© Photographie de Graine de LaMeute.

Samedi 3 novembre à Paris, la Générale Nord-Est a fait salle comble pour soutenir les « 3+4 » de Briançon, des militants accusés d’aide à l’entrée irrégulière d’étrangers. Ils se sont notamment opposés au collectif d’extrême-droite xénophobe Génération Identitaire, qui avait organisé une chasse aux migrants. Leur procès hautement politique débute jeudi 8 novembre et suscite l’indignation.

Devant les grandes portes frontales de l’ancienne sous-station électrique, il faut faire vingt minutes en file indienne avant d’entrer, tampon de la Fanfare Invisible sur le poignet. Débordés, les organisateurs de la soirée de soutiens aux « 3+4 » de Briançon ouvrent finalement les portes sur la rue, où la foule débordait déjà depuis le début de la soirée. 700 à 900 personnes ont fait le déplacement.

Ils s’appellent Bastien, Benoît, Eleonora, Juan, Lisa, Mathieu et Théo. Ces sept militants solidaires français, italiens et suisses, actifs dans des associations et collectifs comme Tous Migrants ou La Cimade, sont poursuivis en justice pour être venus en aide à des personnes migrantes à la frontière franco-italienne à Briançon. Le tribunal de Gap les juge le jeudi 8 novembre pour « aide à l’entrée irrégulière » d’étrangers « en bande organisée« . Cette soirée doit permettre de remplir leur caisse de soutien. « Se défendre, ça coûte cher ! » rappelle Olivier, musicien de la Fanfare Invisible qui organise la soirée. Pari réussi, les stocks de nourriture et de boissons vendus pour récolter des fonds sont rapidement vidés.

3+4+2+?

Cette curieuse équation, les militant.es y tiennent car il y a eu plusieurs vagues d’arrestations. En avril, tout d’abord. Trois personnes – deux suisses et une italienne – sont arrêtées après avoir participé le 22 avril à une marche solidaire contre le groupuscule d’extrême-droite Génération Identitaire. Les photos de leurs visages rayonnants, installant des barrières oranges en tenues de ski rutilantes au col de l’Echelle pour fermer les frontières aux migrants ont fait à l’époque le tour du net. Eux n’ont pas été interpellés.

Les trois premiers prévenus sont passés une première fois en jugement le 31 mai. Le président a renvoyé le procès au 8 novembre, en attendant la réponse à une question prioritaire de constitutionnalité déposée notamment par Cédric Herrou. Samedi, pendant la soirée, nous apprenons de la bouche d’un des inculpés que c’est « suite à la décision du Conseil constitutionnel de déclarer la fraternité comme un grand principe, sauf pour le passage aux frontières [que] le procureur a décidé d’arrêter quatre personnes actives dans le Briançonnais ». Une deuxième vague d’arrestations, le 17 juillet, vise donc cette fois-ci quatre nouveaux militants.

Dix ans de prison et 750 000€ d’amende

Ils sont maintenant sept à passer en procès ce 8 novembre. Ces « 3+4 » risquent jusqu’à dix ans de prison et 750 000 euros d’amende, le qualificatif de bande organisée multipliant par deux les peines encourues. Au décompte s’ajoute deux autres personnes arrêtées pour être venues en aide à des migrants dans la neige lors de maraudes, qui passeront en procès le 10 janvier prochain. Pour ces inculpés, il y a une « logique de criminalisation des solidarités devenue une véritable volonté politique. Mais notre intention, c’est de ne rien lâcher. Il est hors de question que nos montagnes servent de cimetière. On va continuer à se battre comme on le fait déjà depuis deux ans. »

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