En juillet dernier, le ministre de la Santé, Olivier Véran, se félicitait de la mise en place du Ségur de la Santé. Un plan en faveur de l’hôpital de 8 milliards d’euros. Mais trois mois plus tard, les soignant·es sont de retour dans la rue. Selon elleux, rien n’a changé.

« Personnels épuisés, patients en danger » scandent plusieurs centaines de soignant·es, réunis jeudi 15 octobre à Paris, non loin du ministère de la Santé. À l’heure où le coronavirus continue de sévir, le personnel de l’hôpital a crié son ras-le-bol, mais surtout son désespoir face à cette crise. Pour certain·es, l’hôpital public n’est pas prêt à faire face à une deuxième vague épidémique.

« Non, non, non, à ton Ségur bidon » pour le personnel de l’hôpital

Après une première vague au printemps dernier, le personnel hospitalier attendait une réponse forte de la part du gouvernement. Le Ségur de la Santé, signé en juillet, devait répondre ai manque criant de moyens. Parmi les annonces, la création de quatre mille lits supplémentaires et une augmentation du salaire des soignant·es. Alors que les syndicats demandaient une hausse de 300 euros, ce seront finalement 183 euros qui seront ajoutés à la paie des salarié·es des hôpitaux publics.


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« Les revalorisations ne sont pas à la hauteur. On n’a pas forcément plus de lits. Et les effectifs n’ont quasiment pas bougé », liste Cathy Le Gac, co-secrétaire du syndicat Sud Santé AP-HP. Dans son secteur (l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris), 950 postes ont été ouverts cet été. Mais aujourd’hui, 450 restent encore vacants. Les revendications des manifestant·es ne sont donc pas nouvelles : plus de moyens humains, financiers et matériels. Et les soignant·es chantent en cœur : « Macron, si tu savais … Ton Ségur … Ton Ségur … »

Manifestation soignants hôpital public deuxième vague
« On ne veut pas 4000 lits supplémentaires, on veut récupérer les 8000 lits que vous avez supprimé Monsieur Veran » réclame Christophe Prud’homme, médecin urgentiste au SAMU de Seine-Saint-Denis. Photo : Morgane Moal pour Radio Parleur

« On nous prive de nos libertés parce qu’il n’y a plus assez de lits »

Cette manifestation était organisée au lendemain du discours d’Emmanuel Macron. Le Président annonçait alors la mise en place d’un couvre-feu de 21h à 6h du matin, dans huit métropoles et en Île-de-France. Et pour certains manifestant·es, cette mesure a du mal à passer.

« Il fait passer l’économie avant la santé des gens », déplore Cédric, aide-soignant à Créteil. « Il n’y a qu’à regarder le monde dans les transports en commun, c’est n’importe quoi. » Le sentiment est le même pour celles et ceux qui travaillent aux urgences. Infirmière à l’hôpital de Toulon, Linda regrette : « On nous prive de nos libertés parce que l’hôpital ne peut plus embaucher et qu’il n’y a plus assez de lits. »

Le Coronavirus, révélateur d’une crise bien plus profonde

« La crise du Coronavirus est venue s’ajouter à la situation déjà compliquée de l’hôpital », explique Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes de France. « Il y a des restrictions budgétaires depuis des années. 100 000 lits ont été supprimés en 20 ans. »

La sociologue Fanny Vincent a travaillé sur ces différentes politiques hospitalières mises en place depuis des années. « L’épidémie a marqué une rupture. Les soignant·es considèrent que c’est la goutte d’eau qui a fait débordée le vase. Les gens ont pris conscience que l’hôpital n’était pas capable de faire face à cette épidémie. »

Deuxième vague : vers un abandon de l’hôpital public ?

Selon l’experte, l’épidémie, et sa deuxième vague vont laisser de fortes marques sur l’hôpital public et ses salarié·es. « Beaucoup de soignant·es ont vécu des choses difficiles, que ce soit à cause du rythme de travail mais aussi par les choix qu’ils ont dû faire sur le soin de certaines personnes. » L’occupation des lits de réanimation par les patient·es Covid a aussi entraîné de nombreuses déprogrammations d’opérations.

« Le coût de tout ça, c’est que beaucoup démissionnent et arrêtent le métier », alerte Patrick Pelloux. D’après une consultation de l’Ordre National des Infirmiers, 43% de la profession ne sait pas si elle exercera toujours dans 5 ans.

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Reportage de Morgane Moal. Photo de Une Marc Estiot pour Radio Parleur.

Extrait sonore : Emmanuel Macron en visite à l’hôpital Rothschild à Paris, BFMTV, 06/10/2020

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