Entre néo-militant.e.s, citoyennistes et radicaux, le jeune mouvement écologiste termine sa semaine de rébellion internationale devant l’Assemblée Nationale. L’action envisagée en ce samedi 12 octobre n’aura pas eu l’effet escompté. Entre une présence policière importante et les dissensions au sein du mouvement, les rebelles climatiques ont vu leur opération déjouée.


Au pont de la Concorde, c’est le flou en ce samedi matin. L’idée des militant.e.s d’Extinction Rebellion est d’installer terre, paille et nature devant l’Assemblée Nationale, et de bloquer l’accès à la place de la Concorde. Cette action du samedi 12 octobre veut marquer en beauté la fin de la semaine de rébellion internationale. Mais dès le début de la journée, l’action des rebelles a perdu en intensité face à un dispositif policier conséquent et des stratégies disparates.

Arrivé.e.s un peu avant 10 heures, les premier.e.s militant.e.s se font confisquer leur camion avec tout leur matériel de blocage et d’installation verdoyante par les CRS. Résultat : les CRS peuvent facilement déloger les miliant.e.s à l’exception de quelques arm blockers. “L’action du blocage c’était un thème “ monde industriel qui finit, la nature qui reprend ses droits”. Donc dans les camions qui n’ont pas été déchargés, il y avait énormément de terre, de plantes, de matériel industriel, etc. Qui voulaient représenter un peu ce monde qui se détruit.” Le blocage n’aura ainsi pu durer que deux heures.

Les militant.e.s d’Extinction Rebellion ont investi la rue jouxtant l’Assemblée Nationale aux alentours de 10 h. (Photographie : Dorian Girard pour Radio Parleur)

Vers 11h45, les bloqueur.euse.s sont déplacé.e.s sur le pont de la Concorde, et la rue jouxtant l’Assemblée nationale est de nouveau ouverte à la circulation. “L’action, même si c’est emblématique, reste un échec”, admet un volontaire presse de l’organisation.

Le pacifisme et la non-violence, des valeurs maîtresses

CRS doucement, on fait ça pour vos enfants” scandent les militant.e.s lié.e.s les un.e.s aux autres à terre. “Je me suis faite littéralement traîner par terre. Avec un CRS de chaque côté qui me tenait les bras et me traînait […] je trouve ça vraiment très incohérent qu’on nous dise qu’il faut respecter la loi et dégager l’espace public alors qu’en réponse on nous fait subir ce genre de choses. Surtout que notre comportement me semble cohérent avec la situation actuelle qui est quand même très grave.” L’urgence climatique motive encore une fois l’action de ces rebelles qui ce jour-là se confrontent à un dispositif policier important.

Des CRS délogent les militant.e.s d’Extinction Rebellion, qui font usage de techniques de non-violence pour bloquer la circulation. (Photographie : Dorian Girard pour Radio Parleur)

La nasse, un moment de flottement

La nasse a commencé à 10h48. Impossible de sortir, ou entrer. Les militant.e.s immobilisé.e.s s’organisent, discutent. L’Assemblée générale constituée révèle alors les malaises internes du jeune mouvement français.“Ici c’est une toute petite action. Ce n’est qu’un des multiples points de blocage d’aujourd’hui. On va vous dire les prochaines actions”, tease un militant avec son drapeau bleu ciel, décoré du logo XR. Sauf que les heures passent, et rien. Au sein de l’Assemblée générale, la frustration et l’impatience des militant.e.s s’expriment. “Il y a d’autres groupes dans Paris ? Où en sont-ils ? Que va-t-on faire ensuite ?” Alors que certain.e.s souhaitent s’en tenir au planning d’actions organisées, d’autres prônent des mouvements autonomes pour se disperser dans Paris. D’un côté on “n’a pas pour but de déranger la police”, de l’autre on “est là pour l’occupation de masse”, s’invectivent les militant.e.s en discussion.

