent d’être mis à pied et sont convoqués en entretien préalable au licenciement l’après-midi même. Sébastien, employé depuis deux ans et demi, en sort le premier. Les raisons de sa mise à pied ? Des absences injustifiées qu’il explique alors par des migraines chroniques. « Parfois, je ne peux pas aller chez le médecin le jour même. Mais la direction est au courant depuis longtemps. Je pense que ces convocations et mises à pied, qui ne sont que pour des salarié·es grévistes, c’est un moyen de casser la grève » dénonce-t-il.

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Malek, lui aussi, a été mis à pied, une semaine avant ses deux collègues. Il témoigne : « c’est d’une violence extrêmement forte. On a l’impression d’être un voyou. En plus, on se retrouve à ne plus être payé du jour en lendemain ». Salarié depuis un an et demi, il se dit particulièrement déçu par le fonctionnement de ce magasin Biocoop en grève : « En venant ici, je pensais trouver une entreprise qui n’essaye pas de maximiser ses profits à tout prix et notamment au prix de ses salarié·es ».

Un groupe de 650 magasins et 6000 salarié·es

Biocoop se présente comme « un réseau d’acteurs indépendants, militants, engagés ». Pourtant, les problèmes mis en avant par ces grévistes font écho à ceux que dénoncent leurs collègues strasbourgeois. L’entreprise est-elle vraiment porteuse des valeurs de l’Économie Sociale et Solidaire, comme qu’elle s’en réclame ?

Biocoop grève
Sébastien est l’un des trois salarié·es de Biocoop en grève mis·es à pied. Photo Clara Guillard pour Radio Parleur

« Ce qui se passe dans ces magasins, ce n’est pas le reflet des 650 magasins Biocoop en France » affirme Olivier Mugler, gérant de Canal Bio. Installé depuis 1995 au bord du bassin de la Villette à Paris, c’est l’un des premiers Biocoop ouverts dans la capitale. « Je déplore la situation de ces salarié·es. Biocoop doit se saisir de cette question sociale et le mettre au cœur de notre projet ».

« A force de vouloir grandir et croître, cela va ressembler à de la grande distribution »

Ce projet repose sur des chartes et des cahiers de charges édités par Biocoop. Ils concernent les produits, l’économie, l’écologie et le social. Dans ce dernier volet, il est question des salarié·es. « On doit par exemple employer un certain pourcentage de CDI » explique Olivier Mugler. Mais la plupart de ces consignes ne sont que des préconisations et restent facultatives.

Quant au nombre de magasins, le siège de Biocoop ne compte pas s’arrêter là. La société négocie actuellement une offre de reprise pour les boutiques Bio C’Bon. « À force de vouloir grandir et croître, cela va ressembler à la grande distribution » se désolé Pascale-Dominique Russo. « Les salarié·es vont être perdants, mais les gérants également. Les clients vont finir par aller à Carrefour. Là aussi, il y a du bio ».

Un reportage de Morgane Moal. Photo de Une : Clara Guillard.

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