Le 17 janvier dernier paraîssait Mythopoïèse, troisième tome du Petit traité d’écologie sauvage du dessinateur et auteur de bandes dessinées Alessandro Pignocchi. La critique des idées de nature et culture, ainsi que la défense de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes forment deux axes majeurs de ces ouvrages : nous en avons discuté avec lui.

Dans les pages des trois albums du Petit traité d’écologie sauvage d’Alessandro Pignocchi, des animaux doués de parole succèdent aux observations d’un ethnologue jivaro en pleine enquête ethnographique sur le quotidien d’une brasserie de Bois-le-Roi. Les dirigeantes et dirigeants politiques renoncent à leur carrière afin de se consacrer à la contemplation d’espèces végétales singulières. En effet, le dessinateur met en scène, avec un sens de l’humour cynique, parfois absurde, un monde où le partage occidental entre nature et culture se serait estompé. 

Alessandro Pignocchi est sans doute un auteur prolifique. Depuis la sortie d’Anent. Nouvelles des indiens Jivaros en 2016, les albums se succèdent au rythme d’un par an. Mythopoïèse ne fait pas défaut à la règle, s’ajoutant à Petit traité d’écologie sauvage (2017) et La cosmologie du futur (2018). Non content de cette , le bédéaste anime le blog Puntish, où il publie régulièrement des vignettes.

Anciennement chercheur en sciences cognitives, c’est la découverte des réflexions de l’ethnographe français Philippe Descola qui le lance sur cette pente. Ce dernier, élève de Claude Lévi-Strauss et détenteur aujourd’hui de la chaire d’Anthropologie de la nature au Collège de France, s’est voué tout au long de sa carrière à déconstruire le dualisme nature-culture. Dominante en Occident, cette division ne serait qu’une façon parmi d’autres d’appréhender nos relations avec le non-humain. 

Où un autre monde est possible

C’est précisément dans la faille de ces possibles non-explorés que Pignocchi trouve la source de son humour, mais aussi un horizon politique clair. Car s’il y a un lieu où, dans les pays capitalistes, le rapport entre humain et non-humain est remis en question aujourd’hui, c’est dans les différentes Zones à Défendre qui ne cessent d’émerger.

Pour Pignocchi, c’est à Notre-Dame-des-Landes que sa vie et son engagement se sont particulièrement entrecroisés. S’y étant rendu notamment lors de l’intervention militaire de 2018, il en avait fait le sujet de son dernier album, La recomposition des mondes (2019). Comme il l’avait fait déjà pour Anent, sa propre expérience se mêle dans cet ouvrage aux anecdotes, réflexions et fragments de fiction aussi touchants que drôles.

Mythopoïèse est disponible en librairie depuis le 16 janvier. Pignocchi a enchaîné une série de séances de dédicace et de rencontres depuis. Une soirée de lancement est prévue à Paris le 7 mars à la librairie La tête ailleurs (Paris 11ème). Le détail des informations sur cette soirée et les autres séances de dédicace se trouve ici.

Un entretien réalisé par Diego Acuna. Montage : Antoine Atthalin. Photographie de Une : Rebekka Beudner pour le Seuil

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