L'Assemblée générale organisée lors de la nasse sur le pont de la concorde, a mis en exergue plusieurs divergences au sein du jeune mouvement français. (Photographie : Dorian Girard pour Radio Parleur)
L’Assemblée générale organisée lors de la nasse sur le pont de la Concorde, a mis en exergue plusieurs divergences au sein du jeune mouvement français. (Photographie : Dorian Girard pour Radio Parleur)

On n’a pas de plan D en vérité, on est en train de décider de faire des petites actions, par groupe, ou une grosse action coup de poing. Mais bon, il y a un débat”, explique le volontaire presse. “On est assez nombreux pour faire des groupes autonomes de 15, de 20, de 30, pour s’auto-organiser et partir en action, partout où on le souhaite en même temps, d manière coordonnée, et frapper fort à plein d’endroits différents. Maintenant on arrête les occupations et on va faire de la perturbation“, s’impatiente un participant de l’AG.

La divergence se dessine ?

C’est aussi la force de ce mouvement ça attire plein de gens très différents […] mais politiquement parlant dans une pensée construite des rapports de domination et de rapports de force dans notre société c’est quand même un peu creux”, nous explique Sarah, membre de l’organisation de l’action. Après le succès du blocage d’Italie 2, action radicale et non-violente, samedi 5 octobre, Extinction Rebellion se poste à Châtelet pour un blocage de 5 jours. Une toute autre ambiance, citoyenniste, avec ateliers et musique, et une volonté affichée d’informer les passant.e.s curieux.ses. Mais pour certains militant.es, l’occupation de la place du Châtelet n’a fait qu’endormir le mouvement. “Ça s’est peut-être trop éternisé, alors que l’objectif d’XR c’est vraiment beaucoup d’actions coup de poing”.

Que ce soit lors des Assemblées générales, où au cours du blocage de la circulation, chacun.e était invité.e à prendre la parole au micro, pour délivrer un message de soutien ou coordonner les actions des militant.e.s sur place. (Photographie : Dorian Girard pour Radio Parleur)
Lors des Assemblées générales ou au cours du blocage de la circulation, chacun.e est invité.e à prendre la parole au micro, pour délivrer un message de soutien ou coordonner les actions des militant.e.s sur place. (Photographie : Dorian Girard pour Radio Parleur)

Est ce qu’on est venu pour faire la fête ? Moi je suis venu pour une rébellion. C’est-à dire de l’action, pas du blabla, pas des soirées. Je commence à en avoir marre, mais marre qu’au lieu d’une RIO (Rébellion internationale d’octobre, NDLR), on propose un BIO, un Blabla international d’octobre en France. Vraiment, c’est fatiguant. On a fait des AG 9h, 12h, 18h, 22h, tous les jours depuis 7 jours. Il serait temps qu’on prépare de réelles actions. En Angleterre ils se foutent de notre gueule“, s’énerve un militant devant la ligne de CRS qui entoure l’assemblée.

L’ADN de XR, la force de frappe

Cette journée donne comme un goût d’inachevé, Extinction Rébellion n’ayant pas
réussi à frapper fort. “L’ADN d’Extinction Rebellion ça reste la radicalité, c’est notre message, parce que l’urgence nécessite de la radicalité dans le changement de modèle. Par contre l’ADN, c’est quand même d’être un mouvement non-violent, c’est notre notre stratégie. On pense que ça peut rassembler plus de monde, mais on n’est pas des bisounours pour autant“, détaille le volontaire presse.

Y’aura-t-il eu un impact politique à tout cela ? Les revendications écologistes avancent-elles par cette stratégie après une semaine d’actions ? “L’objectif premier c’était qu’on parle de nous. Je pense qu’à Paris il commence à y avoir un peu de relais, et on commence à amener le sujet sur la table. Ça va pas se faire en une semaine. ” Ces rebelles ont tout de même interpellé à Italie 2 la semaine dernière, et ont réussi à rester cinq jours sur la place centrale du Châtelet avant de partir d’eux-mêmes. Du côté des réactions politiques, c’est le quasi-silence radio. “C’est la première opération d’envergure, qui a duré une semaine. On essaiera de faire beaucoup mieux la prochaine fois, avec plus de monde” reconnaît un militant.

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Un reportage de Lisa François, Dorian Girard, Etienne Gratianette

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