Nicolas Forissier cherche encore la rédemption. À l’origine de la révélation du « système UBS » (Union des banques Suisses), affaire de fraude fiscale à grande échelle, le contrôleur de salles de marchés a un goût d’inachevé. Retour sur son parcours de lanceur d’alerte, et son combat pour la vérité et la justice fiscale.


Au bord de la Garonne, Nicolas Forissier, le regard franc et direct, décrit avec une ferveur intacte des faits qui remontent à plus de 15 ans. Derrière lui traîne encore la cape des lanceurs d’alerte. Pourtant, « on ne se réveille pas un matin en le devenant ». Dès ses débuts comme responsable d’audit, il sent bien que quelque chose ne va pas à l’Union de Banques Suisses. Il lui faudra huit ans, au coeur du « système UBS », pour faire éclater le scandale, celui d’une évasion fiscale à grande échelle.

« Je ne suis pas un héros, j’ai juste fait mon travail »

Nous sommes en 2003 et Nicolas Forissier tient le rôle de responsable de l’audit interne chez la filiale française de UBS, plus grande banque de gestion de fortune au monde basée à Zurich et Bâle. Il découvre alors « les carnets du lait ». L’évasion fiscale de milliards d’euros s’organise entre le France et la Suisse par un système papier tenu manuellement  « pour ne pas laisser de traces ». Respectant les prérogatives de sa fonction, il « passe le cap de la dénonciation » et révèle d’abord en interne la double comptabilité illicite. Sa hiérarchie lui demande de trafiquer des rapport d’enquête interne. Il refuse, dénonce le système au gendarme de la banque. Puis il se tourne vers les médias.

Nicolas Forissier est licencié en 2009 pour « faute grave et mensonge ». « La petite récompense des lanceurs d’alerte et de ceux qui dénoncent des faits » indique-t-il non sans ironie. Il décrit également des pressions plus insidieuses : « j’étais le mouton noir, on m’a mis au placard ». Ironie du système, il reçoit sa plus belle prime à la fin de l’année 2007. « Comment on peut m’accorder un bonus tout en disant quelques mois plus tard que je suis le plus grand affabulateur que la terre ait jamais portée ? » Nicolas Forissier s’embarque dans une longue bataille judiciaire, avec son lot de pressions, politiques et médiatiques cette fois.

« Ce que je faisais était juste et touchait à l’intérêt national »

Dix ans après son licenciement, en février 2019, UBS est condamnée pour « démarchage illicite et blanchiment de fraude fiscale » à verser 4,5 milliards d’euros, une amende record qui énerve beaucoup UBS qui décide de faire appel. Pour Nicolas Forissier, ce procès lui a permis de « laver son honneur » dans cette affaire où il n’a bénéficié d’aucune protection. « L’État ne m’a pas épaulé… alors que je savais des choses extrêmement sensibles. » Il pointe la responsabilité de l’Etat dans la lutte contre l’évasion fiscale, chiffrée selon Oxfam de 60 à 80 milliards d’euros par an en France. Le « système UBS » a permis à lui seul d’évader 11 milliards d’euros entre 2004 et 2012.

Protéger les lanceurs d’alerte

« La France ne protège pas ses lanceurs d’alertes », explique Nicolas Forissier. Est-ce pour cela qu’il a rejoint le collectif MétaMorphosis ? Avec d’autres lanceurs et lanceuses d’alerte, ils s’apportent un soutien mutuel et tentent de visibiliser leurs combats par une sorte de contre-lobbying. Lutter contre l’isolement de celles et ceux qui tirent les sonnettes d’alarme pour leur éviter d’être broyés, car le périmètre de leur protection se réduit toujours davantage. La loi sur le secret des affaires, entrée en application l’année dernière, inquiète d’ailleurs beaucoup Nicolas Forissier. Un « micmac législatif » qui empêche de « toucher au cœur business de l’entreprise ». « Délirant ».

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