Elles sont en première ligne. À Montélier, dans la Drôme, cinq infirmières libérales affrontent l’épidémie de Covid-19. Avec très peu de moyens car le matériel de protection arrive au compte goutte. Elles puisent déjà dans leurs réserves, alors que le pic de l’épidémie n’est pas encore atteint. Les patient·es, elles et eux, ont besoin d’être rassuré·es.

Au sortir de leur tournée matinale elles ont les traits tirés. Les infirmières libérales sont sur le pont depuis l’aube. Dans quelques heures, il faudra recommencer à visiter leur trentaine de patient.es. À Montélier (Drôme), au pied du Vercors, elles sillonnent les routes de campagne pour soigner leurs patients. Depuis quelques jours, les routes sont plus calmes. Confinement oblige. Leur caducée fait office de laisser-passer. Elles ont d’ailleurs reçu des consignes pour le dissimuler lorsqu’elles sont chez des patient.es pour se prémunir des vols de voitures dont ont été victimes certaines infirmières.

« On a pas les moyens matériels pour pouvoir répondre à ce qu’on nous demande »

Elles sont cinq à quadriller la commune et ses alentours. Les patient.es présentent des pathologies lourdes, et l’épidémie de Covid-19 les inquiète encore plus. « Ils ont besoin d’être rassurés quotidiennement, en rappelant les règles de sécurité, en expliquant pourquoi on met des masques. Pourquoi on met des gants. Pourquoi on se lave les mains aussi souvent. Il y a beaucoup, beaucoup de questions », explique Delphine, infirmière libérale depuis cinq ans.

Le manque de matériel est criant. Elles le reçoivent au compte goutte. « On espère que ça va pas durer trop longtemps. Quand on voit qu’on a une boîte de masques assez rarement… Ça fait peur. Si on est contaminées, comment on va faire pour s’occuper de nos patients ? », s’inquiète Ingrid, infirmière depuis quinze années, dont dix en libéral. Elles ont récupéré une boîte de 50 masques pour cinq il y a trois semaines. Un masque dure maximum 4 heures. Par jour, elles en utilisent entre deux et cinq. Une nouvelle boîte est arrivée cette semaine : ce ne sont pas les masques FFP-2, les plus protecteurs, mais de simples masques chirurgicaux.

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« On doit acheter nos flacons de gel hydroalcoolique de 125 ml pour 2,85 euros, nous même », proteste Dominique. Photo : Tim Buisson pour Radio Parleur.

Elles rivalisent alors d’ingéniosité pour se protéger. « On s’est munies de tablier en plastique, qui sont pas du tout médicaux, qu’on a pu récupérer chez des pâtissiers. On les utilise pour les toilettes des patients », détaille Dominique. De son côté, Delphine tance : « On a pas les moyens matériels pour pouvoir répondre à ce qu’on nous demande. On veut bien appliquer les consignes mais sans le matériel il arrive un moment on va plus pouvoir les appliquer. »

Un cri d’alerte des soignants ignoré depuis un an

Pourtant ce manque de moyen ne date pas d’aujourd’hui. Les grèves dans l’hôpital public se succèdent depuis un an. Les soignant.es réclament plus de moyens et de considération. « On se rend compte par cette épidémie que la base du matériel est manquant. Ça fait vraiment peur sur l’état de santé de l’hôpital en France », s’insurge Dominique.

Elle qui a connu l’hôpital public pendant plus de 20 ans, et exerce en libéral depuis 12. Les ministres se sont succédé.es, les crises aussi, sans réponse adaptée. « Je vois que les conditions se dégradent, continue Dominique. Tout est compté. Je pense que leur priorité a été placée ailleurs, que la santé n’en n’était pas une. On voit bien avec cette épidémie que la santé devient prioritaire. En espérant que ça fasse bouger les choses… Mais je ne suis pas convaincue de ça. »

Loin des promesses présidentielles, elles affrontent le quotidien. Elles organisent la solidarité entre elles au niveau local avec les cabinets médicaux dans les villages alentours. Plusieurs s’envoient des messages pour se remplacer en cas de problème, pour prendre des nouvelles, pour partager leurs expériences… Les médecins généralistes s’appuient aussi sur elles pour s’informer de l’état de santé de leurs patient.es. Ce soir, encore et demain matin, jour après jour, les infirmières seront sur les routes, dans les chaumières, auprès des gens … en première ligne.

À Montélier dans la Drôme, reportage de Tim Buisson. Photo de Une : Tim Buisson pour Radio Parleur.

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