Cette semaine dans l’Actu des luttes, on se demande quoi faire des 45 millions de tonnes de déchets excavés des chantiers du Grand Paris Express ? C’est à Saint-Hilaire dans le sud de l’Essonne que la Société du Grand Paris et le groupe Bouygues souhaitent entasser les gravats des nombreux chantiers prévus jusqu’en 2026. Une décharge géante dénoncée par les riverains, la municipalité et les associations locales.


Si la question de l’urgence climatique et écologique prennent de l’importance dans le débat public, sur le terrain la tendance semble bien loin de s’inverser. Au contraire : la surface de terres fertiles encore disponible en Ile-de-France va serieusement se réduire dans les prochaines années. La cause ? les chantiers colossaux liés aux Jeux Olympiques de Paris 2024 ou au projet du Grand Paris Express. Nouvelles lignes de métros, piscines et autres équipement sportifs pour accueuillir les JO. En tout, 150 chantiers sont prévus d’ici 2026 … et ils suscitent des résistances.

Dans l’Actu des Luttes, on vous a déja parlé du Triangle de Gonesse dans le Val-d’Oise, ou encore des jardins d’Aubervilliers en Seine-Saint-Denis. Cette fois c’est à Saint-Hilaire dans le sud de l’Essonne que se joue épisode de l’opposition aux grand projets en Ile-de-France. Cette petite commune de 400 habitant·es se retrouve donc au coeur du Grand Paris, sans être pour autant desservie par les futures lignes de transport.

« Nous ne serons pas la poubelle du Grand Paris »

En effet, une immense décharge de gravats d’un 1,5 milliers de m3 doit se déverser sur le site de la ferme d’Ardenne. Si la préfecture autorise Bouygues à réaliser cette gigantesque décharge, plus d’une centaine de camions viendraient déverser, chaque jour pendant 8 ans, les débris des chantiers franciliens.

Le groupe Bouygues tente de rassurer les sceptiques : le projet ne serait qu’un simple « remodelage de terres agricoles ». Les déchets qui y seraient entreposés sont inertes et donc non-polluants. Aucun risque pour les sols et les sous-sols de la commune.

Les élu·es locaux et associations écologistes font entendre un autre son de cloche. Ils et elles l’affirment, l’équilibre écologique de la vallée est menacé. « Le site est un des pires qu’on pouvait imaginer. En bord de plateau, au dessus des bassins de cresson et dans une vallée où personne n’a rien demandé. »

L’impact écologique du projet est actuellement à l’étude par le préfecture de l’Essonne. Le maire de Chalo-Saint-Mars (voisine de Saint-Hilaire) met en garde contre un autre aspect du projet, qui touche toute l’Ile-de-France. Il dénonce l’abandon de la gestion régionale des terres d’excavation au profit de grands groupes privés. C’est là, avant toute chose, que le bât blesse selon lui. Il appelle donc la société du Grand Paris à véritablement réformer son mode d’action. « Il faut un plan régional pour en mettre beaucoup moins, dans beaucoup plus de sites, avec beaucoup plus de contrôle ! »

La prefecture retoque le projet d’enfouissement

Le cas de Saint-Hilaire est aussi significatif, vu les premiers succès de la lutte qui s’y déroule. Dans un arrêté publié cet été, le prefet de l’Essonne demande à Bouygues de revoir sa copie. Il retient donc les arguments développés par l’ADSE par le conseil départemental, par les personnalités politiques de tous bords qui s’opposent au projet, sans oublier les quelques 26 000 signataires de la pétition opposée à la décharge.

« Il est important de pouvoir penser globalement la question et pas simplement à une échelle locale qui serait trop étriqué par rapport aux enjeux. » Très loin du Not in my backyard, l’association ADSE appelle la Société du Grand Paris à gérer autrement les travaux. Même chose du coté de la municipalité : l’idée n’est pas de déplacer le problème mais d’être intransigeants. Il faut les éteindre à la racine et en proposer d’autres, plus viables sur le long terme.

Une multiplication des contestations en Ile-de-France

C’est dans cette optique que se sont tenus, les 9 et 10 octobre derniers, les Marches des Terres. Le réseau militant écologiste les Soulèvements de la Terre appelait les luttes locales du Nord, du Sud, de l’Est et de l’Ouest francilien à converger. Politiques et militant·es ont ainsi répondu présent pour dénoncer la disparition de milliers d’hectares de terres fertiles. Ils dénoncent une politique de « betonisation à outrance ». Une manière aussi de promouvoir la solidarité entre les différents sites menacés par les travaux du Grand Paris.

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Un épisode de l’Actu des Luttes présenté par Martin Bodrero. Reportage réalisé par Selim Ittel.

 

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