Samedi 24 août 2019, deux manifestations, l’une pacifique, l’autre plus radicale ont illustré les dissensions du contre-sommet du G7. Entre volonté de respecter un consensus d’actions non-violentes, critiques stratégiques réciproques et présence policière permanente, la journée a été mouvementée…

Le camping du contre-sommet du G7 à Urrugne, sur la côte basque, n’est pas l’endroit idéal pour faire une grasse matinée. Dès 8 heures du matin, de nombreux·ses participant·es font la queue pour attraper un café, les yeux encore embués de sommeil, respirant les embruns marins. Installé·es depuis bientôt une semaine dans cet ancien centre de vacances Nestlé, ils et elles s’asseyent tranquillement en cercle pour assister à l’Assemblée Générale. La veille au soir, vendredi 23 août, des affrontements ont éclaté à l’entrée du camping entre policiers et certain·es activistes qui rentraient d’une manifestation non déclarée. Un récit détaillé de cet épisode est à lire sur le compte Twitter de Nicolas Mayart.

Cette attaque a semé la panique parmi les campeurs et campeuses, en poussant certain·es à plier bagages. La réaction de l’organisation du contre-sommet  (deux plateformes G7EZ ! et Alternative G7) peine à masquer son humeur chafouine : « On sait que ce cadre ne satisfait pas tous les gens qui sont ici. Mais nous respectons la diversité des tactiques, on aimerait que ce soit le cas de tous les côtés », explique l’un des organisateurs. En clair : les plateformes partisanes d’une action non-violente n’ont pas vraiment apprécié que la mouvance la plus radicale, qui trépigne d’impatience depuis plusieurs jours, soit poursuivie par la police jusque sur le camping. « Le consensus non-violent mis en place par les organisateurs n’a de consensus que le nom. Tous les gens ici ne l’approuvent pas, surtout au camping il y a beaucoup de frictions à ce sujet », rapporte Hugo, un militant.

Dans la manifestation officielle des organisations du contre-sommet du G7, le 24 août entre Hendaye et Irun. Photographie : Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur

Il est à peine 10 h et de petits groupes commencent leur (très) longue marche – ou cherchent les navettes – pour rejoindre le centre ville d’Hendaye, lieu de départ de la manifestation familiale et populaire organisée par les deux plateformes. Cinq kilomètres à pied, ça n’use pas la motivation des militant·es venu·es en nombre – 15 000 selon les organisateurs – pour dénoncer en vrac l’incurie et l’hypocrisie des politiques, leur absence totale de conscience écologique, la répression féroce qui s’abat sur le mouvement social.

Manifester en famille

Ils et elles sont venu·es se battre contre le capitalisme, soutenir les personnes migrantes, ou encore médiatiser le sort des prisonniers politiques basques… Beaucoup sont venu·es en famille, pas du tout inquiété·es par d’éventuels débordements. « C’est le meilleur moment pour que ce soit tranquille. Au pire, on s’éloignera si jamais ça chauffe », confie un homme venu avec ses deux jeunes enfants.

Des militant-es basques manifestaient leur soutien aux réfugiés dans le défilé officiel des organisations du contre-sommet du G7, entre Hendaye et Irun. Photographie : Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur

Dans le cortège, qui a cheminé le long de la mer, changeant des sempiternels Bastille – République, beaucoup de Gilets Jaunes venu·es de toute la France. Comme Valérie, de Dax qui se définit comme Gilet Jaune pacifique. « Mais je comprends qu’il y a des gens qui soient énervés par l’inaction du gouvernement et qui veulent aller un peu plus loin. Mais pour moi il y a un consensus sans violence, il faut s’y conformer le temps de ces quatre jours ».  

La grille anti-émeutes utilisée par les gendarmes mobiles à Bayonne le 24 août dispose d’une porte qui s’ouvre de l’intérieur. Les militaires s’en sont servis pour aller arrêter un manifestant. Photographie : Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur

Ceux qui veulent « aller plus loin », rongent leur frein depuis une semaine. Certains Gilets jaunes par exemple se sont donnés rendez-vous quelques heures après la fin de la manifestation officielle à Bayonne, sur le parking du magasin Castorama. Un rassemblement qui a tourné court avec l’arrivée d’une quarantaine de « voltigeurs » ou BRAV-M, des policiers à moto visiblement très bien informés… Au même moment, au centre historique de la ville, dans le quartier du « Petit Bayonne », plusieurs groupes étaient rassemblés. L’ensemble des ponts qui permettaient d’accéder au secteur étaient bloqués à grand renfort de camions de CRS et de grilles anti-émeutes, provoquant l’ébahissement des rares touristes de passage et les soupirs des habitant·es. « Le gouvernement, il essaie de nous faire peur. Mais ici au Pays basque, on a l’habitude », confie la patronne de l’un des rares restaurants à être resté ouvert toute la journée.

Bayonne le 24 août, les gendarmes mobiles ont enseveli le quai Galuperi sous les gaz lacrymogènes. Photographie : Pierre-Olivier Chaput pour Radio Parleur

En fin d’après-midi, la situation s’est rapidement tendue, les policiers répondant aux jets de projectiles par des tirs de gaz lacrymogènes ainsi que d’une grenade GLI F4. Plusieurs groupes se sont ensuite retranchés dans le centre ville, jouant au chat et à la souris avec les forces de l’ordre une bonne partie de la soirée. Vers 21 h, la tension est retombée et une Assemblée Générale s’est improvisée pour savoir quelle suite donner aux événements. « Faut qu’on aille à Biarritz ça ne sert à rien d’être ici », s’écrie un manifestant. « On va vachement rentrer à Biarritz avec le nombre qu’on est », lui répond un autre. « Il faut être partout. Y’a les 7 plus gros de la planète qui sont à nos portes, on peut y aller si on est vraiment déter’. On entoure Biarritz et on essaie de la prendre. Sinon on n’a pas de fierté ».

Affaire à suivre …

Un reportage de Laury-Anne Cholez, Etienne Gratianette et Pierre-Olivier Chaput. 

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