Dimanche 10 novembre, 13 000 personnes défilaient à Paris dans une grande marche contre l’islamophobie. A cette occasion, les grands partis de gauche et les collectifs contre l’islamophobie se rassemblent sur le pavé. Le front de luttes contre l’islamophobie est-il enfin uni ? Dans son émission mensuelle, Radio Parleur revient sur ce moment particulier et sur les débats politiques qui en découlent.


L’époque est aux formes de mobilisations inédites et aux alliances nouées : à Nuit Debout, chez les Gilets Jaunes, dans les luttes féministes et antiracistes. Très tôt, le Comité Adama a appelé à rejoindre les Gilets Jaunes … tout en rappelant qu’aucun « front large contre le régime de Macron » ne serait possible sans prendre à bras le corps la question du racisme et des banlieues.

La marche contre l’islamophobie du 10 novembre intervient donc dans un contexte social particulier mais porte ses propres revendications : dénoncer les actes violents de l’extrême droite et le virage islamophobe du gouvernement. Les mouvements antiracistes ont œuvré main dans la main pour organiser cette marche. Mais comment unifier durablement un mouvement qui se divise souvent sur des questions d’anti-impérialisme et d’anticolonialisme ?

La marche a aussi provoqué tensions et défections au sein de la gauche française : François Ruffin de La France Insoumise et Yannick Jadot d’EELV ont exprimé leurs réserves. Le mot même d’islamophobie crispe la classe politique, qui lui préfère la périphrase de « racisme anti-musulman ». Au nom de la défense d’une république laïque, la possibilité de critiquer les dogmes religieux sans viser les fidèles est vivement défendue. Dans le jeu politique, dénoncer le racisme d’Etat devient une position complexe où de multiples définitions de la laïcité brouillent les lignes. Pourquoi la gauche n’arrive-t-elle pas à tenir une position commune sur l’islamophobie, se refusant même parfois à employer le terme ?

Au delà de la marche, un mouvement antiraciste ?

Parmi les premières victimes de l’islamophobie, les femmes voilées. Entre agressions et humiliations, on renvoie les femmes qui portent le foulard à un supposé communautarisme. Évincées du marché du travail ou des activités sportives, elles sont réduites souvent à la précarité ou au bénévolat. La lutte contre le voile se veut être la lutte contre l’oppression des femmes. Or toutes les mesures prises contre le port du voile participent à la marginalisation et l’ostracisation constante des femmes musulmanes. Est-ce que le communautarisme n’est pas fabriqué par ceux-là même qui le condamnent ?

On en parle dans cette émission avec nos invité.es :

  • Nadiya Lazzouni, journaliste et juriste
  • Jean-Loup Amselle, directeur d’études en anthropologie à l’EHESS (École des Hautes Études en Sciences Sociales), spécialiste des questions de racisme.

La Mensuelle de Radio Parleur, une émission en partenariat avec Radio Campus Paris, présentée par Sophie Peroy-Gay avec Sarah Belhadi. Réalisation : Etienne Gratianette. Production : Tristan Goldbronn et Sarah Belhadi.

Photo de Une : NAJE, du collectif LaMeute.

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