À Meudon, sous la colline Rodin, sommeille une carrière. Arnaudet, réseau classé, est menacé de comblement par la mairie. Des historien·nes, riverain·es, expert·es en souterrains, cataphiles, et militant·es écolos ne l’entendent pas de cette oreille.

Des carrières souterraines à Meudon, ce n’est pas ce qu’il manque, la petite ville de banlieue Parisienne n’en compte pas moins de quatre. Mais Arnaudet est la seule menacée de comblement. Pourtant, c’est aussi la seule à avoir été classée, en 1986, par Huguette Bouchardeau et Laurent Fabius. Iels étaient à l’époque respectivement ministre de l’Environnement et Premier ministre. Pour son architecture d’abord, de part ses 8 kilomètres de galeries d’une hauteur pouvant atteindre plus de dix mètres, surplombées de voûtes en plein cintre, sur quatre niveaux. Ensuite pour son intérêt scientifique, quelques découvertes paléontologiques majeures y ont été faites. Et enfin pour son acoustique, que le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) compare à celle des cathédrales. Pourtant la mairie souhaite la combler. Environ 300 personnes étaient rassemblées le dimanche 15 mai dernier devant la mairie de Meudon pour dénoncer la disparition d’un patrimoine. Puis la manifestation s’est lancée en direction de la carrière. Certain·es trouveront un moyen d’y pénétrer.

Une conséquence du Grand Paris

Combler une carrière d’un tel volume, c’était difficilement imaginable il y a quelques années. « Il y a encore 10-15 ans de ça, quand une carrière menaçait de s’effondrer ou qu’il fallait faire une construction, le moins cher était de faire des consolidations maçonnées. » explique Magdaleyna, membre de l’Organisation pour la Connaissance et la Restauration d’Au-dessoubs-terre (OCRA) qui œuvre pour la préservation du patrimoine souterrain. « Le remblai à l’époque coûtait une blinde. Avec les chantiers pharaoniques partout, maintenant ça coûte plus rien de combler une carrière. » Les terres qui y seront déversées proviennent entre autres des extensions de métro du Grand Paris, où d’autres luttes se sont tenues pour les garder.

Le comblement d’Arnaudet rendrait la colline au dessus constructible. La mairie, dans sa communication, annonce qu’elle ne construira pas sur le terrain au-dessus de la carrière. Mais aucun engagement concret n’a été pris. À l’inverse, elle a répondu à l’appel à projet IMGP3: Inventons la Métropole du Grand Paris. Le plus grand appel projet d’architecture et d’urbanisme d’Europe d’après son propre site. Les militant·es avancent qu’on ne leur promet un parc public que pour faire passer la pilule.

Combler: un choix délibéré

La mairie avance un enjeux de sécurité publique, se basant sur une étude théorique à partir d’une modélisation informatique. La carrière pourrait peut-être un jour s’effondrer. À cela, les associations qui se battent depuis des années pour la préserver répondent que le comblement n’est pas l’unique solution. Des consolidations sont possibles si besoin il y a, ce qui permettrait de répondre aux enjeux de sécurité avancés tout en maintenant l’intégrité de la carrière. Les militant·es ont des propositions pour mettre en valeur le site. L’espace se prête à des projections immersives dans des toiles, comme dans les Carrières des Lumières dans les Baux-de-Provence. Par le passé, grâce à son accoustique, des concerts ont pu s’y tenir, et des enregistrements de musique y ont été effectués. « Au lieu de valoriser un site classé, on a décidé de valoriser les déchets de chantier » déplore Magdaleyna.

Un reportage de Elin Casse. Photo de Une: Lafuma

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