La grève générale contre le projet de réforme des retraites c’est ce jeudi 5 décembre. Gilets Jaunes, impasses de discussions avec le gouvernement, ces derniers mois, les syndicats ont été obligés de repenser leurs modes d’actions. Radio Parleur vous propose un tour des enjeux et des forces en présence avant cette grande mobilisation avec Sophie Béroud, enseignante chercheuse à l’Université Lumière Lyon 2.

Sophie Beroud, enseignante chercheuse à Lyon 2, spécialiste des mouvements sociaux.
Sophie Beroud, enseignante-chercheuse à Lyon 2, spécialiste des mouvements sociaux.

Sophie Béroud est enseignante-chercheuse spécialiste des syndicats et des mouvements sociaux. Elle est l’autrice de plusieurs livres dont une passionnante  Sociologie politique du syndicalisme parue en 2018 chez Armand Colin et co-écrite avec Karel Yon et Baptiste Giraud.

À ses yeux, cette grève du 5 décembre, programmée depuis plusieurs semaines doit permettre de fédérer les salarié·es, de s’organiser autour de cette date et d’un mot d’ordre collectif. En insistant sur ce rendez-vous, les syndicats souhaitent imposer un véritable rapport de force. Une date fédératrice mais qui peut aussi être piégeuse, « dans la mesure ou les syndicats vont être interpellés sur la réussite de la grève menée ce jour-là ».

Les mouvements sociaux de ces derniers jours à Radio France, chez les transporteurs routiers ou encore les manifestations à Paris d’agriculteurs constituent autant de points d’appuis. Ces actions  » contribuent à ce qu’il y ait une montée en puissance par rapport au 5 décembre plutôt qu’une fragmentation, un morcellement des luttes », analyse Sophie Béroud. Reste l’inconnue de la mobilisation dans le secteur privé, qui représente plus de 75% des salariés.

Une convergence possible avec les Gilets Jaunes ?

Le mouvement des Gilets Jaunes a bousculé les syndicats, les deux parties étaient d’abord méfiantes l’une envers l’autre. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a mis du temps à se positionner par rapport à ce mouvement. « Je pense qu’il y a des effets du mouvement des gilets jaunes dans la manière de penser cette grève du 5 décembre », détaille Sophie Béroud.

Cortège de la CGT à Paris lors de la manifestation du 19 Mars 2019. Photographie : Syndicat CGT

Elle poursuit « à l’automne dernier le mouvement des Gilets Jaunes ne s’est pas embarrassé des formes encadrées de l’action collective. Ils vont manifester sur les Champs-Elysées sans avoir déposé de parcours au préalable. Les actions radicales aussi qui sont menées ont fait peur au gouvernement ». Des concessions ont été faites par l’exécutif, une première depuis plusieurs années alors que la Loi travail en 2016 et les ordonnances Macron en 2017 avaient rassemblé plusieurs milliers de personnes dans les rues pendant plusieurs semaines sans succès.

Mépris de classe, mobilisation tenace ?

Pour Sophie Béroud, le mépris de classe affiché par le président de la République et certains ministres peut aussi permettre une convergence des luttes. Elle étaie sa pensée : « Cette question du mépris social on l’a vu par rapport à différents événements, différentes causes, même très récemment. Ce qui s’est passé ici à l’université Lyon 2 avec l’immolation d’un étudiant de licence de sciences politiques, c’est un événement extrêmement dramatique« .

Le 8 novembre dernier, un étudiant de 22 ans s’est immolé devant le CROUS de Lyon pour dénoncer ses conditions de vie après la suppression de sa bourse au mois de septembre. Plusieurs mobilisations contre la précarité ont été organisées partout en France suite à ce geste.

Loi Travail chomage
Manifestation contre la loi Travail le 03 décembre 2016. Crédit : Marc Estiot

Sophie Béroud poursuit : « On a jamais vu ça dans le monde universitaire en France. C’est un événement qui aurait dû interpeller de façon très large l’ensemble du monde universitaire mais aussi l’ensemble des médias et le pouvoir politique. » explique la sociologue. « L’événement a été couvert. Il a fait un peu de bruit mais pas beaucoup. C’est une expression de très fort mépris là-aussi, par rapport à ce que vivent les étudiants et les étudiantes. Ça s’ajoute à d’autres formes de mépris. Donc ça, ça peut peut-être contribuer à une forme de convergence des luttes. »

Diviser les français, « une vieille rengaine »

Prise entre deux feux, la droite n’a pas raté l’occasion de critiquer la réforme sans pour autant appeler à la grève. Bruno Retailleau, sénateur Les Républicains, a déposé une proposition de loi pour créer un droit au « transport public garanti ».

Pour Sophie Béroud, cette petite musique, « c’est une vieille rengaine » qui vise à exacerber une partie de la population contre l’autre, entre celleux qui travaillent et celleux qui font grève. Un droit de grève déjà attaqué sous la présidence de Nicolas Sarkozy. En 2007, pendant son mandat, le gouvernement a instauré une loi sur le « dialogue social et la continuité du service public dans les transports terrestres réguliers de voyageurs » avec l’obligation pour les grévistes de se déclarer au moins quarante-huit heures à l’avance. L’ancien chef de l’État se réjouissait alors : « Désormais, quand il y a une grève en France personne ne s’en aperçoit ».

Une première offensive parmi d’autres pour « disqualifier le mouvement » avant même, le lancement de ce première journée de grève, ce jeudi 5 décembre.

A Lyon, entretien réalisé par Tim Buisson.

* Le titre de cet article fait référence à une chanson de Dominique Grange datant de Mai 1968. Elle se nomme Grève illimitée.

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