Isabelle Attard est anarchiste. Cette dénomination pour se définir est récente. Docteure en archéozoologie et directrice de musée, elle était jusque-là connue dans le paysage politique pour son travail de députée écologiste entre 2012 et 2017. Elle sort son premier livre Comment je suis devenue anarchiste l’occasion de revenir sur son parcours et préparer le futur.

Anarchisme. « Un mot qui fait peur, même à ceux qui s’y reconnaissent ». Isabelle Attard a choisi d’assumer ce mot, avec la volonté de le réhabiliter à sa juste valeur sans plus le craindre. Pour cela, elle revient sur l’histoire de l’anarchisme tout au long de son livre, à travers ce qu’elle en a appris. Ce premier livre s’émancipe des codes de l’essai et se présente davantage comme un journal intime ou une discussion avec le lecteur.

La fin des désillusions

Une ode à l’anarchisme pour revenir aux valeurs premières du terme et ce qu’il recouvre : non pas le chaos mais une organisation sans pouvoir. Une radicalité revendiquée pour ainsi revenir à la racine du problème afin de le comprendre et le résoudre.

couverture du livre "comment je suis devenue anarchiste" d'Isabelle Attard aux édition du Seuil dans la collection Reporterre.
couverture du livre « comment je suis devenue anarchiste » d’Isabelle Attard aux édition du Seuil dans la collection Reporterre.

L’anarchisme ne s’est pas toujours présenté comme une évidence pour Isabelle Attard. Ayant baigné dans le militantisme depuis l’enfance grâce à son père, elle a toujours été une femme engagée, évoluant « dans un environnement qui était anarchiste mais sans le dire ». Pour autant, elle a d’abord choisi la voie politique traditionnelle en rejoignant le parti Les Verts, jusqu’à devenir députée écologiste à l’Assemblée Nationale.

A la fin de ces cinq années à l’Assemblée, c’est avant tout un goût de profonde déception qui lui reste. Isabelle avait « besoin de comprendre pourquoi [elle avait] du mal à se mettre dans le moule d’une institution politique ». Ainsi, son livre est parsemé d’anecdotes de magouilles politiciennes dont elle a été témoin. Magouilles qui l’ont « bien écœurée » jusqu’à provoquer « cette accélération dans un processus de déconstruction ».

Aujourd’hui, elle ose dénoncer ce système politique qui se construit sur ses propres failles et qui a perdu le sens noble de la politique. Suite aux déceptions, les convictions prennent le dessus : « après deux années de réflexion, j’ai pu me rendre à l’évidence que j’ai toujours été anarchiste ».

Anarchisme rime avec féminisme

Isabelle Attard est claire : il ne peut y avoir d’anarchie sans les femmes. Dans ses déceptions du monde politique, elle revient également sur l’affaire Baupin, qui l’avait conduite au tribunal après que Denis Baupin, ancien vice-président de l’Assemblée Nationale qu’elle avait accusée dans Mediapart, ainsi que plusieurs autres femmes, de faits d’agression et harcèlement sexuel, ait intenté un procès contre ses accusatrices. Cette affaire a contribué à la forger dans sa vie de femme et la conforter dans son besoin vital de féminisme.

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Lorsqu’on veut une société sans pouvoir, il faut aussi éliminer le pouvoir des hommes sur les femmes, ainsi que toutes les autres formes de pouvoir exercées. Éliminer le sexisme passe aussi par les rangs des militants anarchistes : de cette façon, les femmes anarchistes des Mujeres Libres lors de la révolution sociale espagnole en 1936 ont créé leur propre journal anarchiste pour se réapproprier une parole là où leurs camarades hommes ne leur en laissaient que trop peu.

Isabelle s’inspire beaucoup de théoriciennes anarchistes qu’elle cite dans son livre, telles qu’Emma Goldman ou Voltairine de Cleyre. Elle explique : « je n’aurais rien à changer aux textes de Voltairine de Cleyre aujourd’hui, plus de cent ans après ». Isabelle Attard ajoute que lire les textes de ces femmes est essentiel. « Pour se replacer dans une histoire féministe mondiale, il faut relire ces femmes-là, qui dégagent une puissance incroyable et m’ont rendue beaucoup d’espoir ».

Le livre Comment je suis devenue anarchiste a été publié le 10 octobre et est à retrouver aux éditions Seuil dans la collection de notre partenaire Reporterre, le quotidien de l’écologie.

Un entretien réalisé par Prisca Da Costa, photographie de Bénédicte Roscot.

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