Partout en France des listes participatives s’engagent pour les élections municipales de mars 2020. Ces mouvements collectifs bousculent les partis traditionnels et tentent de redéfinir la politique au niveau local. Reportage dans la Drôme, à Romans-sur-Isère, où militant·es de gauche, citoyen·nes et Gilets jaunes s’unissent.

Une vingtaine de personnes se pressent dans la maison de quartier des Ors de Romans-sur-Isère (Drôme) en plein cœur de l’hiver. Devant, une petite caravane rouge ornée d’une guirlande lumineuse accueille les curieux et les curieuses, à l’occasion d’une réunion publique en vue des élections municipales. Quelques tracts sont posés sur une table. En haut à gauche de la feuille on peut lire « Collectif Pour Romans : citoyenne, écologiste, solidaire ». À l’intérieur de la maison de quartier, une fresque retrace l’histoire du collectif.

Elle commence en 2014 avec l’arrivée au pouvoir de la candidate divers droite Marie-Hélène Thoraval. Un bouleversement pour la gauche qui était installée à l’Hôtel de ville depuis 1977. « L’élection de 2014, ça a été un choc parce que clairement c’était pas attendu, y avait une sorte d’habitude. On a bien vu qu’on pouvait détruire bien plus rapidement que ce qui est nécessaire pour construire », explique Julie Maurel, désignée tête de liste du collectif après un long processus de concertation. Dans cette ancienne cité ouvrière de 33 000 habitant·es, le chômage culmine à 20,7% (en 2016) contre 8,6% en moyenne en France. Le taux de pauvreté s’élève, quant à lui, à 22% selon l’INSEE. Romans-sur-Isère ne s’est jamais vraiment remis de la délocalisation des usines, notamment de chaussures, dans les années 1970 et 1980.

Des baisses de subventions et un exercice solitaire du pouvoir

La nouvelle équipe municipale doit composer avec les baisses de dotations de l’État et met tout en œuvre pour sortir des prêts toxiques contractés par les anciennes municipalités. Les associations et les maisons de quartiers sont les premières touchées. L’une d’entre elle, la maison de quartier Coluche est même fermée, laissant quatre employés sur le carreau. Aujourd’hui, elle a réouvert grâce à une équipe de bénévoles. La Maison de la nature et l’environnement (MNE) est vendue pour en faire un restaurant de luxe. Mais le projet est stoppé à cause d’un problème juridique et le bâtiment historique se détériore, inutilisé. Dans le centre ancien, malgré le plan « Action cœur de ville » censé redynamiser Romans, les commerces ferment les uns après les autres.

Une politique assumée par la nouvelle majorité. Mais qui se heurte à la résistance de certain·es habitant·es. D’autant plus qu’en 2013, Médiapart a révélé que Marie-Hélène Thoraval, alors député de la 4e circonscription de la Drôme de 2010 à 2012, avait utilisé son indemnité de frais de mandat pour louer un bateau sur la Méditerranée, en 2011, avec quatre collaborateurs afin de préparer la rentrée politique. Sa fille et son mari étaient aussi présents. « Tout de suite, quand la maire actuelle est arrivée aux responsabilités j’ai vu des changements au niveau associatif, professionnel, écologique, de l’écoute des citoyens … Le premier acte fort c’est quand elle a voulu fermer la Maison de la nature et de l’environnement. On a assez vite compris qu’elle voulait la privatiser », détaille Marie-France Grimmer, habitante de Romans depuis plus de 20 ans. Rapidement la Romanaise multiplie les actions pour défendre le tissu associatif, et y rencontre d’autres habitant·es.

Des rencontres à la constitution d’un collectif

« Je me suis engagé dans pas mal de combats pour tenter de rétablir des injustices. Finalement, dans les luttes on rencontre des gens. On commence à comprendre. On cartographie la ville et ses enjeux », relève Éric Exbrayat, musicien et Romanais depuis 8 ans. Émilie Jungo, présente dans l’ancienne équipe municipale socialiste entre 2008 et 2014 partage ce constat : « On est plusieurs à avoir subi et vu des brutalités qui nous ont insurgés. Progressivement, on a voulu transformer cette révolte en quelque chose de constructif », développe cette future maman. À l’approche de l’échéance électorale, plusieurs habitant·es s’activent et décident d’organiser la riposte. Dès l’été 2017, les réunions s’enchaînent et l’opposition prend forme.

Collectif pour Romans
Une frise chronologique retrace les moments marquants du collectif. Sur le fond, en lettres rouges, on peut lire « Nous sommes Romans qui se défend ». Photo : Tim Buisson

Une union de la gauche impossible

Une opposition marquée à gauche mais en dehors des partis traditionnels. Ces derniers apportent leur soutien à la liste au compte-gouttes, mais sans garantie d’obtention de siège au conseil municipal. Europe Écologie-Les Verts, La France insoumise, Génération.s, Nouvelle donne et Génération écologie les ont déjà rejoint. Des tractations se sont engagées pour rassembler toute la gauche. En vain, le Parti communiste et le Parti socialiste se lanceront tous les deux ensemble de leur côté malgré des appels répétés à l’union dans les pages du journal local L’impartial.

Les gilets jaunes cherchent un endroit oÙ atterrir pour transformer le réel dans le sens de ce qu’ils ont compris. C’est sympa les ronds-points mais c’est pas en manif en se faisant arracher un œil ou une main qu’on change le monde. Et donc il tentent de pousser les portes des mouvements citoyens

La défiance envers les hommes politiques semble épargner les édiles qui conservent une bonne image. Revendication phare des Gilets jaunes, le Référendum d’initiative citoyenne (RIC) s’inscrit dans cette volonté de réappropriation du pouvoir à l’échelon local. « Ces gens-là aujourd’hui cherchent un endroit où atterrir pour transformer vraiment le réel dans le sens de ce qu’ils ont compris, de ce qu’il fallait. C’est sympa les ronds-points mais on fait comment pour que ça advienne ? Parce que visiblement c’est pas en manif, en se faisant arracher un œil ou une main qu’on change le monde. Et donc, ils tentent de pousser les portes des mouvements citoyens », explique Julie Maurel.

« Le pont est en train d’être fait »

Certain·es semblent totalement désenchanté·es par la politique et se sont détourné·es de l’action politique mais d’autres ont franchi le pas en venant voir le collectif, non sans une certaine appréhension de part et d’autre. « C’est des gens qu’on a parfois peut-être déçu parce qu’on comprenait pas d’où ils venaient, parce qu’ils le disaient pas forcément … Mais aujourd’hui ce qu’on sait c’est qu’on a un bon relais avec ces populations-là et que le pont est en train d’être fait », poursuit Julie Maurel.

Une réunion publique du collectif dans la maison de quartier Coluche menacée de fermeture au début de la mandature actuelle. Photo : Tim Buisson pour Radio Parleur

Une agglomération de militant·s, de personnels associatifs, politiques et de quelques Gilets jaunes au sein d’un même collectif, suffisant pour ravir la mairie à la droite ? La difficulté de faire participer ces habitant·es d’horizons aussi divers, l’élaboration du programme ou encore la constitution de la liste n’ont pas été des étapes simples à franchir durant la campagne. Affaire à suivre sur Radio Parleur …

À Romans-sur-Isère, un reportage de Tim Buisson. Photo de Une : Tim Buisson pour Radio Parleur.

[Crédit musical] : La chanson Dans ma ville diffusée dans le reportage est extraite de l’album « 2029 » de Gontard paru en 2019 avec l’aimable autorisation de son auteur.

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