Des détenus politiques croupissent depuis près de 20 ans dans les prisons françaises. Ils sont Basques et anciens membres de l’organisation clandestine indépendantiste ETA. Pour alerter l’opinion publique sur leur sort et sur la fragilité du processus de paix dans le Pays Basque, un grand rassemblement est organisé samedi 9 décembre à Paris. Le point avec Txetx Etcheverry, militant de la non-violence et porte-parole des Artisans de la Paix.
10000 personnes venues du Pays Basque sont attendues à Paris samedi 9 décembre. Leur objectif : demander l’application du droit commun pour les prisonniers basques, qui se voient systématiquement refuser des remises de peines ou des libertés conditionnelles, ont des difficultés d’accès aux soins et sont en moyenne éloignés de plus de 400 kilomètres de leur famille.
Cette grande manifestation est organisée par les Artisans de la Paix, une association qui a permis le désarmement total de l’organisation armée basque indépendantiste ETA. « Il faut rappeler que le Pays Basque a connu 80 ans de lutte armée, avec plus d’un millier de morts et 5000 cas de torture avérés », rappelle Txetx Etcheverry, le porte-parole des Artisans de la Paix, militant historique de la non-violence.
En 2011, une conférence internationale sous l’égide de Kofi Annan, instaure une feuille de route pour la paix, incluant la fin de la lutte armée et l’instauration d’un dialogue en vue de résoudre la question des victimes et des prisonniers. Si l’organisation ETA remplit sa part du contrat, déclarant l’arrêt définitif de la lutte armée, les deux gouvernements français et espagnol refusent toute logique de dialogue ou d’apaisement. « Nous sommes dans une situation ubuesque où une organisation clandestine veut désarmer et deux polices – espagnoles et françaises – l’en empêchent », regrette Txetx Etcheverry.
Txetx Etcheverry, porte-parole des Artisans de la Paix.
Pour donner un coup de pouce au processus de paix, plusieurs personnalités de la société civile, notamment des militants non-violents opposés à la stratégie armée de l’ETA, proposent de prendre la responsabilité du désarmement : ce sont les Artisans de la Paix. Mais l’année dernière, plusieurs d’entre eux sont arrêtés alors qu’ils négocient la remise des armes. Ils sont relâchés après 4 jours de garde à vue grâce à une manifestation improvisée de 4000 personnes à Bayonne et le soutien de 655 élus, qui envoient une lettre au gouvernement français réclamant leur libération.
« Car le désarmement, ce n’est pas suffisant pour une paix durable », insiste Txetx Etcheverry. Il faut aujourd’hui s’attaquer aux autres conséquences du conflit : la question des victimes et des prisonniers, au nombre de 321 en Espagne et de 62 en France. Hélas, le gouvernement français fait la sourde oreille depuis des années. « Il y a des prisonniers qui n’ont commis aucun crime de sang et sont incarcérés depuis 20 ans pour seul fait d’association de malfaiteurs ».
L’enjeu va aujourd’hui bien au-delà des frontières du Pays Basque. « Nous voulons une dynamique de dialogue et d’apaisement, pour une paix intégrale et positive dans la région. Il faut venir nous aider à faire en sorte que cette page d’espoir ouverte avec le désarmement de l’ETA ne soit pas refermée par un nouveau drame qui affecterait les familles des prisonniers ».

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