Les premiers Etats généraux des femmes journalistes auront lieu ce samedi 13 avril à Paris, une initiative de l’association Prenons la Une, qui lutte pour une meilleure représentation des femmes dans les médias. Nous avons rencontré Lauren Bastide, journaliste et porte-parole du collectif.

« Ligue du Lol », « les Darons », « Radio Bière Foot » : autant de noms de groupes d’hommes au sein de rédactions qui utilisaient les réseaux sociaux ou les forums de discussions en ligne pour harceler ou agresser des consœurs journalistes. Ces « boy’s clubs » ont été épinglés ces derniers mois et plusieurs journalistes ont été suspendus de leurs fonctions. Pour autant, tout n’est pas terminé dans cette lutte contre les oppressions dans la profession, notamment contre le sexisme.

Confronter les expériences pour faire émerger des solutions

Les premiers Etats généraux des femmes journalistes s’inscrivent dans cette prise de conscience au sein des rédactions. « Ils étaient prévus avant qu’éclate l’affaire de la Ligue du Lol », précise Lauren Bastide, porte- parole du collectif. « C’est une idée qui nous est venue dans le sillage de #MeToo parce qu’on a commencé à voir affluer de plus en plus de témoignages et on a ressenti ce besoin de créer des espaces de paroles pour que les femmes journalistes puissent échanger entre elles ». Dans le cadre de son travail, Lauren Bastide attache une grande l’importance à la parole des femmes, qu’elle laisse libres dans son podcast La Poudre, produit par le studio Nouvelles Ecoutes, dont elle est co-fondatrice.

L’événement, organisé samedi à la Cité des sciences et de l’industrie, affiche déjà complet. Au programme, plusieurs ateliers sur différents thèmes : « femme pigiste », « le racisme dans les rédactions », « être une journaliste LGBTQI+ » ou « maternité ». Un atelier spécifique sur le harcèlement sexiste et cyberharcèlement a lieu l’après-midi. Pour le préparer, les journalistes de Prenons la Une ont été formées en amont afin d’accueillir au mieux la parole des victimes. Pour Lauren Bastide, l’objectif de cet évènement est de « créer une conversation horizontale entre femmes journalistes. Pour conquérir des droits, la meilleure solution c’est d’abord de s’asseoir ensemble et de confronter nos vécus et expériences pour faire émerger des solutions sur ce qui fait système et mieux lutter contre le sexisme dans les rédactions ». Lauren Bastide espère qu’à l’issue de cet évènement, des décisions seront prises au plus haut niveau pour que les choses bougent.

Pour l’égalité professionnelle dans les rédactions

Suite à l’affaire de la « Ligue du Lol », Prenons la Une a réalisé avec NousToutes la vaste enquête EntenduALaRédac sur le sexisme et les violences sexuelles dans les rédactions et écoles de journalisme. Des centaines de témoignages concernant plus de 200 rédactions de médias français ont été récoltés. Cette enquête s’inspire de ce qu’il s’est passé autour de #MeToo avec l’afflux de témoignages de violences sexistes et sexuelles. « On a dit que la parole des femmes s’était libérée mais c’est surtout qu’on s’est mis à l’écouter et à la comprendre et c’est ce que cette enquête a permis ».

Le sexisme dans le milieu du journalisme commence dès l’école. « La graine du sexisme et de la discrimination contre les femmes est plantée très jeune. Ne serait-ce que dans la structure de ces écoles qui sont bien souvent dirigées par des hommes, ou avec des professeurs et intervenants qui sont des hommes et qui viennent avec leur vécu de rédactions très dominées par des hommes et qui injectent ça presque inconsciemment », poursuit Lauren Bastide.

Parmi les revendications du collectif, l’organisation d’une formation de 4 heures sur les discriminations de genre dans toutes les écoles de journalisme conventionnées, afin d’endiguer les schémas sexistes. Une vingtaine d’étudiantes de ces établissements seront d’ailleurs présentes aux Etats généraux des femmes journalistes afin de témoigner, d’assister aux ateliers et de bénéficier des retours des expériences de journalistes qui sont déjà en poste.

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