Plusieurs centaines d’activistes de l’organisation Extinction Rebellion ont bloqué, lundi 17 février, des sites des cimentiers Lafarge et Cemex, à Paris. Une action destinée à sensibiliser sur la pollution liée à l’industrie du bâtiment.

Il n’est pas encore huit heures, mais elles et ils sont déjà présent·e·s. Les moteurs des camions sont à l’arrêt, remplacés par les chants des militant·es. Près de 400 « rebels » du mouvement écologiste Extinction Rebellion, ont décidé de bloquer le dépôt Lafarge Granulat et l’usine Cemex, sur les bords de Seine. Avec un objectif : empêcher l’acheminement du ciment vers les chantiers. Une opération nommée « Fin de chantier » visant à dénoncer l’impact du BTP et de la construction sur l’environnement.

Un militant d’Extinction Rebellion juché sur un tas de sable dans le site du cimentier Lafarge à Paris. (Photographie : Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur )

Muni·e·s de bombes de peinture, de pancartes colorées ou de chaînes, les activistes se sont précipité·es à l’intérieur du site. L’effervescence est palpable et la confusion règne dans les premières minutes de l’action. Vêtu·es de combinaisons jetables, chacun·e cherche sa place et essaye de se repérer entre les camions citernes et les immenses réservoirs de sable.

« Il me faut des bloqueurs ici ! Les médiateurs, votre place est au point C », martèle le responsable des bloqueur·euses, renommé Antone. Très vite les imprécisions du début laissent place à une organisation réglée au millimètre près. Toutes et tous ont un rôle assigné à l’avance. Les bloqueur·euses empêchent l’entrée et la sortie des camions, les médiateur·ices expliquent l’action aux employé·es et dialoguent avec la police.

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Les grimpeur.euses marquent le site par des affiches à taille humaine et des tags ( Photographie : Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur)

Les plus téméraires, assigné·es aux postes de grimpeur·euses, affichent des slogans à taille humaine au sommet des bâtiments. « Cimentiers criminels » ou encore « fin des écocides » recouvrent bientôt des cuves de l’usine dans une ambiance bon enfant. D’autres observent un rôle plus particulier et sont chargé·es de faire de la « médit’action » : contraction de méditation et d’action.

Après avoir occupé pendant 4 jours la place du Châtelet à Paris en octobre, puis avoir mis en place des actions pour dénoncer le Black Friday en décembre dernier, l’organisation s’attaque désormais aux géants de la construction.

« Le BTP est climaticide »

« A l’origine du béton, il y a le sable. C’est la deuxième ressource la plus utilisée après l’eau. Il faut 30 000 tonnes de sable pour faire un kilomètre de route. Malgré les apparences, le sable n’est pas infini et va disparaître » explique Lucie, 23 ans et militante de longue date à Extinction Rebellion. Le site du cimentier Lafarge n’a pas été choisi au hasard explique Antone : « En occupant ce dépôt, nous bloquons la source et nous empêchons l’avancée de plusieurs chantiers de la région. Lafarge est un géant de la pollution et émet 4,1% des émissions de CO2 françaises. » Durant toute la journée, les militant·es ont rendu impossible l’entrée et la sortie des camions d’approvisionnements. Ces derniers ont été aspergés de peinture et recouverts d’inscriptions en lettres noires telles que « le béton est armé » ou encore « laisse béton« .

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Déambulation de silhouettes carmin dans le site du cimentier Lafarge à Paris, bloqué par Extinction Rebellion. (Photographie : Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur )

L’organisation écologiste propose aussi une discussion autour des enjeux de la construction, tout en rappelant que des solutions moins polluantes existent. Sur une tribune improvisée, les intervenant·es s’enchaînent. « Nous devons construire de manière raisonnée et favoriser la rénovation plutôt que les bâtiments neufs et envisager d’autres matériaux que le béton » explique Joséphine Germain, architecte chez Archipel Zéro, une agence travaillant à la réutilisation des matériaux bio-sourcés.

Une catastrophe sociale

Des performances artistiques viennent accompagner l’action. C’est la première fois que le mouvement écologiste décide de prendre pour cible une entreprise du BTP. En fin de matinée, une dizaine de militant·es déversent des litres de faux sang sur du sable. « C’est pour représenter toutes les espèces qui disparaissent mais aussi le sang des exploité·es, par Lafarge notamment », indique Lucie.

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Les activistes déversent des litres de faux sang sur les monticules de sable du site Lafarge (photographie : Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur)

Les actions ne concernaient pas seulement l’impact du BTP sur l’environnement. Les conditions de travail des employé·es sont pointées du doigt par les activistes. « Lafarge est accusé d’avoir financé plusieurs organisations terroristes. Il y a également Vinci qui est accusé de travail forcé sur ses chantiers de la coupe du monde au Qatar en 2022. Nous voulons un changement global du secteur de la construction » s’insurge Antone, la vingtaine. Les activistes ont occupé le Port Victor jusqu’à la fin de l’après-midi, sans intervention de la police. Une partie du groupe a décidé de bloquer une deuxième infrastructure de Lafarge, au port de Javel Bas, dans le 15e arrondissement de Paris.

Un reportage d’Auriane Duroch, Prisca da Costa et Pierre-Olivier Chaput. Photo de Une : Pierre-Olivier Chaput.

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