L’événement est historique. Avec la pandémie, le système économique et nos modes de vie se figent. Déjà, certain·es poussent vers une reprise “comme avant”. Contre cette vision, des voix s’élèvent. Avec « Ceci n’est pas une parenthèse », Radio Parleur vous propose une série de podcasts pour entendre celles et ceux qui pensent aujourd’hui à un lendemain différent.

William Acker
William Acker est un juriste qui consacre une partie de son travail à la question des enjeux juridiques autour des communautés nomades. Photographie : Marion Jeunet Fougerat

Dans ce second entretien de notre série podcast « Ceci n’est pas une parenthèse », le juriste et voyageur William Acker raconte le confinement de la communauté des « gens du voyage » en France. Dans les aires d’accueil des voyageurs, les robinets et les sanitaires se partagent. Les gestes barrières sont plus difficiles à appliquer dans un confinement en communauté fermée, au même titre que dans les prisons ou les Ehpad. Les dépistages et les distributions de masques ne s’effectuent que si « un drame arrive ». Ici, le confinement force l’arrêt total du travail, et accentue l’inquiétude de toutes et tous.

« Créer de nouvelles aires d’accueil et des terrains locatifs »

Selon William Acker, les « gens du voyage » « sont des semi-sédentaires en semi-liberté ». Cette situation résulte des lois Besson de 1990 et 2000 qui accentuent la sédentarisation. « Si prendre en compte les spécificités des gens du voyage, c’est mener une politique de sédentarisation, il y a une meilleure intégration culturelle à imaginer », relève-t-il. Cette politique, au détriment d’une réelle inclusion, gère « l’indésirable dans les aires d’accueil ».

Des solutions simples pourraient améliorer la vie dans les aires et autres terrains. Dans l’urgence de la pandémie, William Acker recommande : « Un minimum serait la fin des expulsions et la salubrité des aires d’accueil, avec un robinet, des toilettes et de l’eau potable. Il faut aussi ouvrir les aires de grands passages. Elles sont plus étendues et garantissent des distances sanitaires correctes. » Pour ces citoyen·nes, les droits fondamentaux ne sont pas acquis. « Les lieux mis à disposition sont encore insalubres. Les inégalités environnementales concernent les populations populaires et le système ne semble pas prêt de changer », constate le juriste.

« Les mairies pourraient annuler les charges locatives des emplacements »

Autre problème, la localisation des aires d’accueil. « Elles sont à 80% éloignées des habitations. Près de 60% d’entre elles sont à proximité de sites à pollution industrielle et environnementale élevée », comme des déchèteries ou des sites classés Seveso observe William Acker. Quand le seul endroit de promenade se trouve être l’usine de traitement des déchet, et pas le canal Saint-Martin, la vie n’est pas vraiment la même. » L’accès aux soins se complexifie quand le suivi n’est pas assuré régulièrement : problèmes cardiaques, maladies rénales, accidents cardio-vasculaire se développent plus dans les communautés des « gens du voyage ».

Pour aller plus loin : Plus de placement en rétention dans les CRA de Paris et Vincennes

Au-delà des questions sanitaires primordiales pour contenir l’épidémie, la crise du coronavirus touche tous les domaines de la vie des « gens du voyage ». « Elle exacerbe les difficultés auxquelles ils sont déjà confrontés en temps normal », note William Acker. La scolarisation, souvent à distance, s’arrête par manque d’associations médiatrices. Le travail des parents n’est plus possible. « Indépendants, ferrailleurs, auto-entrepreneurs, ou sur les marchés, aux fêtes foraines, tout s’interrompt », poursuit-il.

Les associations, moins présentes, ne peuvent aider à demander des compensations financières. « Les mairies pourraient annuler les charges locatives des emplacements, mais le texte légal n’est qu’une simple recommandation, regrette William Acker. Alors, les collectivités préfèrent reporter les loyers. Cela laisse entrevoir des dettes et des grandes difficultés financières à la sortie du confinement. »

Un podcast réalisé par Sophie Peroy-Gay. Photographie de Une : aire d’accueil de Saint-Menet, 2019, William Acker.

Retrouvez, chaque vendredi, un nouvel épisode de votre podcast « Ceci n’est pas une parenthèse » sur le flux « penser les luttes ».

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