« On se lève et on se casse. » Pour sa saison 2, Genre aux poings se consacre aux féminismes de 2021 et à leur bouillonnement. Quelles stratégies coexistent contre la domination patriarcale ? Sur le terrain du droit pénal, la juriste Catherine Le Magueresse explique comment redéfinir le concept de consentement dans ce cinquième épisode.

De réflexions théoriques en récits d’activistes, Genre aux poings vous propose un tour d’horizon en dix épisodes des stratégies de lutte contre la domination patriarcale. Au micro de Radio Parleur, nos invitées tissent chacune un pan de ce combat pluriel, en une trentaine de minutes. Leur point commun ? Elles ont depuis longtemps passé les étapes de la prise de conscience et celle de la libération de la parole. Elles s’opposent maintenant aux inégalités de genre, radicalement, chacune sur son terrain.

Épisode 5 : qui dit « oui » consent, avec Catherine Le Magueresse

Saviez-vous que depuis le XIXème siècle, nous sommes en droit français présumé·es consentant·es en cas de contact sexuel ? « Dans notre société, il apparaît normal de tenter de vaincre la citadelle… c’est le jeu de la séduction. Et les femmes doivent déjouer l’attaque » explique Catherine Le Magueresse. Si la citadelle est conquise, « soit l’attaque est bien menée… soit la citadelle était mal défendue »

Ce fait social fonde le droit pénal. Qu’elles cèdent, se figent, ou résistent, c’est toujours de la conduite des victimes dont il est question dans les tribunaux. Presque jamais de l’attitude de l’agresseur. « Je suis toujours frappée, lorsque j’assiste aux audiences, de constater à quel point les agresseurs pensent qu’ils ont un droit naturel sur les femmes », se désole la juriste. 


Réécoutez l’épisode 4 : Histoire des féminismes, avec Florence Rochefort


La justice plie mais ne rompt pas

Aujourd’hui, le consentement est un piège à loup qui se referme sur les femmes qui dénoncent les violences sexuelles. Juriste, et même juriste féministe, ex-présidente de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, Catherine Le Magueresse l’a vu à l’oeuvre dans les prétoires. « Une femme qui n’a pas dit non assez fort est suspecte d’avoir consenti, puis d’avoir menti après-coup« . C’est pour ces femmes qu’elle écrit alors Les pièges du consentement, aux éditions iXe, publié en mars 2021. 

Reflet de la société, la justice est un terrain de lutte insuffisamment investi par les féministes pour Catherine Le Magueresse. « Pourtant, lorsque nous prenons la parole dans les prétoires, une transmission a lieu auprès des magistrats, » explique la juriste, habituée des colloques et des facs de droit. « Ce décalage entre la forteresse des juristes, qui se pensent les garants de la présomption d’innocence, et ce qui se passe dans la société, n’est qu’un révélateur de leur paresse intellectuelle. » La justice se fait elle-même citadelle contre les vérités qui la dérangent, et qui pourtant résonnent de plus en plus fort entre ses quatre murs.

La playlist de la saison 2 :

Les pièges du consentement, Catherine Le Magueresse, éditions iXe, mars 2021.

Un entretien réalisé par Violette Voldoire. Produit par : Romane Salahun, Sophie Peroy-Gay, Violette Voldoire. Photo de Une : Catherine Le Magueresse. Mixage et générique : Étienne Gratianette et Romane Salahun.

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