Des blouses blanches sur les parvis des mairies et des hôpitaux, en colère comme au premier jour. Jeudi 26 septembre, le collectif Inter-Urgences appelait à une journée de mobilisation régionale. Rencontre avec Candice Lafarge, porte-parole du collectif à l’origine de ce mouvement de grève d’une ampleur inédite en France.


Candice Lafarge est une femme de terrain. À 33 ans, elle affiche déjà 12 ans dans l’assistance publique et six à l’hôpital Saint-Antoine, où le collectif Inter-Urgences est né. Candice Lafarge dégage une grandeur téméraire. Elle consacre sa vie à ce qu’elle considère « comme le plus beau métier du monde » : aide-soignante. Son engagement et sa verve sont devenus un caillou dans la chaussure des administrations de l’AP-HP.

Candice Lafarge portrait Crédit : Julien Baguette @mystere-baguette

Depuis le 18 mars, date à laquelle avec ses collègues, elle a participé à la création du collectif inter-urgence en réaction « à une vague d’agressions violentes entre le 13 janvier et le 11 mars, durant laquelle onze de ses collègues femmes ont été agressées verbalement et physiquement ». Des agressions qui, selon le collectif, ne sont pas imputables à des individus singuliers, mais qui sont « systémiques » dépendantes de la crise des urgences.

Les raisons du mouvement

Candice Lafarge précise les problèmes qui sont à la racine de ce mouvement inédit. Inédit au regard de son ampleur : plus de six mois de grève et plus de 250 services d’urgences concernés dans toute la France : « On entend madame Buzyn dire : ‘C’est un problème structurel, ce n’est pas un problème de revalorisation salariale, ce n’est pas un problème d’effectif’. Mais en fait. Si Madame la Ministre vous vous plantez complément ! » assène Candice Lafarge. « C’est un problème d’effectif, c’est un problème de structure, c’est un problème de revalorisation et c’est un problème de lits d’hospitalisation ».

Les « prétendues concessions » de la ministre de la Santé Agnés Buzyn ne passent pas pour le collectif, pas même l’enveloppe de 750 millions d’euros qui « ne servirait qu’à déshabiller Pierre pour habiller Paul ». Le collectif Inter-urgence en vient même à douter que « la ministre soit la bonne interlocutrice ». Jeudi 26 septembre, 260 services d’urgences étaient toujours en grève, et la journée de mobilisation régionale a été bien suivie.

Syndiquée chez Sud Santé, Candice Lafarge insiste sur le fait que sans ces organisations, la grève n’aurait pu se faire administrativement. Pourtant, il fallait politiquement agir au-dehors d’eux, s’émanciper. Le collectif Inter-Urgences a donc employé les nouvelles formes de luttes, de la grève aux flash-mobs. « Au début du mouvement, j’ai entendu des patients me dire : ‘Salope, pourquoi tu fais grève ? J’ai mal.’ – Justement la salope elle fait grève parce que vous attendez bien trop longtemps, et que vous avez mal. Là, on en est à six mois de mouvement de grève, et les usagers comprennent le mouvement, nous soutiennent et sont fiers de leurs soignants.« 

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