Mes mauvaises filles est un album autobiographique publié par Zelba le 8 septembre dernier. Elle y raconte l’histoire de sa mère, libre-penseuse, qui choisit d’éduquer ses deux filles en les habituant à l’idée qu’elles seront celles, un jour, qui lui ôteront la vie. Récit d’une fin de vie qui interroge notre rapport à la mort, et appelle à légiférer pour que chacun·e puisse choisir la sienne.

Attention, cet entretien aborde des thèmes difficiles pour les personnes sensibles aux sujets suivants : maladie, fin de vie, soins palliatifs.

Nous sommes en Allemagne, en 2006. Une mère atteinte d’insuffisance pulmonaire chronique demande à ses filles de l’aider à partir rapidement. Cette mort qu’elle appelle de ses vœux, la loi allemande ne la lui permet pas. C’est donc en négociant les limites de la légalité, avec l’aide d’un personnel médical compatissant, que les deux sœurs vont provoquer la mort de leur mère.

Cette histoire met en récit la fin de vie de la mère de l’autrice-dessinatrice Zelba. Pour elle, réussir à la raconter n’a pas été chose facile. Alors parler de cette expérience, c’est parler en creux de nombreuses autres fins de vies difficiles. « Je la raconte de son point de vue à elle, avec son humour un peu grinçant… Peut-être pour retirer le côté larmoyant. »

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L’autrice commence son album par citer l’écrivain colombien Gabriel García Márquez, dans son roman Chronique d’une mort annoncée (1981) : « Il faut toujours être du côté du mort. » Crédit : Futuropolis.

Des initiatives politiques, mais toujours pas de loi

La loi française permet la sédation profonde en cas d’agonie, jusqu’au décès de la personne. Une mesure insuffisante selon Zelba. « La sédation profonde dure trop longtemps. Cela peut prendre plusieurs jours. Quand on se met à la place de la personne couchée dans le lit (…), c’est un compromis hypocrite. On arrête cette vie mais on ne veut pas le faire jusqu’au bout. »

Une proposition de loi permettant l’euthanasie et le suicide assisté a été discutée à l’Assemblée Nationale en avril 2021. Pourtant, cette loi « garantissant le droit à une fin de vie libre et choisie » n’a pas pu être adoptée, faute de temps. La raison : plus de 3000 amendements déposés par la droite pour ralentir les débats, limités à une journée pour une loi de l’opposition. Seul l’article premier a été adopté. Celui-ci dispose « qu’une assistance médicalisée à mourir peut être demandée par toute personne capable et majeure. » Une mesure qui concerne les malades en phase avancée ou terminale, et souffrant de manière insupportable.


Sur le même thème, notre entretien : Pour une fin de vie digne, avec Jean-Luc Romero-Michel


« La France est à la traîne »

Jean-Luc Romero-Michel est président de l’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité. Militant de longue date pour le droit de choisir sa fin de vie, il se confiait ainsi à Radio Parleur en avril dernier. « Dans une République laïque, il n’y a pas de principe supérieur qui vous oblige à mourir le plus tard possible, dans la souffrance. » 

Zelba signe un album intime qui expose avec malice, humour et émotion la fin de vie de sa mère. Sur la sédation profonde, elle partage d’ailleurs l’avis du militant. « On a vécu quelque chose de pas très joli. C’était important d’en parler. Il y a un réel besoin de pouvoir aider plus. L’Allemagne a adopté le suicide assisté. La France est à la traîne parmi les pays européens. »

Mes mauvaises filles est paru le 8 septembre chez Futuropolis. Récit et dessin de Zelba. 160 pages en couleurs, 21€ en librairie.

Un entretien de Martin Duffaut. Photo de Une : Photo de famille de Zelba.

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