Depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, la répression envers les journalistes fait rage : blessures, gardes à vue, confiscations de matériel. En ligne de mire, les photographes indépendants, qui prennent de nombreux risques pour raconter ce qui se passe au cœur des cortèges. Radio Parleur a rencontré plusieurs de ces photo-reporters pour nous parler de leur métier devenu à risques.

NnoMan Cadoret, Adèle Löffler, Martin Noda et Maxime Reynié n’ont pas de carte de presse délivrée par la Commission de la Carte d’Identité des Journalistes Professionnels. Vous pouvez pourtant retrouver leurs photos à la « Une » de médias parmi les plus connus. Depuis plusieurs années, ces photographes indépendant·es couvrent les mouvements sociaux. Aujourd’hui, leur calendrier professionnel a pris une couleur fluorescente, mouvement des Gilets jaunes oblige.

Quel est le quotidien de ces photo-reporters indépendant·es ? Ils et elles nous racontent leur journée type : leurs difficultés à s’approcher des manifestations sans se faire confisquer le matériel de protection, leurs soirées passées à travailler leurs images, les difficultés pour les vendre aux rédactions. Sans oublier le stress et les traumatismes dus aux projectiles, les explosions et les souffrances dont ils et elles sont à la fois les témoins et les rapporteur·ses. L’extrême tension entre manifestant·es et forces de police ne les épargne pas. Autour de la table, chacun·e compte son lot de blessures récoltées au cours de son métier.

Sur les Champs-Elysées à Paris le 13 janvier 2019. Photographie : Sylvain Lefeuvre pour Radio Parleur.

« Le truc c’est que des fois ça se passe mal et ça arrive bien trop souvent, c’est pas un acte isolé. »

Nnoman Cadoret interviewé par Radio Parleur
Nnoman Cadoret interviewé par Radio Parleur. Par Maxime Reynié.

 

Samedi 20 avril 2019, lors de l’Acte 23, deux photojournalistes sont placés en garde à vue. Alexis Kraland, interpellé gare du Nord, alors qu’il s’apprêtait à rejoindre la manifestation de Bastille. Puis, dans l’après-midi, Gaspard Glanz, interpellé à son tour place de la République. Il est resté 48 heures en garde à vue, avant d’être notifié d’un contrôle judiciaire lui interdisant de paraître à Paris tous les samedis et le 1er mai jusqu’à son procès. Interdiction qui a depuis été levée ce 29 avril par le tribunal, le placement sous contrôle judiciaire ayant été jugé irrégulier.

 

Maxime Reynié, photojournaliste indépendant, interviewé par Radio Parleur.
Maxime Reynié, photojournaliste indépendant, interviewé par Radio Parleur. Par NnoMan Cadoret.

Cette affaire n’est qu’une parmi tant d’autres et les réactions qu’elle a suscité au sein de nombreuses rédactions ont le mérite de mettre en lumière une situation de plus en plus problématique pour tous les photojournalistes de terrain. En effet, ils et elles ne sont quasiment jamais reconnu·es en tant que tel·les par les forces de police, malgré leur équipement siglé « presse » et leur matériel. Outre ce manque de reconnaissance, il faut rappeler les violences à leur égard. « Aujourd’hui avec les forces de l’ordre, le dialogue est mort » abonde Maxime Reynié, membre du studio Hans Lucas. Avant de poursuivre « Carte de presse ou pas, on se fait allumer ».

Selon le recensement de David Dufresne, plus de 10 % des victimes de blessures en manifestation sont des journalistes. En première ligne, les photoreporters et les photographes indépendant·es sont par essence au cœur de l’action. « En images, il faut être au plus près de ce qu’il se passe, contrairement à la presse écrite ». précise Nnoman Cadoret, co-fondateur du collectif Œil et rédacteur en chef photo du magazine Fumigène. « Ensuite il faut réussir à couvrir la manif sans se faire choper son matos ou se faire tirer dessus ». Face à ces difficultés, plusieurs photojournalistes se sont regroupé·es afin de publier une tribune sur les problèmes liés à leur profession, à va paraître dans les jours à venir.

Un reportage réalisé par Etienne Gratianette

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