Depuis janvier 2020, plusieurs dizaines de lycées sont bloqués dans toute la France. En cause, l’application de la nouvelle formule du bac 2021. Au moins une centaine d’examens sont déjà annulées ou reportées. Pourtant, les académies mettent la pression pour que ces nouvelles épreuves se tiennent.

« La menace d’un zéro ? C’est très courant« , juge cet enseignant de philosophie qui s’occupe d’actualiser la carte des 130 établissements bloqués totalement ou partiellement. Le ministère de l’Éducation en comptabilise « seulement » une soixantaine depuis lundi 27 janvier, sur les 435 où des épreuves du bac nouvelle formule devaient se tenir. Du 20 au 24 janvier, le ministère en recensait 110 sur 360. Les épreuves d’E3C, les « épreuves communes de contrôle continu » ont commencé lundi 20 janvier. Depuis, nombreux・ses sont celles et ceux qui ont reçu des menaces de sanction suite à des actions, dans où devant les lycées.

Mobilisation devant le lycée Blaise Cendrars à Sevran contre la réforme du bac, le mardi 28 janvier 2020. Photo : Violette Voldoire

Des centaines d’élèves menacés d’un zéro punitif

Cette menace du zéro pointé vise les 300 lycéen・nes du lycée Blaise Cendrars de Sevran (93). « Mes parents ont reçu deux SMS hier, explique cette élève de 1ère. Le premier pour dire que l’épreuve d’histoire était décalée de 8 heures à 9h30, le second pour nous menacer de nous mettre zéro si on ne venait pas. » Elle est un peu stressée. Une mère d’élève, venue soutenir le rassemblement des élèves et professeurs devant le lycée, n’en a pas cru ses yeux à la lecture de ce SMS, et tente de se rassurer : « Ils ne peuvent pas mettre zéro à tous les élèves. Et puis un zéro, ça n’a jamais tué personne ! » Ce mardi 28 janvier, un élève est entré en trombe dans le lycée, un autre par on ne sait où. Ce sont les deux seuls lycéens de Blaise Cendrars qui composeront leur épreuve d’anglais. Les autres se trouvent devant le lycée, ou ne sont simplement pas venus. « Il y a des sujets qui ont fuité partout, c’est pas un vrai bac. Nous, à Sevran, on sera défavorisés parce que tout le monde va nous dire que notre bac ne vaut rien« , explique une autre élève. Pour elle, pas question de composer, sanction ou non.

Les premiers élèves à avoir passé ces épreuves, qui s’étalent du 20 janvier au 28 février, ont même créé un google drive avec leurs sujets, tous issus d’une même banque et fournis par le ministère. Difficile de maintenir l’équité réclamée par un examen national clament enseignants en lutte et le SNES-FSU, premier syndicat de l’enseignement. Mi-contrôle continu, mi-examen final, les E3C ne satisfont ni les profs, ni les parents, ni les enseignants mobilisés. Igor Garncarzyk, secrétaire national du snupden-fsu, syndicat de chefs d’établissements, n’est pas d’avantage convaincu. « Il y a une vraie rupture d’égalité sur les conditions de passage de cet examen. Certains le passent en classe, d’autre en salle d’examen. Certains sujets sont choisis par les enseignants, d’autres par les inspecteurs. Ce n’est pas possible.« 

« On ne bloque pas, on refuse de rentrer »

« On ne bloque pas, bloquer ce serait dégrader. On refuse simplement de rentrer, c’est tout », témoigne un élève. Quelques pancartes en carton, et la force tranquille de lycéen・nes déterminé・es donne à ce piquet de grève une belle énergie. Ils et elles partagent thé et gâteaux avec leurs profs, rigolent dans le même mégaphone. « Ça faisait longtemps que je n’avais pas fait une mobilisation avec les élèves d’une telle tenue« , se félicite Clément, enseignant en terminale au lycée Jean Zay et mobilisé contre les E3C. De fait, d’Aulnay-sous-Bois (93) à Sevran en passant par Le Blanc-Mesnil (93), on ne compte même pas un feu de poubelles. Pourtant, quatre lycéen・nes ont été interpellé・es devant le lycée Jean Zay d’Aulnay-sous-Bois. « Ils n’ont rien fait d’autre que manifester », s’indigne Clément. Eux ont passé la nuit en garde à vue. Trois lycéens de Maurice Ravel dans le 20ème arrondissement de Paris ont été interpellés vendredi 31 janvier. Le premier est relâché au terme de trente heures de garde à vue. « On a gardé mes clients trente heures pour une audition d’à peine une demi-heure. C’est disproportionné » dénonce Me Lucie Simon, qui défend deux des trois lycéens. Lors de cette audition, sans leur avocate, les jeunes ont reconnu avoir alimenté les flammes d’une poubelle pendant le blocus de leur lycée. Après une nuit en cellule, ils ont été présenté à un substitut du procureur qui les a sermonné, et attendent le 17 mars prochain pour savoir quelle sera leur sanction.

Ni choix de sujets, ni surveillance, ni corrections

Dans la plupart des établissements mobilisés en France, les profs refusent de choisir les sujets dans la banque fournie par le ministère, de surveiller les épreuves, où encore de les corriger. À Sevran, les enseignant・es refusent tout cela à la fois. Qu’à cela ne tienne, les rectorats peuvent faire surveiller les épreuves par des retraités, ou des surveillants plutôt que par des professeurs. « Qu’est-ce qu’on va faire, retenir les copies pendant un an ? Le ministère a déjà falsifié les notes du bac l’an dernier, il peut très bien recommencer cette année« , déclare Clément.

A Sevran, une délégation d’élèves et de parents sera reçue par l’inspecteur d’académie et la proviseure à Blaise Cendrars. « Nous, elle ne nous parle pas« , soupire une enseignante fatiguée de ce silence. Dans d’autres lycées d’Île-de-France, la direction d’établissement « passe aussi par-dessus la tête des profs » explique encore Clément. Finalement l’épreuve d’anglais est reportée au mardi suivant. Si les élèves n’y vont pas, ils et elles auront zéro, promet l’inspecteur d’académie.

Des pressions diverses contre les élèves

Le compte twitter « Stop Bac Blanquer – Stop E3C », qui rassemble le travail de plusieurs collectifs nés de la lutte contre la réforme du baccalauréat l’année dernière, a commencé dimanche à recenser les pressions et répressions exercées sur ce mouvement parent-profs-élèves. Des chefs d’établissements qui prennent leurs élèves en photo pendant les blocus, pour leur passer des savons seuls dans leur bureau, aux menaces de zéros collectifs – voir de plaintes déposées contre les élèves – la liste est longue. Plus la mobilisation s’amplifie, plus la répression s’accroît. « Nous avons des proviseurs qui nous appellent. En off ils nous disent qu’ils nous soutiennent et qu’on leur met la pression pour que cette réforme soit appliquée coûte que coûte« , ajoute le professeur de philosophie. Pendant ce temps, d’autres signent des tribunes pour que cessent ces perturbations, ou font appel aux forces de police pour filtrer les accès aux épreuves. Igor Garncarzyk, secrétaire national du snupden-fsu, reproche le passage en force du ministère de l’Éducation nationale. « Il y a un enjeu fort pour les élèves. Or nous sommes dans une situation ou il n’y pas de bonne condition d’examen possible, hormis un report vers la note terminale.« 

Contactés, l’académie de Créteil, les lycées Jean Zay d’Aulnay-sous-Bois et Blaise Cendrars de Sevran n’ont pas donné suite à nos demandes d’interview.

 

Reportage de Violette Voldoire. Photo de Une : Violette Voldoire.  

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