Depuis 8 h, vendredi 19 avril, au moins 2 000 activistes écologistes bloquent plusieurs bâtiments du quartier de La Défense, près de Paris. Des actions menées contre « la République des pollueurs ». C’est la plus grande mobilisation de désobéissance civile jamais organisée en France. Comment se prépare une opération d’une telle ampleur ? La veille, se tenait secrètement une journée de formation de ces militant.es. Radio Parleur était sur place.

« Vous êtes tellement nombreux! » Micro à la main, Gabriel, membre de l’organisation en charge de la répartition des ateliers, oscille entre l’excitation et la fatigue. Ce jeudi 19 avril, les équipes de plusieurs ONG écologistes mettent la dernière touche à la préparation d’une action hors-norme, encore tenue secrète. Le blocage non-violent de plusieurs bâtiments d’entreprises installées dans le quartier de La Défense à l’ouest de Paris. Cécile Marchand, chargée de campagne pour l’association Les Amis de La Terre : « des milliers de personnes marchent pour le climat, signent une pétition, se mobilisent… Et ce gouvernement ne bouge pas. Emmanuel Macron, on va lui rappeler qu’il ne s’en sortira pas comme ça »

Des militants climats s’entrainent aux techniques de blocage à la veille de l’action « la République des pollueurs » le 18 Avril 2018. Photographie : Martin Bodrero pour Radio Parleur.

À Montreuil, dans les grandes salles du palais des congrès, ils et elles sont plus de 400 réuni.e.s pour s’organiser, se répartir les rôles et se former à l’action non violente. Un mode de mobilisation pacifique qui oblige ses pratiquants à ne rien laisse au hasard. « Vous êtes prêt.e.s à bloquer la République des pollueurs ? » lance un militant, acclamation générale.

Choisir son « niveau d’engagement »

Chacun.e connait son rôle. Ils et elles sont bloqueurs, chargés d’obstruer les entrées des bâtiments avec leurs corps, médiateurs, pour jouer les diplomates avec les policiers et les salariés, activistes en charge de réseaux sociaux ou médics pour soigner les blessés. Avant d’arriver à cette journée de formation, chaque militant.e.s à rempli un questionnaire. L’objectif, spécifier ses envies et son « niveau d’engagement », les risques physiques, juridiques ou psychologiques que chacun accepte de prendre. La possibilité d’un engagement « à la carte » sera mentionnée tout au long de la journée.

Armlock, chaines, scotch. Les outils nécessaires à une action de blocage non-violente. Photographie : Martin Bodrero pour Radio Parleur.

Loris arrive de Lausanne, en Suisse, pour participer à l’action. « Moi je m’engage totalement, la douleur physique, les gardes à vue… C’est moins important que l’effondrement qui nous guette, c’est un détail. » D’autres semblent plus inquiets, comme Bernard, qui questionne : « OK pour les risques physiques ou judiciaires… Mais sur le plan financier, on fait quoi si on prend une grosse amende ? »

Les milles et un trucs pour pratiquer la non-violence

A l’étage, les formations spécifiques ont démarré. On suit la session dédiée aux blocages. Une lourde chaine de métal à la main, Damien détaille à une cinquantaine d’activistes les techniques pour s’attacher et bloquer les entrées d’un bâtiment. Il se veut d’abord rassurant. « Cette chaine ne sert pas pour des soirées BDSM promis ! », avant de retrouver son sérieux, « vous devez pensez à votre confort, vous aller peut-être rester plusieurs dizaines d’heures attachés, si vous serrez trop, par exemple, vos bras vont devenir bleus, à cause du manque d’irrigation sanguine. Ce n’est pas très agréable ». Autre outil : le Armlock, un tube de plastique dur dans lequel les militants placent un bras. Une fois harnaché, il est quasi impossible de les forcer à lâcher prise sans provoquer de blessure. « C’est un coup médiatique » explique Adrien. Il arrive de Lyon et c’est sa deuxième action non-violente de masse. « Les autorités ne savent pas comment réagir face à notre non-violence, si ils nous blessent, cela leur donne une très mauvaise image »

Des activistes climatiques bloquent un bâtiment du quartier de La Défense à Paris, le 19 Avril 2019. Photographie : Photo prise par une participante à l’action.

« Ce n’est pas parce qu’on est non-violents que nous ne sommes pas radicaux »

Une nouvelle question fuse parmi les militants. « Est ce qu’on peut amener des lunettes de piscine ou des foulard contre les gaz lacrymogènes ? » Réponses négatives des militants en charge de l’organisation. « On a un consensus de mobilisation » détaille Damien, l’un des formateurs. « Le fait de se masquer c’est donner un excuse pour nous arrêter, pour être assimiler aux black blocks, ça brouille le message. » Pour Marie, membre de ANV-COP 21 « il ne s’agit pas de dénoncer les actions menées par d’autres groupes. Ce n’est simplement pas la chemin que nous avons choisi. Ce n’est pas parce qu’on est non-violents que nous ne sommes pas radicaux »

19 h, au pas de charge, en à peine quatre heures, les formations et les répartitions par groupes sont bouclées. « C’est une véritable organisation de coucou suisse », sourit Adrien, le militant lyonnais. La plupart de participants à l’action quittent le palais de congrès. « J’espère que je vais réussir à dormir », s’inquiète Adrien, car « la dernière fois avec l’adrénaline, je n’avais pas fermé l’œil ». On lui souhaite d’avoir passé une bonne nuit, ce vendredi matin, l’action de blocage à démarré à 8h et son réveil a sonné… à 5 h du matin.

Reportage, à Montreuil, réalisé par Martin Bodrero.

 

 

 

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