Malgré le déconfinement, les manifestations restent quasi impossibles. Que faire des slogans, banderoles et pancartes ? La sphère privée, les réseaux sociaux ou les jeux vidéos peuvent-ils compenser l’absence des luttes dans l’espace public ?

« La meilleure façon d’lutter, c’est encore la nôtre, c’est de mettre un pied d’vant l’autre, et d’manifester… » L’image de cette sono, qui crachotte une reprise d’un chant scout pour faire bouger une foule de manifestant·es, appartient-elle au passé ? Le confinement général de la population a stoppé net toutes les mobilisations contre la réforme des retraites, le nouveau baccalauréat, ou encore les crimes écologiques.

Manifester quand même

Même si les manifestations sur la voie publique sont de facto interdites, certain・es ont trouvé des chemins de traverse. Ce 13 avril, près de 80 personnes sont sorties de la stupeur générale pour se rendre dans les rues de Montreuil (93). Une mini-manif dans le calme et le respect des mesures sanitaires.

À l’origine de cet appel, il y a Monique, 67 ans, et Gilet Jaune de la première heure. Elle raconte avoir choisi la file d’attente d’un supermarché pour contourner l’interdiction de déplacement. Gilet sur le dos et attestation dérogatoire en poche, elle a « apporté une sono, et nous avons fait la queue à Monoprix en chantant des slogans pendant une demi-heure ! » Première leçon du guide du nouveau manifestant : utiliser les outils dérogatoires à disposition.

Utiliser les murs à portée de main

Autre pratique de manifestation rendue impossible par le confinement : l’affichage de slogans sur des banderoles, des pancartes, les tags, les déguisements… Ce marquage de l’espace public a dû se déplacer là où il était possible, dans l’espace privé. Une Toulousaine en a fait les frais. Pour une banderole « Macronavirus, à quand la fin ? » exposée sur sa maison, elle a fini au commissariat. Depuis, des banderoles au slogan identique ont fleuri un peu partout dans la ville.

premier mai
Le groupe Bande de jeune, à Montreuil (93) a préparé une banderole de circonstance pour le 1er mai 2020, malgré l’interdiction de manifester. Photo Romane Salahun pour Radio Parleur

Tarik et Romain habitent le 18e arrondissement de Paris, et sont tous les deux militants au NPA (Nouveau parti anticapitaliste). Applaudir le personnel soignant chaque soir ne leur semblait plus suffisant : « On était plutôt d’accord pour que l’union nationale se fasse derrière les soignants, mais surtout derrière leurs droits et leurs conditions de travail. »

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Plutôt qu’une pancarte au balcon, ils ont choisi une méthode un peu plus spectaculaire, en projetant des vidéos sur l’immeuble en face du leur. À 20 heures, les casseroles et les mots « du fric pour l’hôpital public » ont rassemblé des dizaines de voisin・es autour du même message. Une scène difficilement imaginable dans une cour d’immeuble avant le confinement.

Coller sur des murs virtuels

L’année 2019 a également été marquée par l’apparition des collages féministes sur les murs de plusieurs villes de France. Les colleuses se sont parfois affranchies du confinement pour mener des actions dans les rues. D’autres ont choisi la voie du virtuel. Sur le compte Instagram @collages_féminicides_paris, on retrouve plusieurs montages photos sur le Louvre, la Tour Eiffel ou le Moulin-Rouge. 

 

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Le patriarcat tue. Collage virtuel réalisé par @lubrux

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Déconfinement des manifestations dans les jeux vidéo

Certain・es militant・es ont également opté pour des manifestations virtuelles, sur des applications comme manif.app, qui permettent de placer son avatar, accompagné d’un slogan, dans les rues de sa ville. D’autres ont choisi de créer de nouveaux espaces dans des jeux vidéos, comme Animal Crossing. 

Pour Laurence Allard, sociologue spécialisée dans les usages numériques, ce déplacement des manifestations sur n’est pas tout à fait nouveau : « En France, les premiers usagers d’Internet, après les scientifiques, étaient les militants. Ceux qui n’avaient pas de voix, qui n’étaient ni encartés ni syndiqués. Ils ont trouvé une arène pour s’exprimer. »

Un reportage réalisé par Zoé Pinet. Photo de une : Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur.

 

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