Le squat du Marais est le plus grand de Caen : près de 250 exilé·e·s y vivent et risquent d’être expulsé·e·s dès lundi 2 septembre 2019. Pour leur dernier été, des militant·e·s et habitant·e·s ont organisé une université populaire.

250 exilé·e·s au squat du Marais

Passé le portail de l’entrée, quatre bâtiments se dressent autour d’une grande cour. « Nous détruirons les centres de rétention ». Cette phrase et autres messages politiques s’étalent en toutes lettres sur les murs. Le squat du Marais à Caen accueille plus de 250 personnes, majoritairement des exilé·e·s.

Avec une surface de 3,2 hectares, c’est le plus grand de la ville. Ici, il y a des chambres et dortoirs pour les familles, les hommes et femmes seules. Des lieux de vie commune ont été ouverts, comme la cuisine ou encore un bâtiment pour les projections. Deux balançoires sont bercées par le vent. Dehors, des enfants jouent au ballon, d’autres passent en vélo. La vie semble paisible, et ne laisse pas présager que l’expulsion est imminente.

Des enfants jouent au ballon, sur le terrain à côté de la gare de Caen.

Plus d’un an d’occupation

Juste avant le début de l’été le tribunal de grande instance de Caen a ordonné le départ des habitant·e·s du lieu. Il avait été saisi par le groupe industriel énergétique Engie, le propriétaire du site. Un délai de deux mois a été accordé aux exilé·e·s. À partir du 2 septembre 2019, le squat est expulsable. Les habitant·es et militant·e·s s’inquiètent d’une opération policière de grande ampleur pour les déloger, après avoir occupé le lieu pendant 16 mois.

Sur les murs du Marais à Caen, de nombreux tags.

« Ce qui pourrait se perdre, c’est vraiment, pour moi, une mini-ville dans la ville, une société qui est indépendante, avec plein d’activités qui se sont créées, » explique Camille, militant et occupant du lieu depuis son ouverture. « Le rêve de tout anarchiste ou libertaire de vivre en autogestion était accompli. C’est une expérience de lutte qu’on va perdre. »

« C’est une super expérience, et on est tous et toutes assez triste que le squat soit expulsable. » Pour Lucie, militante, l’expérience est unique. Il y en a eu des dizaines à Caen, mais selon elle, jamais d’aussi grand, ni faisant du lien de cette manière entre des secteurs en lutte.

Dans l’entrée du bâtiment où vivent les familles « Le Marais » est écrit en grosses lettres.

À l’Université populaire « apprendre collectivement »

Au delà d’un lieu d’habitation, le squat du Marais était devenu un lieu vivant et dynamique. En sachant que le dernier été avant une expulsion approchait, une université populaire a été mise en place. « Il y a des temps lecture, des ateliers cuisine. J’organisais un atelier informatique », raconte un des militants.

Dans la cuisine collective, Lucie anime un atelier pour fabriquer de la lessive maison. Rien à voir avec l’université populaire à la Michel Onfray. Elle précise. « Lui est, en théorie, pour une reconstruction des savoirs ; mais qui dans la pratique reproduit des rapports très élitistes dans le savoir. »

Au Marais, l’université populaire a tourné dans un autre esprit, celui de l’ouverture et de l’accessibilité. Avec quatre projections de films des « ciné-marais », une journée antifasciste, des animations, des cuisines collectives, des ateliers ou encore des parties de foot, le programme pouvait plaire à tout le monde. Les curieux de passage était eux aussi invités à venir y planter une tente.

Le « Café des images » a eu lieu quatre fois durant l’été.

Une dernière fête au squat du Marais

Un appel au rassemblement est lancé au squat dès 5h du matin, lundi 2 septembre. Un autre rassemblement de soutien est prévu devant la préfecture, le jour de l’expulsion, à 18h. En attendant, une dernière fête, samedi, a permis aux occupant・e・s de se dire au revoir. La plupart des habitant・e・s n’ont nulle part ou aller. Sarah est très émue. « Je ne sais pas comment ça va se passer par la suite, mais j’espère qu’on pourra garder contact. »

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