Ils et elles ne peuvent plus payer. Pour de nombreux·euses locataires, la crise sanitaire a fait basculer des situations déjà fragiles. L’association Droit au Logement (Dal) demande un moratoire sur les loyers, tandis que certain·es habitant·es s’organisent.

« Pendant le confinement, on a dû se serrer la ceinture. » Natalia, professeure d’espagnol, en est arrivée à ne plus pouvoir payer son loyer, et elle n’est pas la seule. Selon l’Institut de recherches économiques et sociales, « à la suite du confinement, plus d’un tiers des actifs ont vu leurs revenus d’activité baisser ». Entre une crise des loyers déjà bien installée en France, et celle, brutale, du coronavirus, c’est la double peine, pour 6 à 7 millions de personnes.

Si des appels à la grève des loyers se font entendre, ne plus payer reste une affaire plutôt risquée. Les pressions qui pèsent sur les locataires et les risques d’expulsions sont réels, même si la trêve hivernale est repoussée jusqu’au 10 juillet prochain. Jean-Baptiste Eyraud est le porte-parole et le fondateur de l’association Droit au logement. « La difficulté qu’on a, c’est que le logement est un peu le « parent pauvre » du mouvement social. Il ne constitue pas des forces sociales suffisamment fortes. Ce qui est sûr aussi, c’est que si le gouvernement maintien une ligne dure, il prend le risque qu’il y ait des mobilisations partout. »

Grève des loyers et demande de moratoire

Un appel à l’initiative du Dal, déjà signé par 1829 organisations et personnalités demande expressément un moratoire sur les loyers. Inspiré de moratoires mis en place ailleurs, cette suspension n’a pour l’instant reçu aucune réponse du ministère concerné. En Allemagne, selon le Dal, « un moratoire des loyers pour une période de 3 mois est instauré pour les locataires en difficulté, avec un délai de paiement s’étendant jusqu’à septembre 2022. »

Pour Jean-Baptiste Eyraud, « il aurait fallu que le gouvernement français le fasse aussi dès le début de l’épidémie », pour que tous les locataires en difficulté puissent sortir la tête de l’eau. Aujourd’hui, certains bailleurs comme l’office HLM de Bobigny, ont pris la décision d’annuler les loyers d’avril pour 4000 locataires. Une décision localisée et surtout très emmêlée, au cœur d’un bras de fer entre mairie, office HLM et préfecture.

Des locataires seul・es face aux bailleurs et aux agences

Les locataires se retrouvent souvent sans solution face à leur bailleur, leur propriétaire ou leur agence immobilière. « Ce qui me choque, c’est que l’Etat ne prenne pas de mesures », explique Céline, qui vit à Coulommiers, en Seine-et-Marne. « Les agences, je ne pense pas qu’elles soient dans une énorme difficulté financière. On demande à tout le monde de faire des efforts, mais à eux, on ne leur demande pas. »

Céline travaille dans un organisme de formation au secourisme et ne peut plus travailler jusqu’en septembre prochain. Elle n’est pas sûre de pouvoir payer son loyer encore longtemps, mais hésite à suspendre ses paiements immédiatement. « Pour les gens qui sont dans le privé c’est très compliqué de ne pas payer. Je n’ai pas envie que ça retombe sur moi, mais j’ai envie d’être dans le soutien par rapport au moratoire. » Le risque d’engagement de procédures d’expulsion reste réel lorsque l’on se mobilise seul. Jean-Baptiste Eyraud soupire. « Si on avait un mouvement de locataires puissant, on n’en serait pas là… »

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La solidarité s’organise entre locataires

En Espagne, aux Etats-Unis ou au Canada, le mouvement de la grève des loyers a davantage pris racines. En France, des initiatives ont émergé par-ci par-là pendant le confinement. Des groupes se sont créés sur les réseaux sociaux. Le réseau de solidarité « Covid-Entraide » a lui aussi relayé des appels à la grève des loyers. À Toulouse, le collectif « On ne paie plus 31 » s’est également inscrit dans cette démarche. À Bagnolet, tous les locataires d’un immeuble ont arrêté de payer, à partir du mois de mai. Les personnes les moins en difficulté se sont jointes à la démarche, en solidarité avec leur voisins plus précaires.

Natalia habite justement au premier étage de cet immeuble bagnoletais. « On a décidé de monter un collectif solidaire, le Comité Dal-Liberté », annonce-t-elle. « On a envoyé un courrier au gestionnaire ». Elle vit avec ses deux enfants et son mari dans 30m2. Ce dernier travaille dans le bâtiment, et n’a presque pas travaillé avec le confinement. Natalia poursuit : « On a à peu près vécu avec mon salaire à moi car j’ai la chance de pouvoir continuer à travailler à la maison. » Son CDD arrive à terme le 4 juillet.

« Des dépenses en plus et du salaire en moins »

En plus de ces difficultés de paiement, d’autres problèmes s’accumulent dans l’immeuble, exaspérant les locataires : chaudière centrale endommagée, système de ventilation défectueux… mais surtout, des disparités inexplicables dans les prix des loyers pour des surfaces équivalentes.

« Je me retrouve à payer 711 euros alors que d’autres sont à 500 », s’étonne Bernard, un des plus anciens habitants de l’immeuble. « Je ne comprend pas trop… ça fait deux ans que je suis au chômage et je commence à m’inquiéter. » À 62 ans, il lui manque encore quelques années pour avoir un taux plein à la retraite. « En plus on doit acheter les masques 5 euros… ça fait des dépenses en plus, avec du salaire en moins. » 

Un reportage réalisé par Malika Barbot. Photo de Une : Droit au logement. 

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