« À la sororité des femmes journalistes ! », les femmes journalistes ont trinqué ensemble samedi 13 avril. Un réconfort mérité, après une journée de discussion et de travail à la Cité des Sciences et de l’Industrie. Ces États généraux des femmes journalistes, premiers du genre, ont rassemblé près de 350 participantes.

« Je me souviens du premier atelier qu’on a fait sur le cyberharcèlement. Nous étions vingt. Le dernier, nous étions 150, et c’est le signe que les idées progressent, l’envie de parler aussi. » sur la scène de la Cité des Sciences,Léa Lejeune, porte-parole de Prenons La Une, collectif organisateur des États généraux des femmes journalistes, détaille les propositions formulées par les premiers ateliers de la journée. Cet événement, la journaliste Lauren Bastide vous en parlait sur Radio Parleur dans un entretien publié la semaine dernière.

Le féminisme comme porte d’entrée

« Maternité », « Femmes pigistes », « Diriger une équipe et s’imposer »… Toutes les thématiques abordées révèlent que les problématiques du métier ont attiré des profils de femmes journalistes non-syndiquées. Le féminisme, revendiqué où non, est une porte d’entrée qui attire des professionnelles aux profils différents. Claire est référante pour le CFJ, le Centre de Formation des journalistes à Paris, l’une des grandes écoles reconnues par la profession.  « Déjà dans mes petites expériences de stage, je vois bien qu’être une journaliste femme suscite des questionnements et des problèmes, comme faire confiance pour prendre la voiture quand on part en reportage… je suis venue profiter des conseils de femmes plus vieilles que moi qui sont déjà passées par là ». 

Plusieurs étudiantes issues de ces formations reconnues participent aux ateliers, posent des questions, partagent leurs craintes pour l’avenir. Dans les discussions, les journalistes engagées dans différents syndicats affinent les propositions, lèvent les doutes sur le droit du travail, le calcul des indemnités pour les congés maladies, et d’autres question de droit sur lesquelles les journalistes ont finalement des connaissances limitées.

Aux États Généraux des Femmes Journalistes à Paris, le 13 avril 2019. Photographie : compte twitter @CoralieLemke.

Un ministre présent…En vidéo.

Certaines des revendications formulées ce samedi 13 avril, sont portées par le collectif auprès du ministère de la Culture depuis des mois, comme le décompte de la représentativité des femmes dans les médias, et la parité des équipes de direction. Les autres, celles qui ont émergé pendant cette journée d’échanges et de rencontres, seront inscrites dans un cahier de doléances. Il n’est pas remis au ministre de la Culture en main propre le soir même… car Franck Riester,pourtant annoncé, « ne peut être présent pour des raisons d’emploi du temps ». Mais il a tenu à enregistrer un message…Guindé, sur fond bleu roi, la prestation du ministre sur écran géant provoque des rires francs, et des « ahhhh » de satisfaction lorsqu’il s’engage pour soutenir plusieurs des revendications mise en avant par les États Généraux. « C’est tout de même dommage », souligne une participante, qu’il n’ait pas pu entendre de vive voix la longue liste des doléances lues par Léa Lejeune et Mélissa Bounoua.

Journaliste est un métier, pas un hobby

À la fin de la journée, Léa Lejeune résume des propositions, dont certaines portées depuis longtemps parfois par les syndicats, où des collectifs de pigistes. Rembourser les frais des pigistes qui partent sur le terrain par exemple, paraît élémentaire. Pourtant, Sophie, pigiste des médias écrits à été, à plusieurs reprises, confrontée à des excuses surréalistes de la part des rédactions. « Une fois, on m’a dit : je pensais que tu partais en vacances ! Mais journaliste c’est un métier, pas un hobby ! » Une discrimination qui touche les femmes sous un angle particulier. « Pendant longtemps, les femmes qui travaillaient étaient considérées comme ayant un revenu complémentaire à celui de leur mari. Où travaillant pour tromper l’ennui. Il y a clairement des traces de ça aujourd’hui dans la façon de traiter les femmes journalistes, et les pigistes en particulier, » explique une des participantes.

L’inscription dans le programme des grandes écoles d’enseignements spécifiques sur les discrimination de genre en revanche, émerge aussi bien des étudiantes que des professionnelles. « Depuis février et la Ligue du Lol, on est invitées dans les écoles, où pour faire des conférences toutes les semaines, » explique Léa Lejeune.

Un événement militant 

Toutes les conditions étaient réunies pour faire de ces États Généraux un festival de critiques anti-féministes. La non-mixité, c’est à dire le choix de ne pas admettre les hommes dans les ateliers d’échanges, déjà, qui a encouragé le journaliste Luc Le Vaillant à se fendre d’un édito dans Libération le 15 avril. Un édito outragé, mais isolé. « La non-mixité, c’est en train de devenir banal » explique Marie, pigiste pour la presse audiovisuelle. Les règles qui régissent les échanges doivent garantir la liberté de la parole de chacune. « Vous pouvez donner votre nom, ou un pseudo, balancer votre média, ou pas, rien ne sortira de cette pièce » introduit l’une des rapporteuses des ateliers.

Dans une profession ou on ne tend jamais le micro aux collègues, pour éviter aux journalistes de se regarder le nombril, la réalité du métier est doublement difficile à sortir. Les soirées arrosées avec des chefs masculins, et les copinages malsains qui s’en suivent dans les rédactions. Les pigistes désincarnées, que les rédactions ne prennent pas la peine de rencontrer, et qui répondent au téléphone à n’importe quelle heure, leur bébé sur la hanche, de peur d’être blacklistées. Les combats avec les administrations pour les congés maternité. Les micro-agressions permanentes qui commencent quand un chef se sent menacé. La gouaille virile qu’on se sent obligée de prendre pour être prise au sérieux dans une rédaction de mecs. Et surtout, le chemin encore à parcourir pour le féminisme dans les rédactions.

« Je suis féministe, mais je ne le mettrais pas dans ma bio Twitter par exemple. J’aurais peur que cela me porte préjudice. Alors que pour moi ce n’est pas du tout un problème, c’est le signe que j’ai une expertise sur les sujets de femmes. Tout comme on peut avoir une expertise sur le foot » résume Claire. Les professionnelles inscrites aux ateliers ce samedi, comme elle, n’étaient pas venues simplement pour écrire une tribune, mais pour partager des pratiques, concrètes. Et une sororité, pas évidente dans un monde professionnel « où c’est encore beaucoup chacun pour soi. J’espère que ce genre d’initiative va remettre de la solidarité de meuf là-dedans, » sourit Marie.

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