150 exilé・e・s ont été expulsé・e・s du camp de La Villette mercredi 28 août 2019, au petit matin. L’association d’aide aux migrant・e・s Utopia 56 avait organisé ce campement six jours durant. Objectif : rendre visible les personnes migrantes et exiger des solutions de logement pérennes pour toutes et tous.

Les bars branchés du XIXe arrondissement ne sont qu’à quelques centaines de mètres de là. Sur des dalles de bétons et quelques carrés de pelouses, 260 exilé・e・s, dont une centaine d’enfants, ont installé leurs tentes. Grâce au soutien de l’association Utopia 56, ils sont ici depuis jeudi 22 août 2019. Le collectif créé en 2016 souhaite ainsi rendre visible ces personnes en situation de grande détresse. Le dispositif d’hébergement citoyen temporaire chez des volontaires ne pouvait plus répondre à la demande trop forte en cette fin d’été. Il s’agit d’un cri d’alerte, aussi bien pour les bénévoles que pour les familles.

Des familles entières d’exilé・e・s à la rue

Au fur et à mesure, une routine s’est presque installée. Une quinzaine de bénévoles se relaie régulièrement sur le campement pour assurer la distribution de repas, de produits d’hygiène et répondre aux questions des familles. Entre les sans-papiers, les réfugiés politiques, ceux qui ont demandé l’asile et ceux qui ont été refusés, tous les cas de figure sont présents. L’ambiance est joyeuse et pleine d’espérance, à mille lieux des camps de la porte de la Chapelle, où se trouve la « colline du crack », un campement de trafic de drogue à proximité du périphérique parisien. Les nouveaux arrivants sont accueillis avec un grand sourire, chaque crise se règle dans le calme et la sérénité. Les regards intrigués des passants bien apprêtés se font vite oublier.

Mis dans des centres d’hébergement d’urgence, sans suivi social

Mardi soir, à 21 h, la nouvelle tombe : un arrêté préfectoral, placardé sur un des pylônes rouges du parc, ordonne l’évacuation immédiate du camp. Après une rapide réunion, les coordinateurs d’Utopia 56 décident d’un plan d’urgence pour assurer la sécurité de tous les exilé・e・s. Il faut plier bagage et, si besoin, trouver un nouveau lieu d’installation. Pour tout le monde, la nuit sera courte : lever à 5 h du matin. Il faut se tenir prêt à partir aux alentours de 6 h, au moment où les forces de police et les bus d’évacuation arriveront. Certaines familles s’éclipsent et quittent d’ores et déjà le campement, craignant un placement en centre de rétention administrative (CRA).

Florent, coordinateur d’Utopia 56 Paris, appréhende les heures à venir : « En gros, France Terre d’Asile va se pointer avec plein de traducteurs et vont leur proposer des solutions de court-terme. » Des « solutions » qui remettront immanquablement les personnes à la rue au bout de quelques jours. Les tentes s’agitent, certain・e・s disent qu’ils ne monteront pas dans les bus. « Ils vont être mis dans des centres d’hébergement d’urgence, où il n’y a pas de suivi social. Et ils n’auront pas intérêt à en sortir, sinon l’État ne leur proposera plus rien derrière. » 

À La Villette, un dispositif d’expulsion bien rodé

Dans une chorégraphie quasi-militaire, les policiers arrivent à l’heure, casques et boucliers en main pour entourer le camp. Six bus gris aux vitres fumées se garent. Avec des vestes bleu électrique reconnaissables, les bénévoles de France Terre d’Asile accompagnent la préfecture dans sa démarche et invitent les exilés à prendre place dans les véhicules. La méfiance se lit dans les yeux de chacun.

Aucune des garanties demandées par Utopia 56 n’ont été respectées. Les responsables parlent tantôt d’un hébergement d’un mois garanti, tantôt de deux semaines. Confusion sur place. Fatiguées et résignées, de nombreuses familles posent leurs valises dans les soutes et quittent le campement. Les adieux avec les bénévoles d’Utopia 56 sont déchirants. Les plus dubitatifs finiront eux aussi par rentrer dans les bus, non sans mal.

« Il y a des dossiers qui traînent depuis cinq ans ! »

La cravate satinée du préfet de Paris, Michel Cadot, et le sourire éclatant de la maire-adjointe chargée de la solidarité, Dominique Versini, contrastent avec le caractère austère et maussade de la situation. Les deux comparses se félicitent de l’opération menée. Au passage, ils remercient le travail des militant.e.s d’Utopia 56, encore affairés à plier les quelques tentes restantes.

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Après une rapide et monotone conférence de presse pour affirmer que l’évacuation s’est déroulée dans le calme, l’accrochage attendu avec les élus d’opposition a lieu. La conseillère de Paris, Danielle Simonnet (France Insoumise) réfute la stratégie de communication du préfet : « Les hébergements que vous proposez ne sont pas inconditionnels puisque vous nous dites qu’ils le sont jusqu’à l’étude des dossiers. Or, il y a des dossiers qui traînent depuis 5 ans !

Fatigué・e・s, les exilé・e・s montent dans les bus

Autre point de discorde : Dominique Versini assure que l’ensemble des personnes vulnérables ont été prises en charge dès sa première venue, vendredi 23 août. Or, quelques heures avant l’évacuation, une jeune exilée enceinte a dû quitter le camp en urgence après des vives contractions. Le préfet et la maire-adjointe coupent court à la conversation et s’éloignent du groupe.

À l’endroit où se trouvaient les tentes, ne restent plus que quelques dessins d’enfants à terre, décolorés par la pluie. Les derniers bus démarrent, certain.e.s exilé.e.s collent leurs mains aux fenêtres, en guise d’au-revoir. Les voilà partis, pour la plupart, vers un centre d’hébergement du 3ème arrondissement. La mairie et la préfecture assure qu’ils bénéficieront d’un suivi méticuleux. Mais pour combien de temps ?

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