L’Éducation nationale recrute de plus en plus de professeurs contractuels. En cinq ans, leur nombre à progressé de 30 %. Ces enseignant·es, non fonctionnaires, sont par ailleurs mal formé·es avant d’arriver devant les élèves. Alors que la crise sanitaire met en lumière les limites de ce statut précaire, l’Actu des Luttes plonge au cœur de cette flexibilisation de l’Éducation nationale.

Face à la crise du Covid et la nouvelle vague Omicron, l’Éducation nationale à de plus en plus de mal à tenir le choc. Témoins, les multiples changements de protocoles sanitaires, près d’une vingtaine en deux ans. Depuis début janvier, la colère des enseignant·es s’accentue. Une troisième journée de grève est d’ailleurs prévue ce jeudi 27 janvier. Dans le viseur notamment, le recours massif aux enseignant·es contractuel·les. La pandémie a  accentué la cadence de ces recrutements. Elle a également mis en relief la précarité de ces personnels, pas ou mal formé·es, mal payé·es, mal considéré·es et faiblement représenté·es.

Les « bouche-trous » de l’Éducation nationale

Est-ce qu’on vous a déjà demandé si vous vouliez être recruté·e comme contractuel de l’Éducation nationale ? Ça peut arriver à n’importe qui, n’importe où, sur le site de Pôle Emploi, par mail… il suffirait presque de traverser la rue ! Devenir prof de math, d’anglais ou de français du jour au lendemain sans avoir le CAPES, parfois sans même avoir passé d’entretien, c’est possible. Mais pas sans contrepartie. Pas de sécurité de l’emploi, des contrats précaires et peu respectés, pas de paie durant les vacances, et des salaires plus bas que ceux des titulaires : bienvenue dans le monde des contractuel·les.


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Iels font partie des invisibles de l’Éducation nationale. Leur condition fragile les empêche de revendiquer leurs droits et iels sont une variable d’ajustement pour l’administration. Leur nombre s’est multiplié face au processus de massification de l’Éducation Nationale, sans que leur formation ne fasse l’objet d’un réel effort des pouvoirs publics. Pour l’essayiste Laurence De Cock, ces contrats précaires sont à la fois un moyen de faire des économies, mais aussi une main d’œuvre obéissante, « corvéable à merci« , et surtout : jetable. Pour peu que l’évaluation de fin d’année soit négative, les contrats ne sont pas renouvelés. 

Dans les rectorats, des méthodes de recrutement jugées abusives 

Alors iels ne font pas de bruit. Comme nous le confient une syndicaliste et plusieurs enseignants, on déconseille aux contractuel·les de se syndiquer, de faire grève. On les invite à ne pas révéler leur statut, ni aux parents, ni aux élèves, ni aux collègues. À l’occasion, ils pourront être formés par des collèges titulaires, à raison de quelques jours d’observation pour intégrer l’enseignement et à la pédagogie. En attendant, ce sont des classes pleines et des doutes plein la tête qu’ils avancent dans les couloirs, sans certitude pour le futur, et avec le mince espoir de pouvoir un jour, peut-être, devenir titulaires.

Un épisode de l’Actu des Luttes coordonné et présenté par Martin Bodrero. Reportage réalisé par Alexandre Bouyé. Photo de Une : Wikimedia Commons. Identité sonore Actu des Luttes : Etienne Gratianette (musique/création) et Elin Casse, Antoine Atthalin, Romane Salahun (voix).

 

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