Après avoir été reconnu⋅es comme profession essentielle durant le confinement, les salarié⋅es des commerces et des services refusent de retourner dans l’ombre. La « prime Covid » de 1000 euros promise par les enseignes de distribution est dorénavant soumise au nombre de jours travaillés pendant la crise. Des conditions jugées insultantes par les salarié⋅es du secteur.

 

« Ma vie chez Monoprix, elle vaut 248 € de prime ? » Zouhir, élu CGT et employé dans cette enseigne depuis 20 ans raconte son confinement : « On a continué à travailler comme d’habitude, malgré le risque de la pandémie. Malheureusement, j’ai été testé positif à la Covid-19 au mois de février. Par la suite, j’ai été hospitalisé et en réanimation pendant deux semaines pour dysfonctionnement pulmonaire. Résultat : je ne touche pas l’intégralité de la prime de 1000 euros. » Comme lui, de nombreux⋅ses employé⋅es des secteurs essentiels ont dû travailler pendant le pic de l’épidémie de COVID-19.

1000 euros de « prime covid » promis, 248 versés à l’arrivée

« Ce qui nous poussé à faire des efforts, prendre des risques pour alimenter la population, c’était la fameuse prime de 1000 €. On a découvert qu’elle serait attribué au prorata, c’est à dire en fonction des jours. Il fallait travailler du 10 mars au 15 mai. Moi j’étais malade, alors je n’en ai pas eu l’intégralité. » Zouhir partage son dégoût au micro devant ses collègues : « Pourquoi on continue à prendre des risques, à faire des efforts ? Juste pour toucher une prime covid de 248 € ? C’est honteux, c’est injuste. »

Pour Konstantin, employé polyvalent au Retour à la Terre – Rive Gauche, franchisé Biocoop, « ça a été un choc ». Du jour au lendemain, « les choses ont changé drastiquement ». « La charge de travail a augmenté très vite. Les clients étaient très nombreux à venir. On a dû mettre en place le filtrage à l’entrée. Il y a eu beaucoup d’achats de panique, donc de plus en plus de marchandises à arriver tous les matins. Ça veut dire plus de contacts potentiels avec le virus. Les protections ont mis quelques semaines à arriver. »

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Les salarié⋅es des commerces et des services ont manifesté à Paris avec leurs syndicats le 9 juillet. Photo Martin Lelievre pour Radio Parleur

Vers une aggravation des conditions de travail ?

Dans ce magasin comme dans de nombreuses entreprises, des conditions de travail encore plus difficiles que d’habitude ont marqué la période du confinement. Mais aussi une aggravation supplémentaire suite au déconfinement, malgré des profits records dans certains secteurs comme le commerce alimentaire.

« Pendant tout le confinement, on était amenés à faire des livraisons à domicile sans être payé plus, ce n’était pas dans notre contrat de travail et ça pouvait clairement poser problème en cas d’accident, poursuit Konstantin. On s’est vraiment tué à la tâche pendant trois mois, et là, on a appris que la direction veut instaurer le travail le dimanche à partir de septembre sur le magasin de Rive Droite. Pour nous, c’est clair que ça va se généraliser sur celui de Rive Gauche. »

Les premier⋅es de corvée, des métiers souvent féminisés

Parmi les « premiers de corvée », on retrouve les salariées de nombreux métiers féminisés, selon Ana Azaria, présidente de l’organisation Femmes Egalité, présente place d’Italie. « Ce sont des femmes qui, de par leur travail, avant, pendant et après la crise, assurent la vie du pays. […] Dans ces secteurs, il faut se battre pour arracher les primes. »

Pour Françoise, également membre de Femmes Égalité, « au niveau des services, c’est une immense majorité de femmes qui occupent ces métiers, que ce soit dans les services à la personne, dans le nettoyage, c’est plus de 80 %. Il y a aussi les nounous, les gardes de personnes âgées, etc. », explique-t-elle. « Elles sont allées au boulot pendant la crise sanitaire, au risque de leur santé, de leur vie. On les a encensées, remerciées et aujourd’hui on veut les renvoyer dans l’ombre, sans augmentation. Pour nous, c’est l’occasion de reposer cette question des salaires de misère et de la précarité au travail. »

Un reportage réalisé par Martin Lelievre. Photo de Une : Martin Lelievre

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