Blâmes, menaces de radiation ou encore interdiction d’exercer. Depuis plusieurs années l’Ordre des Médecins poursuit et sanctionne des gynécologues, psychiatres ou encore endocrinologues. Leur méfait? Avoir pris en charge et accompagné des personnes trans dans leur parcours de transition. Les soignant‧es mis‧es en accusation et les associations de défense des personnes transgenre dénoncent un accompagnement médical obsolète. 

Mise à jour: le 18 octobre 2021 le Réseau Santé Trans rend publique la décision de la Chambre de Première Instance dans un communiqué . Elle rejette les arguments invoqués par le Conseil National de l’Ordre de Médecins pour exiger des sanctions disciplinaires contre la Dr. Morin. Celle-ci se verra toutefois sanctionnée d’un avertissement contre lequel elle a fait appel.


Installée à Rennes, le docteur Morin est gynécologue. En 2019, la mère d’une de ses patientes, pourtant majeure, dépose une plainte auprès du Conseil Départemental de l’Ordre des Médecins. La jeune femme est une personne trans. Rapidement, la plainte remonte jusqu’au conseil national. « Il m’est reproché une prise en charge qui ne soit pas pluridisciplinaire » raconte-t-elle. « Sur ça, ils se réfèrent aux recommandations de la Haute Autorité de Santé de 2009. Pourtant, ce ne sont que des recommandations, pas une injonction de pratique ». L’Ordre, lui, ne le voit pas de cet œil.

En effet, la gynécologue rennaise risque à présent des peines allant du simple blâme à la radiation définitive. « Si on se réfère à ce qui s’est passé à Montpellier en janvier, deux médecins ont été sanctionnés. L’un a eu une interdiction d’exercice avec sursis et l’autre une interdiction d’exercice de trois mois » dit-elle, en faisant référence à un endocrinologue et un psychiatre condamnés suite à des accusations similaires.

La pluridisciplinarité. Qu’est-ce que c’est ?

Les chefs d’accusation tournent souvent autour du même reproche : l’absence de prise en charge pluridisciplinaire. Derrière ce terme se cache pourtant une doctrine de prise en charge qui nous vient de « la création par la psychiatrie d’une catégorie de maladie, le transsexualisme » explique Simon, chargé de plaidoyer de l’association Acceptess-T. « De là découle l’idée que c’est une prise en charge complexe, qui nécessite des réunions et des équipes réunissant psychiatres, endocrinologue, chirurgien‧nes… » Ce mode de suivi est dénoncé par les associations malgré les évolutions. « Ce sont des modes de pensée organisés par une vieille psychiatrie, qui contrôle ce qu’est un homme et une femme, et qui souhaite éviter que quoi que ce soit en dépasse. » continue-t-il.


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Un constat que partage Elie. Depuis le début de son parcours de transition, elle a eu plusieurs désaccord avec ses soignant‧es. « Comme je ne correspond pas à leurs attentes, clairement ça collait pas. Typiquement j’envisage pas d’opérations quelle qu’elles soient, et c’est pas un truc envisageable pour eux. » témoigne-t-elle. « Faut que j’ai moins de 23 ans, pas d’enfants, faut pas j’ai le VIH, que je sois neuroatypique, trop grosse, que je sois lesbienne. Bref, ça collait pas dans tout les cas. »

Une proposition d’alternative

Face à ce mode prise en charge, des réseaux de médecins se créent, comme Espace Santé Trans ou le Réseau Santé Trans, afin de proposer une alternative. « L’idée c’était de créer un réseau, pas une équipe, pour qu’il n’y ait pas de lieu dédié spécifiquement aux personnes trans », explique Raphaël Magnan, cofondateur du ReST. « Surtout, on ne voulait pas créer d’expert‧es, parce qu’on considère qu’il n’y a pas besoin de d’expert‧es. Ces réseaux préfèrent miser sur la formation et l’échange entre professionnel·les de santé et personnes concernées ». Ainsi, pour lui et le docteur Morin, c’est la formation qui est la clé pour changer de paradigme. Celle-ci conclut donc : « ça ne devrait pas être exceptionnel, ça devrait être un soin comme un autre. »

Un reportage d’Elin Casse. Musique : chien‧ne errant‧e, Bonjour, j’aimerai voir la mer

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